CHAP, IV. ROME RÉPUBLICAINE
élever le nouvel é/lifice , et cette donnée est une théologie des choses ou de l'esprit qui constitue et faîl vivre les choses, formulée d'une manière claire, de façon à montrer l'action, le mode d'action et la méthode de l'ouvrier créateur , les lois de conservation ou de vie de ces choses faites; bref, la théologie de la cause, des causes et des effets.
Les législateurs romains, au contraire, ont formulé leurs lois dans les douze Tables . en contradictfon avec l'esprit des choses dont elles ne devaient être que la traduction dans la pratique ; leur œuvre est constamment venue heurter ce qui a été ordonné naturellement par l'activité créatrice de l'Esprit supérieur. De là, des contradictions , des chocs , des secousses et enfin des révoltes et de grandes révolutions. La législation des douze Tables, loin d'avoir rétabli et donné l'ordre, la paix et la tranquillité au sein de l'Etat romain , ne fit qu'amener de nouveaux embarras, de nouvelles luttes. Les plébéiens victorieux une autre fois , intimident le patriciat. Le décemvirat est aboli, le consulat et le tribunat sont rétablis avec leurs anciennes préroga* tives. Camille triomphait des Gaulois, mais le peuple succombait toujours sous le poids des dettes , et le patriciat , fidèle à ses astucieuses traditions, restait hautain et dédaigneux. Enfin, à force de luttesjet de tourmentes, on aboutit aux lois liciniennes. Un des deux consuls sera toujours plébéien et aucun citoyen ne pourra posséder plus de cinq cents arpents de terres domaniales ni envoyer dans les pâturages publics plus de cent têtes de ^ros bétail et cinq cents têtes de petit. Sur les terres restituées à TEtat , on attribuait à chaque citoyen pauvre sept arpents, etc. Les sommes payées comme intérêts par les débiteurs aux créanciers doivent être regardées comme à-comptes sur le capital et le reste de la dette liquidée en portions égales dans l'espace de trois années. Le patriciat luttait contre l'adoption de ces lois; il lutta pendant dix ans, jusqu'à ce qu'à la fin elles fussent adoptées en 366. Une grande partie de l'histoire intérieure tie la république romaine n'est que celle des luttes des classes travailleuses et pauvres contre la paresse orgueilleuse des classes riches. Nous verrons plus loin que la tête du clergé catholique recommença et continua plui; tard sous des formes patelines mais excessivement pharisaïques, par leur habileté, le même jeu politique.
Les Romains , au prix d*un traité que leur dictèrent les Gaulois , leurs vainqueurs , recouvrèrent leur ville contre tout espoir, et à partir de ce moment , qui fut pour eux le
ââO LIVRE PBfiMiËR. ANTIQUITÉ.
signal do leur agrandissement, ils belligérèrent sans relâche contre leurs voisins. Au commencement de la première guerre punique, ils furent maîtres de Tltalie centrale, depuis TArno jusqu au Silarus. Mais cette domination amenée par les continuels sacrifices du peuple n'était qu'au profit du patriciat. Dans ces guerres sur le sol italique, les Romains dirigèrent pour la première fois les armes vers les autres provinces encore indépendantes de la péninsule, comme s il se fût agi pour eux, non plus d'une terre étrangère à conquérir, mais de domaines personnels à défendre (1). Mais plus la république s'agrandissait, moins son sol produisait de nourriture pour la population. Cet état de choses était amené par la pression qu'exerçait le patriciat sur les populations rurales et sur la manière dont il faisait cultiver les terres. Et alors, comme nouveau grenier d'abondance, Rome conquit la Sicile , et , en second lieu , pour la soustraire à la convoitise de Garthage. Les Romains voyaient les Carthaginois régner en maîtres sur une grande partie de l'Afrique, de TEspagne, disposer de toutes les tles répandues dans la Méditerranée, et ils craignaient qu'une fois la Sicile en leur pouvoir , ils ne devinssent pour eux-mêmes de redoutables voisins, qui tiendraient Rome cernée de toutes parts et menaceraient sans cesse l'Italie entière. Alors eurent lieu les guerres puniques dans lesquelles apparaît Hannibal , une des plus grandes capacités straté^ques, un des plus beaux et des plus grands caractères militaires de l'antiquité. Carthage est détruite , et la soumission de la Lucanie , de l'A-
Ëulie et du Bruttium, rend Rome maîtresse du sud de l'Italie, lais, non contente encore de sa grandeur territoriale, elle continue ses conquêtes en Grèce et en Asie et marche rapidement vers la domination du monde connu des anciens presque tout entier. »
Jamais les historiens modernes n'ont pénétré dans Torlgine de la scélératesse qu'on voit dans le patriciat romain. C'est une omission, une inconséquence funestes, parce que celte scélératesse a traîné à sa suite et a perpétue des doctrines gouvernementales et des résultats qu'on a déduits de la nature des choses et du caractère des hommes , tandis qu'ils ne sont que le partage d'un groupe isolé de la famille occidentale. Or, c'est du cœur même de cette scélératesse que sont sortis le droit romain et cesxodes, cette jurisprudence, qui ne sont qu'une collection d'expédients et de re-
;i) Polybe, 1. 1, cil. 6.
CHAP, IV. ftOMS R^FUBUCAIMB. ^1
fbîles qtie les circonstances et les conjonctures journalières lui suggéraient.
Nous allons maintenant retracer une époque de l'histoire romaine où le patriciat et Taristocratie d'argent se montrent dans toute leur nudité et où ils se vautrent dans les vices dont nous venons de parler. Nous allons continuer à connaître c^s deux classes impies qui, ne pensant qu'à elles, ne songeaient quà leurs propriétés et leurs biens, en voyant cependant autour d'elles le plus sinistre tableau des souffrances sociales.
L'aristocratie de race et d'argent, hypocrite et couarde dans le danger , vindicative , haineuse et arrogante quand il n'existe plus, avaient certes conscience de cette éternelle vérité, inconnue au désert ou qu'on y oublie à dessein , à savoir : que les biens ne peuvent être que proportionnels à l'esprit et aux qualités du cœur. Qu'ainsi un imbécile et un fripon ne doivent pas avoir de grands biens : qu'ainsi des égoïstes , des natures orgueilleuses , éclectiques et vénales , ne peuvent posséder légitimement de grands biens et que , si un homme en, possède de considérables , il doit avoir des qualités du cœur et un esprit à multiples faces. La richesse ne doit pas provenir du nasard ou des chances du bonheur dans un état social où il y a une théologie gouvernementale, une théologie des choses de ce monde-ci, qui règlent avec la morale éternelle les rapports des hommes entre eux. Le hasard ou le destin régnait à Rome dans l'es-* prit du patriciat qui éleva des temples et des autels et qui s'en servit comme d'égide contre ceux qu'il ne fa^o^isait pas. La grâce de saint Augustin est une copie métamorphosée du Fatum romain des plus mauvais temps de la république. D'après les lois du ciel , les lois naturelles , les hommes ne sont pas divisés en deux classes, dont l'une manque du nécessaire et l'autre regorge du superflu. Plus les castes patriciennes et d'argent avaient de biens et de pouvoir, qu'elles savaient parfaitement provenir de la spoliation et de 1 usure, plus aussi elles mirent de persévérance et d'audace à formuler et à proclamer la théorie des faits accomplis. « Les bons citoyens (4j , comme dit Velléius Paterculus! qui s'étaient imaginé un ordre qui convenait à leurs arrangements, et qui décoraient du nom de paix et d'ordre la tranquillité des cadavres et le silence des tombeaux, veillaient avec la férocité du tigre et la ruse du renard, au maintien
(l) Hist, rom,y 1. n, ch. î. Descivit a bonis
322 USW PHKMIBR. ANTIQUITÉ.
de leurs usurpations et de leurs nids de dépravation. Pour maintenir la toute , le patricien romain , tout athée qu'il était, exigeait la stricte observation des cérémonies et des mystères religieux; il avait pour patrie le lieu où il pouvait jouir de ses plaisirs, et, dans la bonne acception du mot, il avait toujours le mot de patrie sur les lèvres ; la république pour lui, c'était Tensemûle, le milieu dans lequel il s'était mi les richesses , les avantages , la position d'influence orgueilleuse pour lui, de timidité et de crainte pour les plébéiens et les clients qui étaient sous sa domination : c'était Tensemble enfin , qui le faisait ce qu'il était , riche , bien portant, fastueux, impérieux et maître absolu sur tous, sauf le petit nombre de ses pareils. Voilà ce qu'il appelait la république 1 Les autres hommes et toute la foule , ne sont donc quun bétail pour lui, des choses ayant locomotion , mais ne différant que par là d'avec ses champs, ses domaines, ses arbres, ses vaches, ses porcs l Quelïe différence, grand Dieu I £ntre cette noblesse individuelle, étroite et d'odieuse mémoire, avec ces races nobles grecques, avant Alexandre, supérieures au fond et par cette raison, commandant la foule, fraternelles dans la rue, bonnes dans les camps, généreuses envers leurs semblables et leurs inférieurs, compatissantes aux malheurs d'autrui, affables envers les souffrants! C'est qu'elles avaient un cœur en place de boue , c'est qu'elles avaient des données belles et profondes dans l'esprit, multiples par leurs conséquences , riches et variées comme la poésie ; ces choses que les Macro be et autres nous rapportent de la pensée, des sentiments et de là foi de quelquesuns des Scipions, nous montrent qu'il y avait encore quelques vieux restes de ces divines races dans la noblesse romaine. — Ces races grecques avaient une raison et une intelligence au lieu d'un cerveau creux, d'où il ne peut sortir qu'un bavardage, que des mots, mots qui coustituèrent effectivement aussi les formules fallacieuses et législatives dont les hautes classes romaines se servirent comme de remparts pour retrancher leurs exactions et abriter la honte comme la fausseté de leurs doctrines sociales 1
S'enrichir et jouir dans la contention publique, au milieu des larmes du plus grand nombre, sans égards ni attention à ce que ce sont des individus de notre espèce , voilà l égoïsme noir et pervers du patricien romain ! Le premier bcipion avait ouvert aux Romains la voi€f de la puissance (1).
(1) Lisez le 41« chap. de la Guerre de Juffurtka^ parSalluste.
CHAP. IV. lOMS ftÉPTMJCAlHB. H^
La rivale de la dié éternelle était aoéaotie, et celle-ci était la maîtresse du inonde. L étendue territoriale de rancieniie iUlie à cette époque, était de 30,312,000 hecUres (1). et le nombre de ses citoyens de 390,736. Il y avait d€6 fortunes énormes à Rome. Celle de Crassus était de 40 millions, celle de Démétrins, Taffrandii de Pompée, était de 19 millions. « Les prodigieuses fortunes des patriciens de Rome ne provenaient pas uniquement des trésors enlevés aux vaincus et des richesses extorquées aux habitants des provinces; elles avaient encore une autre source plus pernicieuse : c*était le prêt à intérêts usuraires et exorbitants, qui opérait la ruine des emprunteurs, et faisait passer toutes les pro* priétés mobilières et immobilières dans les mains des riches. »
« L'usure était un des fléaux de Rome, même au meilleur temps de la république. Lan 457 , les édiles ayant confisqué les biens des usuriers-notoires, l'argent qui en revint au trésor fut si considérable, qu'il paya la valeur de plusieurs grandes dépenses publiques : la porte de bronze du Capitule, la statue de Jupiter et le quadrige placés au faite de ^éaific^, les statues de Romulus et de Rémus allaités par la louve et placées dans le Forum, les vases d'argent pour décorer les trois tables du temple de Jupiter capitolin , et les frais du pavé de la route conduisant de la porte de Capoue en Campanie. Ces détails donnent une haute idée de l'habileté des usuriers de Rome, qui devaient ressembler beaucoup aux traitants de la régence (2).
« Plutaraue nous apprend que Crassus avait hérité de son père 300 talents ou 1,620,000 francs. Il accrût sa fortune en achetant à bas prix les biens des proscrits , en prêtant à usure, et en louant , pour les faire travailler à son compte, des esclaves nombreux. Quand, suivant l'usage, il consacra le dixième de son bien à Hercule , il possédait 7,100 talents ou 38,340,000 francs. Ses pratiques avaient augmenté sa richesse patrimoniale de 2,400 pour cent. » — Notons que ces importants détails sont presque tous passés sous silence par les historiens romains , et que nous en devons la plus grande partie aux auteurs grecs. Un ordre social ayant pour dernière asnse supérieure de la pyramide
(1) La superficie de la France actuelle est do 52,768,600 beo* tares.
(2) Statistique, etc., par Moreau de Jonnès, 1851, t. 2, p. 5IS, Lan 457 de Rome répond à Tannée 297 avant Tère vulgaire.
9SÀ Ufftft MMltt. ANTlOtlfé;
des éléments architectoniques aussi détestables, devait menacer à chaque instant de compromettre la chose publique, et , dans une perturbation prévue et pressentie , engloutir dans la catastrophe en perspective, non-seulement les mauvais, mais encore l'immense majorité des bons citoyens et des clients, parfaitement innocents des causes des malheurs publics.
Le second des Scipions ouvrit aux Romains des classes supérieures la voie du luxe , et comme il n*y avait plus de rangs ni de hiérarchie , et que le sentiment du beau si vivement senti tout naturellement par Scipion qui en use pour loi , la foule ne comprenant pas les mesures , l'exagère tout naturellement en de nombreux points dans ce qui la concerne. La contagion du mal gagnait un immense terrain; d'en haut, elle descendait déjà dans les ordres inférieurs (1). Le travail manquait souvent aux classes laborieuses qui alors étaient affamées et plongées dans les angoisses et le désespoir, la guerre ne nourrissait plus des milliers de soldats qui venaient repeupler leurs foyers, des millions d'esclaves attendaient, haletants, l'heure de l'insurrection et de la délivrance ! Dans plusieurs parties de l'Italie , les travaux ruraux étaient abandonnés , soit que les fermiers n'eussent plus de quoi les continuer, soit qu ils fussent chassés et dépossédés de leurs biens mobiliers par leurs propriétaires. Une immense quantité de champs restèrent incultes , tandis que le nombre des esclaves allait toujours en augmentant. Peu avant le temps des Gracques , les patriciens , afin de tirer un plus grand parti de leurs terres, les avaient con-
(1) Le premier pas, le premier effort que voulut faire Scipion vers la perfection, fut de se distinguer par la tempérance, et de remporter par là sur tous ceux de son âge. C^était, du reste, un triomphe dont la conquête, quelque noble, quelque diflicile qu^elle soit d'ordinaire, était alors aisée à Rome à cause de la corruption générale. Les uns se livraient àdUnfâmes amours, les autres se perdaient avec des maltresses; la plupart n^aimaient plus que la musique, les festins et ce luxe dont ils avaient dérobé le goût aux Grecs pendant la guerre contre Perséé. Telle
parce que , la Macédoine détruite , Tempire du monde semblait désormais assuré à Rome, et que, d'ailleurs, Topulence avait
Îiénétré à la fois chez les particuliers et dans TEtat par la trans— ation on Italie des dépouilles des vaincus. Polybe, liv. xxxii, chap. 11.
CHAP. IV. BOMB RÈnTBUCAtKK. ^\^^ 227
verties en prairies artificielles , parce que ce mode de't^ ture leur demandait moins de bras pour les exploiter. L'immense agrandissement du territoire de la républiaue, amena des changements essentiels dans l'intérieur de l'Etat. L'inégalité de rang entre les plébéiens et les patriciens disparût lorsQu'en 172 avant 1ère vulgaire, les deux consuls furent plébéiens et le nom de populuê comprenait toute la nation. D'un autre côté; il se forma une noblesse administrative , et le nombre des magistrats et des employés augmenta considérablement. La noblesse de deuxième ordre dégénéra encore davantage et devint héréditaire. La corruption gagna le peuple et sa masse s'augmenta d'une quantité d'affranchis. La campagne est désertée et ses habitants se retirèrent dans les villes. La discipline militaire se relâcha par l'appât et la distribution du butin. L'Etat s'enrichit à la manière du patriciat et le peuple descendait de plus en plus dans la misère. L'industrie ennn périt par l'augmentation considérable du nombre des esclaves.
Telle était la situation de la république oligraphique , lorsqu'on revenant d'Espagne , Tibérius Gracchus traversa l'Italie pour rentrer dans Rome. Pendant son voyage, il avait été frappé de l'augmentation du nombre des esclaves, de leur substitution aux journaliers libres dans les travaux de l'agriculture, et il eut immédiament la pensée d'une distribution plus normale des terres. Mais il ne songea pas à leur partage égal. Nous avons déjà dit précemment ce qu'étaient les terres à cette époque. Elles provenaient de la conquête ; elles avaient été converties en domaine public, mais enlevées à la souveraineté et transformées par la ruse et la duplicité aidées de la violence , en propriétés particulières du patriciat.
li y a vingt siècles , on ne comprenait pas plus qu'aujourd'hui l'argumentation du patriciat et de ses juristes, que : si la fraude et la violence sont quelquefois Vorigine de la propriété f la transmission pendant longues années , sous des lois régulières, lui rend le caractère respectable et sacré de la propriété légitime fondée sur le travail , dont elle n'est que le signe. Les plus illustres jurisconsultes romains du temps des Gracques n'admettaient pas la théorie du vol et du recel, et parmi eux étaient leâ Puolius Crassus, les Publius Muciûs Scsevola , les Âppius Glaudius. Ce que Rome avait d'honnête et de politique n'accepta pas la doctrine des faits accomplis, la continuation de la spoliation usu paire et homicide du patriciat. Quand des réclamations
y^KIIIEH. ANTIQUITÉ.
yé lois agraires , elles ne partaient que auquel appartiennent au^si ia plupart ^ai les rapportent. Quand on dit que les uii ne limitaient en aucune manière 1 extene la propriété particulière, apportaient toui*elles apparaissaient à Tborizon. des frayeurs , >tudes, ce ne fut aue dans les mauvaises conscien- ^atriciat; et, lorsqu on parle d'ordre social compro- / confond toujours lanarchie que s étaient faile à leur pK /le patricien et le riche pour exploiter dans Toisiveté, pour voler le pauvre, et vivre à ses dépens. C'est cette anarchie , cet arrangement oligarchique que les patriciens de Borne appelaient Tordre , la société, la civilisation , en oubliant que ce qui en faisait partie, n'était qu'une infime portion de la population. La loi agraire ne frappait qu'une fois, qu'une génération, tandis que les maux qu'elle anéan-r tissait duraient constamment, et se perpétuaient sur toutes les générations futures. Ensuite on n'enlevait pas aux riches la totalité de leurs biens : on leur laissait de quoi vivre dans l'oisiveté et l'opulence. La loi agraire proposée par T. Gracchus, laissait encore 500 jugères de terres ou 125 hectares ou 438 arpents, qui rapportaient ^,000 livres de rentes. Il ne faut donc pas crier à ia spoliation. Les gens que la Républiq^ue pourvoyait si richement et d'une façon si généreuse, n'étaient cependant que les « factieux qui gouvernent, comme dit Salluste (1), donnent et ôteut à leur gré; ils oppriment l'innocent, ils élèvent aux honneurs leurs créatures; point de crime, point d'infamie ou de bassesse qui leur coûte pour arriver au pouvoir I ils pillent , ils volent tout ce qui leur convient ; enfin, comme dans une ville prise d'assaut, ils ne connaissent de loi que leur caprice et leur passion. » Voilà le portrait des pauvres gens que soi disant on spoliait 1 < Et je ressentirais, je l'avoue, continue Salluste , moins de douleur, s'ils devaient à leur bravoure et à la victoire ce pouvoir qu'ils ne savent exercer qu'en oppnmant; mais ces lâches, qui n'ont de force et de courage que dans la langue, abusent insolemment d'une domination qu'ils tiennent du hasard et de la mollesse d 'autrui ». a Car enfin, quelle sédition , quelle guerre civile a détruit tant et de si illustres familles? Quel vainqueur a jamais montré tant.de violence et tant d'emportement? » Le même auteur dit encore en s' adressant à César : « Mais ,
(l) Première lettre à Césor^ ch. 3.