‹ Théologie cosmogonique; ou, Reconstitution de l'ancienne et primitive loiChapitre 44 sur 154 · DE LA RELIGION CHEZ LES ROMAINS · texte numérisé non relu

DE LA RELIGION CHEZ LES ROMAINS

Quand on pénètre dans le fond des choses, on voit qu'il y avait dans la civilisation romaine deux religions et deux «ultes , ceux des plébéiens et ceux des patriciens. Les premiers étaient fondés sur les traditions étrusques, sur les traditions symboliques de ce peuple élégant et moral ; ils étaient doux, spirituels, imposants et sans images maté"

CBAP. IV. DE LA BELIGIUN CHEZ LES BUMAINS. 209

rielles. La religion et le cullo des patriciens au contraire , nés dn mauvais dorisme des Héraclides , qui s était introduit chez les Sabinset les Latins, étaient ténébreux, abs~ traits , sanguinaires et antbropomorphiques. C'est dans les

f)remiers temps de Rome, disons-nous, quand on pénètre 'histoire, qu'on aperçoit bien visiblement dans les formes religieuses deux tendances , Tune royale et populaire au pront et peur le bonheur de toute la nation ; l'autre patricienne , iractionnaire , raide , exclusive et spoliatrice , un culte enfin au profit de Toligarchie.

Numa , quoique Sabin , est à Rome le fondateur du culte symbolique qui , d'origine étrusque, comme nous venons de le dire, est encore un reflet resplendissant de culte thrace des anciens Pélasges de la Grèce propre, ce qui est naturel puisqu'ils ont une source commune. Romulus est le fondateur du culte et de la religion du palriciatque, certains de ses successeurs d'origine non étrusque , conservent et développent. Delà l'abîme et l'opposilion tranchée et violente entre les plébéiens et les patriciens , qui se montraient entre autres d'une manière si frappante dans la loi de Canuléius.

Car lorsqu'il y a une religion chez un peuple , mais une religion vraie qui contient en elle l'expression de l'ordre, son culte pris dans les quelques éléments essentiels de la nature, reflète par les parties secondaires lés éléments moins importants, mais une partie essentielle des grands travaux de la société. Avec une telle religion et un tel culte, le peu-

ÏAq est heureux , tranquille , satisfait. Il est à l'abri des spoliations et de toutes choses violentes pouvant faire rupture, et.ne songe qu'à sesoccupations, étant en paix et dans la prospérité.

Un tel état social ne pouvait con:^enir au patriciat romain qui ne voulait puiser les éléments de son existence que dans la violence et la tyrannie. Aussi le patriciat ruina-t-il la doctrine de la vérité et lui substitua-t-il, un ordre, une religion et un culte arbitraires , idéologiques et anarchiques, semblables à ceux des tribus arabes.

Le principe du culte symbolique étrusque était Vesta et son feu éternel (1). Il n'y avait aucune image de divinités dans son temple. Le foyer allumé symbolisait Dieu. Toutes les institutions religieuses de Numa et les dieux introduits à

(1) Le sanctuaire de ce temple était le Palladium, gage fatal de la durée de Tempire romain. Tite-Uv., l. xxvi, ch. 27.

Rome et adorés par lui, ne se rapportent qu'à l'Esprit supérieur, un et triple ; le temple de la Trinité populaire , Jupiter, Junon et Minerve était situé sur le Capitole , dans l'origine.

Le principe du culte matériel, ignorant et grossier^ du patriciat , antagoniste du premier, qu'il affaiblit et* anéantit insensiblement , et qui établit sur les ruines du culte de Numa , sur le Capitole, ses temples et ses idoles, est Jupiter, mais un Jupiter imaginatif, colère, tonnant, qui, d'après Ovide (i), n'était point ami de Numa. Lalrinité religieuse des patriciens était Jupiter, Mars, Quirinus.

L'origine de l'architecture des templésromains est étrusque: comme les Lacédémoniens, les Sabins et les Latins n'avaient point d'architecture et de beaux-arts. Ils avaient en outre cela de conmiun avec les tribus arabes. L'architecture des

Ï premiers temps de Home est étrusque , disons-nous ,, et dans es détails, sur la construction du temple de la Trinité populaire de Jupiter, Junon. Minerve , sur le Capitole, commencé par Tarquin le jeune et achevé enfin sous le gouvernement consulaire en l'année 245de Rome, on reconnaît une science profonde dans la disposition et les proportions de nombres de l'ensemble et des parties. L'histoire j)rouve que les divinités étrusques avaient des sacerdotes plébéiens, et la surintendance des monuments sacrés est primitivement exercée par des édiles plébéiens. Il n'était permis à aucun patricien d'habiter le Capitole, et à la prise de Rome, par les Gaulois, les flamines quintes patriciens déposent plutôt dans d'autres villes que sur le Capitole , les divinités qu'ils voulaient sauver.

Dans la suite des temps, sous la république, le culte patricien avec son Mars, son Vulcainet l'anthropomorphisation d'une quantité d'abstractions , comme le bonheuT, la fortune virile, etc., ruina complètement le culte national, et, sur cette ruine , et sur la vieille souche des croyances patriciennes, il fut facile au christianisme de se greffer !

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