CHAP ~1Y. ROME ROYALE
Aité et la Irinilé) se rapportent avec les doctrines de Pytha-
Swe. Ce dernier vivait cependant 150 ans après Numa (1). ais tous deux puisèrent aux mêmes sources, aux mêmes traditions théolc^iques , et il n y a rien de surprenant alors qa'ils«e soient rencontrés. Comme Pythagore, Numa ad- Biettait que l'Etre principe ne pouvait être palpé par les sens , qu'il n'était pas soumis à un état de souffrance , mais qu'il était invisible , invulnérable en esprit , etc. Il n'ysa pas d'idée plus élevée de l'Etre suprême. El par ce que rapporte Plutarque. n'aperçoit-on pas la croyance à 1 uniiéde Dieu? Numa se disait inspiré par une nymphe, une muse. Et cela est très vrai quand on sait oe qu'étaient les muses. En Tbrace et en Tbessalie, dans l'origine, il n'y en eut que trois primitivement : Mélété, la méditation , la sagesse, la science de toutes connaissances et de leur pratique dans la vie ; Mnèmé, la mémoire , le principe de la conserva^on entière des vérités découvertes; et Aœdé, le chant, l'harmonie dans la culture et le perfectionnement de la pratiaue intellectuelle et matérielle. L'essence des muses est aonc encyclopédique. Elle est en même temps théologique. La muse confidente de Numa , était la personnification de toutes ces qualités et facultés réunies. Aussi s'appelait-elle TacUa, la muette, la silencieuse. Et dans cette personnifica* tion d'éléments moraux, y a<t-il un sentiment plus polythéistique que dans la «personnification des évangélistes , ou des vertus chrétiennes ou théologales, par exemple, telles qu'on les voit représentées dans les bas-rebeiset les peintures du moyen âge, entre autres dans l'égbse Sainte-Marie-del'Epine de Pise, où des femmes personnifient la prudence, la tempérance , l'espérance , la foi , la fortitude , la patience, la justice et la charité ? Quand on pénètre dans le génie et la science de l'antiquité , on ne la trouve pas aussi arriérée , aussi vide même , <|ue les chrétiens le prétendent par intérêt pour leur croyance. Toute l'antiquité , avant d'avoir été envahie par les idées abstraites et les sentiments orgueilleux et oligarchiques, était on ne peut pas plus pratique dans les affaires de ce monde, qui passaient avant celles de l'avenir, parce que avec une théologie naturelle, rationnelle, basée sur la science des choses, il est inutile de fair^ appel
(1) Voyez Denys d'IIalicarnas^e, Ant. rom.y 1. ii, ch. 59. Il ne tombe pas dans Terreur de Plutarque. M. Duruy n'a tenu aucun compte de ce passage Pour lui, Numa est le disciple du célèb^^ Pythagore, /^i«f. des liomains^i. 1, p. 96. Voyez encore Titt-Lhe^ U I, ch. 18.
184 UVRE PBEHIER. ANTIQUITÉ.
à la « peur et à l'espérance qui sont les deux grands tyrans dont l'oligrachie religieuse et politique se sert depuis une suite de siècles | our gouverner la vie humaine. »
Numa bâtit le temple de Janus. Ce temple n'est autre que celui du soleil et de la terre. En effet , quand l'empire est en guerre avec quelque peuple étranger, les cultes du printemps et de Télé doivent être seuls célébrés ; c'est-àdire que le temple ne doit être ouvert que six mois de l'année et fermé les six autres, parce que le culte de Janus dans les six derniers mois , marchait comme le soleil en Italie , pour mourir en décembre. Mais les Romains le tinrent mal à propos presque toujours fermé, par la perle qu'ils avaient faite de la science et du fond de leurs ciogmes religieux, et que ceux des modernes qui ont eu à en parler, ont encore moins bien compris (d). Nous ne détaillerons pas les autres institutions sociales , religieuses et politiques de Numa , qu'on peut trouver dans les classiques , et dans toutes les histoires romaines; mais nous ferons remarquer que Numa fut un grand législateur , que tout ce (^u'il ordonna partait de son initiation aux doctrines théologiques-symboliques de la plus haute antiquité ; mais que, loin d'être le fondateur d'une civilisation nouvelle, il ne fut que l'habile et honnête restaurateur d'une profonde science basée sur la nature des choses. Si son œuvre n'a pas porté tous les fruits qu'il pouvait et qu'il devait en attendre, ce ne fut pas sa faute, mais bien celle du milieu déjà très altéré , dans lequel il la fonda. Après quarante-trois ans de règne, il mourut en l'année 693 avant l'ère vulgaire, à l'âge de plus de quatrevingts ans. Il fut enterré au pied du mont Janicule , sur la rive droite du Tibre, en dehors de la ville , aujourd'hui le Translévère. En l'an 572 de Rome, quatre cent quatrevingt-dix. ans après sa mort, 182 ans avant l'ère vulgaire , on retrouva son tombeau et à côté un sarcophage qui lui était semblable , et dans lequel on découvrit deux paquets ficelés et enduits de poix , contenant chacun sept volumes , qui non-seulement étaient bien conservés, mais paraissaient même tout neufs. Sept volumes étaient en latin ; ils traitaient du droit des pontifes; les sept autres, écrits en grec, avaient pour| objet la philosophie telle qu'elle pouvait exister alors, ditTite-Live (2). Lus par le préteur, condamnés par lui et
(1) Nous avons expliqué ailleurs ce qu*était le temple du soleil de la terre. Vop.n. 78.
(2) L. XL, cb.49. Plul.jNuma, ch. 22. Valère-Maximë, 1.1,12.—
CHAP. IV. ROMB lOYALB. 1^5
le sénat , ces livres furent publiquement brûlés. La science et son symbolisme , et avec eux aussi la saine morale s'étaient perdus. L'esprit anarchique de Rome au deuxième siècle avant Tère vulgaire, ne permit pas ou ne permit plus de publier et de vulgariser les grandes doctrines philosophiques , théologiques et gouvernementales que Numa avait consignées dans les monuments en question. La perversité alors recula devant la droiture de sentiments et la haute science de Numa , originaire du peuple le plus austère de ritalie, lesSabins, qui , avec les Etrusques, avaient conservé dans leurs monlagnes, inaccesibles aux races sémitiques, les anciennes traditions de la religion primitive dont nous avons parlé. Peu nous importe de savoir lequel des deux , de Romulus ou de Numa , institua à Rome les Vestales. Ce que nous devons constater, c'est qu'elles existaient avant ces deux rois. Plutarque rapporte qu'Amulius, frère de Numitor et oncle de Romulus, obligea Ilia (Rhea Silvia) de devenir prêtresse de Vesta. Elle devint mère de Romulus.
Si de funestes dissidences entre les patriciens avaient amené une année d'interrègne entre la mort violente de Romulus et l'avènement de Numa , qu'ils choisirent comme honune de bien à l'étranger et non de leur sein . parce qu'il ne s'en trouva pas un seul au milieu de ce primitif foyer d'orgueil , il y eut aussi un interrègne entre la mort de Numa et son successeur Tullus Hostiltus, Romain d'origine (G73 à 6i0). Ce prince guerrier, choisi par le sénat parmi les Romains, sut assurer la prépondérance de Rome sur les autres villes latines et la constituer en métropole. Sabin par sa mère, Tullus fait cependant une guerre au peuple d'où elle sortait, 11 détruisit Albe, et ses habitants furent transportés à Rome sur le mont Cœlius, où il établit lui-même sa demeure. Ce sont ces habitants d'Albe qui formèrent probablement le noyau de la classe des plébéiens. Si la sagesse du gouvernement de Numa avait maintenu Rome dans l'ordre , sans donner aucun prétexte à l'explosion de l'anarchie patricienne, il n'en lut pas de môme sous Tullus Hostilius, ignorant, d'un esprit turbulent , querelleur , superstitieux ; son règne ne fut rempli que par des guerres avec ses voisins. La
Lactance, 7n«f . div., 1. i, ch. 22. Le commentaire de M. Lebas sur le texte de Tite-Live fait vraiment pitié. La conduite des raa^iristrais romains a pu être politique et relii^ieuse; mais elle fut à coup 8Ûr peu loyale et honnête.
186 LivftE pftEMnn. autiquitA.
domifiaiion du sabre déplut aa patriciat, et, comme RomuluB (i), Tullusfut tué par les sénateurs, qui répandirent le brait que la foudre avait frappé le prince dans son palais et les avait consumés tous deux. Nous n'admettons pas de miracles , et nous expliquons par de» causes naturelles et probables tout ce que la crédulité romaine a rapporté au merveilleux et à l'action directe de la divinité. Les Romains ont été aussi crédules que les Juifs. Quelle différence entre eux et les Grecs !
A la mort violente de TuUus, à laquelle, dit Denys d'Ha- Hcarnasse , son successeur Marcius ne fut pas étranger, il y eut un autre interrègne. Le peuple élut Ancus Marcius (640 à 617), et le sénat ratifia ce choix. Ancus n'eut pas l'esprit guerrier de son prédécesseur. Mais lorsque les Latins rompirent l'alliance contractée avec Tullus , il leur déclara la guerre et amena captifs à Rome les habitants des villes de Politorium, de Tellène, de Ficène et de Médullia. Il ajouta à Rome, dont l'enceinte renfermait déjà les monts Palatin , Capitolin et Coelius, les deux autres, l'Aventin et le Janicule, et il réunit la rive droite avec la rive gauche du Tibre par un pont appelé Subliciw. Ce pont était en charpente. Depuis l'accroissement de Rome , il était devenu plus difficile de reconnaître, au milieu d'une aussi grande multitude , les bons et les mauvais citoyens, et les crimes, moins connus, se multipliaient. Pour imprimer la terreur et arrêter les progrèsde la perversité, ditTite-Live<2), Ancus fit construire, au centre de la ville , une prison qui dominait aussi le Forum. Cette prison se voit encore aujourd'hui dans les souterrains de l'église San-Pietro in Carcere, et on l'appelle aussi prison Mamertine (3). C'est dans cette prison que la mythologie chrétienne place la détention de saint Pierre , qui par un miracle, dit-on, y fit jaillir une source pour baptiser son geôlier. Une pièce de cette prison est appelée Tullianum, de tullius, canal, source, fontaine, jet. Nous en avons bu : l'eau en est fraîche et agréable. — Ancus favorisa l'agriculture et le commerce de 1 intérieur. Il fonda aussi le port d'Ostie à l'embouchure du Tibre, et exploita les salines qui étaient alors au pouvoir des Véiens. Après avoir régné vingtquatre ans, Ancus Marcius mourut, ayant nommé pour lu-
(1) Plutarque, Rom.,ch. 27.
11) Liv. I, ch. 33.
(3) Voy. l'Italie centrale avant la domination romaine, par W. Al-eken, 18U, in-8'', p. 190 et suiv. (en allemaml).
CRAP. IV. ROXE BO\ALE. 187
leur de ses enfiantg un homme diâtingué 'd'iDleiligence, moral et honnête de caractère.
Cet homme était Ta rquiu l'ancien (Priscus). Lucumon ou prince ou magistrat étrusque, initié encore dans les traditions affaiblies de Tancienne doctrine symbolique et sociale (1) , affaiblies, disons-nous, à cause du temps et de l'espace; il fut proclamé roi par T affection du peuple [617 à 578). Sachant que la paix et l'ordre sont les seuls éléments de la prospérité d'un Etat, il sut soumettre des villes enne> mies et rebelles. Au\ Sabins il enleva Collatie ; il punit et soumit Ocriculum, Apioles, Nomentum, et d'autres villes latines situées entre le Tibre, TAnio , le pays des Sabins, et poussa enfin les limites de ses Etats jusqu à l'Anio. Avec Tarquin, la langue , une partie de la religion , les mœurs et les arts étrusques furent plus intimement introduits dans Rome, dont la culture était encore fort arriérée 137 ans après sa fondation. Les Romains n'ont jamais eu 1 esprit synthétique, le génie créateur; ils n'ont jamais su traduire les idées en actes. Ils ont toujours et dans tout emprunté, imité , copié. On ne peut nier le mélange primitif de cérémonies religieuses grecques avec- les cérémonies des trois peuples italiques, les Sabins, les Latins et les Etrusques, mélange amené par la sagesse des quelques familles de race antique qui avaient à Rome, à l'origine, en leur pouvoir les choses spirituelles et profanes. Comme la théologie n'était pas encore alors une vaine spéculation de mots, que la religion était fondée sur la science des choses qu'elle réglait ensuite d'après la nature, toutes les activités et diversités de la vio sociale, tant morale que matérielle, ce que toute vraie et bonne religiçn doit faire, pour que les bons et les vertueux ne soient pas exploités par les mauvais et les méchants, comme cela a lieu depuis ï établissement de la doctrine chrétienne; comme la religion de«î Romains primitifs était sociale , que par conséquent elle renfermait aussi la science gouvernementale , le peuple fut heureux sous une telle croyance, croyance restaurée par Tarquin selon les préceptes et les formules fixés par Numa , et que 430 ans plus tard le sénat ne voulut pas* avouer, à cause de ses usurpations dans l'intervalle sur les
{i) Il fitcoudre dans un sac de peau et jeter à la merle duum* vir Marcus Tullius^ qui s'était laissé corrompre pour permettre à PetroniuB Sabinus de transcrire un livre sur les mystères du culte civil des dieux, livre dont il airait lagarde officielle. Valère*- Maxime, 1. 1, ch. 13.
188 LlVRfi PREUtett. AXTiQUITé.
choses de la souveraineté , ou des propriétés et avantagea communs sur les biens, les droits et les intérêts des hom^ mes. Et cela se conçoit ; car cette doctrine, non-seulement religieuse , mais réellement sociale , était encore le vif et puissant reflet des doctrines orphiques de l'âge d'or de la Grèce, rapportées de là par les Pélasges, les Rasènes, etc., et conservées une longue suite de siècles intactes dans les montagnes et les versants comme dans les vallées des Apennins. Dans le n* siècle avant l'ère vulgaire, le contact des Romains avec tous les peuples du bassin de la Méditerranée, que les Phéniciens, les Carthaginois (i), les Juifs et autres races sémitiques avaient pervertis par leur fréquentation, les avaient tellement détournés de la saine doctrine que l'autorité crut qu'il était dangereux de publier les doctrines sur lesquelles Numa avait cependant fondé l'empire do Rome I
Que voyons-nous faire à Tarquin ? Il travaille pour le peuple. Il bâtit quelques temples, fortifie, assainit la ville en établissant des égouts qui existent encore aujourd'hui et oui étonnent les hommes de l'art (2). 11 embellit le Forum de portiques où s'établirent des artisans et des marchands ; et fonda le grand cirque. Il distribua des terrains environnant le Forum à des particuliers pauvres, afin d'y bâtir des mai^ sons. A l'instar des Grecs, on vit sous son règne des courses de chars et des combats d'athlètes, la célébration de jeux plus importants que ceux de ses prédécesseurs. Et toutes ces dépenses étaient payées par le butin fait sur les villes conquises ou par les impôts levés sur celles soumises. Nous ne redirons pas avec une foule d'historiens superficiels qui connaissent aussi peu l'antiquité que tout ce qu'ils ignorent, que Tarquin était un dissipateur des deniers publics, aimant le faste et la magnificence , grevant le peuple d'impôts pour satisfaire à sa passion du luxe et à sa\t goût pour l'opulence ; mais nous admettons , au contraire , ce que nous rapporte Denysd'Halicarnasse (3), que le Lucumon
(1) Le premier traité entre Rome et Carthage date de 507 avant Tère vulgaire. Polybe, 1. m, ch. 2Î.
(2) Pour donuer une idée de la grandeur et de la valeur des cloaaues, il suffira de rapporter que plus tard, lorsqu'on eut néglige leur entretien et qu'ils furent bouchés, leur restauration fut estimée par les censeurs à la somme de mille talents, c'està-dire à cinq millions quatre cent mille francs. Denys d'Halic, 1. III, ch. 68. Les cloaques ont une voûte formée de trois axes concentriques. La voûte circulaire a S, 14 de diamètre.
(3) L. III, ch. A9.
CMAP. lY. ROME ItOTALk* 189
éirosque Tarquin, en se fixant à Rome, offrit sa fortune au roi et pour le bénéfice de la chose publique , alléguant
au'elle était trop considérable pour un simple particulier, ous sommes dans le vrai , nous n'avons pas besoin de donner quelques coups de canif dans la vérité. Quant aux hommes monarchiques chrétiens ou jésuites , ils n'auront
Cas à se glorifier de notre manière d'apprécier le règne de arquin, parce que ce roi est à une aussi grande élévation de leurs rois, que le ciel Test au-<lessus de la terre ! Et continuons. Lorsqu'on saisit bien l'esprit des créations de Tarquin, il en ressort qu'elles avaient toutes en vue le bienêtre, la culture et les plaisirs du peuple. Les jeux, les combats et les cirques livraient leur spectacle gratis à la foule, et à l'entrée on ne demandait pas au curieux le prix de sa place Sous le règne de Tarquin , toutes ces choses étaient générales, publiques , nationales , destinées à l'éducation physique et morale comme aux plaisirs , aux amusements et aux joies populaires. Après avoir régné trente-sept ans, Tarquiu fut tué par les fils d'Ancus Marcius qui espéraient assumer le pouvoir. Mais ils furent déçus dans leur espoir.
Un fils d esclave , ou plutôt de captif, Servius Tullius, étant devenu le gendre de Tarquin, lui succéda (578 à 534). Il profita de ce que le sénat ne tenait que le pouvoir exécutif, tandis que le peuple exerçait le pouvoir législatif. Quittant les anciennes traditions gouvernementales , de liberté et de proportionnalité, son règne ne fut qu'une constante révolution. D'abord il sut se faire élire par le peuple sans le sénat. On verra bientôt de quelle façon il le récompensa poursa bonté. Toutes les dangereuses innovations apportées dans l'Etat par Tullius, ont ruiné en fait et en pratique, rinûuence du peuple , au profit d'une classe de corrompus oligarques, souche de la bourgeoisie vaine et futile de TËurope occidentale.
Cet heureux parvenu tourne le dos à ses anciens égaux . comme tous les parvenus ont l'habitude de le faire. Sans science, sans pratique des affaires, il travaille pour des timocrates et des ambitieux sans valeur et sans moralité, en établissant les droits aux assemblées générales , comitia centuriata, sur la fortune. Solon en avait fait autant à Athènes un peu auparavant. Servius divisa le territoire en vingtsix cantons ou tribus, et tout le peuple, d'après le cens, en six classes et en cent quatre-vingt-treize centuries. Ingrat envers le peuple, il parut injuste au sénat, à cause de la distribution aux pauvres, des terres prises auxVéiens et
iM l^YfA PUBIIIEI. ASTIQUlTi.
anrc Etrascfueâ. Q^and yaptitttde gouvenH^meniale de pèse dfafMrès la fortune, la «orale et rhonnèteté sont détrnilcs , la: pofTte est ouverte à la cupic^té qui enfante tous les vices, feeute» les passions et tous les crimes à la fin. Alors aussi la religion est mise de côté, non la religion verbale, mais eette religion qei n'est que la science de mondeapplic|Bée avec mesure et justice à toutes les transactions de fa vie sociale.
Tullius avait bâti un temple de la fortune ou da bonheur q»i ne sont que des abstractions. Sa vanité oligarchique le poussa à ériger sa propre statue ; elle était en bois doré (i). Ne voit-on pas là l'orgueil du parvenu? Et cet exemple n'atr-^ pas été suivi jusqu'aux temps modernes , où des êtres dépravés seibnt élever des statues, êtres qui mériteraient plu* tôt un oubli éternel? Selon Tite-Live (2), le nombre de citoyens inscrits sous le règne de ce roi, était de 80,000; selon Denys d' Ha lica masse, de 84,700 (3).
Le plus grand défaut de la législation de Servins, est d'avoir brisé les ressorts de l'ancienne légi^tion, et d'y avoir substitué le cfn«, qui n'est pas, comme le prétend Tite-Live, la plus sailutaire des institutions pour un peuple destiné à taifrt de grandeur (4). Avec le cens, il ne donna pas les moyens moraux et sociaux pour parvenir honnêtement et légitimement à la fortune. Le signe de la richesse élait aussi le ssgnedu degré de valeur gouvernementale dans l'Etat; tout ambitieux cupide et immoral pouvait s'en saisir en acqué>* raAt le censd'une manière ou d'une autre, c'est-à-dire honnêtement ou non. C'est dans rétablissement du cens romain qu'on doit chercher l'origine d'une partie du mal des sociétésniodernes, en France surtout, où un ministre osa dire en 4846 , en plein public : « EnrichissêP^ous.i^ Il alla même plus loin ; il eut l'impudence de demander à ses électeurs , s'Us it sentaient corrompus? Qu'on ne nous objecte pas que nous descendons trop bas dans Ihistoire. Ce qu'on appelle le droit romain , et ce qui serait plus justement nommé instoument de la spoliation oligarcnique romaine, fait le fond, eomstitue l'élément de notre droit civil et politique. Si Tarquin l'ancien avait fait prévaloir la culture étrusque , son successeur 6t emploi de la religion grecque et des princi pes
1) Denys d'flalîcar., I. iv> ch. 40. Vaière-Maxime, 1. 1, vm, ii. [21 L. i, ch. 44.
rs) Liv. ir, ch. 22. Voir la statistique des peuples de ranti- (jTiité, par Alex. Moreau de Jonnès, 1851, t. 2, p. »63. (4) hiv. I, cl». 42.