CHAP. V. LE CHRISTIANISME
aride, et sous un ciel brûlant, souvent conquis et soumis par l'étranger , s'éleva une doctrine religieuse, suivie plu» ou moins encore aujourd'hui par un nombre considérable d'Européens et d'habitants des deux Amériques. Dans la patrie de cette doctrine , s'étaient introduites de^ idées religieuses de l'Egypte, de Babylone, de la Phénicie, de la Perse, de rinde e1 de la Grèce. Présomptueux et entiers , les savants et les prophètes du peuple iuif ignoraient , en vrais Arabes, totalement la nature des choses. Ils formaient trois groupes distincts. Au premier appartenaient les Pharisiens, sacerdotes et patriotes fervents, esclaves de la loi mosaïque, à côté de laquelle ils admettaient cependant la tradition ; croyant en Dieu et à la résurrection ; ennemis des innovations, ils cherchaient à maintenir l'intégrité de la doctrine religieuse et sociale. Attachés d'une manière inébranlable au rituel du culte de leurs pères, inflexibles, immobiles, adonnés toutefois à une casuistique facile et mêlée de sophismes, ils durent nécessairement amener une violente réaction , qui était effectivement en permanence chez les Sadducéens , formant le second groupe. Les Sadducéens se composaient des hommes d'action de la tribu juive, des natures commerciales , des individus non proprement lettrés comme les pharisiens , mais ayant l'esprit des lettres ; sans croyances religieuses : natures actives, cupides, hardies jusqu'au cynisme , sensuelles au suprême degré , matérialistes, et privées absolument comme cela se remarque chez beaucoup de juifs aujourd'hui en Europe, de tout sens mo^ rai. Ces natures, répandues dans tous les centres commerciaux du bassin de la Méditerranée, démoralisaient, dépouillaient et pervertissaient incessamment les nations qui occupaient ces contrées. Nous les avons retrouvés dans la société romaine, et Salluste, sans s'en douter, et parce que la science des races n'était pas connue, nous en fait un portrait fidèle. Les Esséniens (1) formaient le troisième groupe. C'étaient les natures bonnes et sentimentales, dégoûtées du monde, peu profondes, gémissant mélancoliquement sur les misères de la vie, et vivant dans la solitude, éloignées du bruit des villes. Ils menaient une vie ascétique, observaient
(1) Tous les Juifs qui se sont faits chrétiens en Europe depuis le moven âge, sont des Esséniens, des hommes sentimentaux et assez bons qui, ne trouvant qu'un matérialisme cynique et ignoble dans leurs compatriotes, sont passés dans la famille européenne. M;iit^ iU sont sans science auruue.
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le céîibat, cultivaienl la terre et vivaient en communauté. Le peuple juif et ses chefs étaient énormément superslilioux, fanatiques et enclins au surnaturel, comme les Arabes, dont ils formaient une tribu , ainsi que nous l'avons dit. Il y avait chez eux ignorance des notions les plus rudimenta ires de la triple science de Dieu, de l'homme et des lois générales du monde. Entêtés, inquiets et remuants, sans activité rationnelle et suivie . haïssant le travail manuel, turbulents d'esprit, spéculateurs dans de basses logions : tels étaient les Juifs il y a dix-huit siècles et demi. Ils étaient entièrement ignorés des autres nations dans l'antiquité , fondus dans les tribus arabes, et les auteurs chrétiens seuls leur ont donné l'importance dont ils jouissent si injustement.
C'est au sein de cet amalgame pétri avec les élucubratiens de la poésie et de la pensée déviées des peuples voisins, appauvries toutefois sur le sol aride de la Judée , c'est au sein de cette fermentation anarchique et confuse , que s'élevèrent inaperçues des autres nations contemporaines, les tentatives de réformation projetées, au miheu d'un petit cercle d'amis et pour eux . par un homme sorti du peuple , au cœur grand , noble et aimant , mais ignorant tout à fait le monde et ses réalités. A en juger par ses doctrines (1), disciple de la meilleure des trois sectes juives qui se partageaient l'empire moral de leur patrie , le fondateur de la régénération galiléenne, fut aflublé, longtemps après sa mort, d'une origine surnaturelle par ses disciples; origine que l'histoire a adoptée non sans une énergique protestation , et que la raison , en dehors des masses , n'a jamais admise que sous forme de figure et de poésie. On retrouve dans ces naissances miraculeuses, enfantées par l'amour humain en extase, la reprfeentation de cette, chaleur amoureuse de l'Etre principe, cette chaleur amoureuse et vivifiante de Dieu, abstraction faitede tout anthropomorphisme, nommée Kâma par la haute antiquité indienne, Athôr par les Egyptiens, Eros par les Grecs, et qui ne crée des mondes que pour la satisfaction de son propre bonheur,
Ï>our le communiquer ensuite à d'autres êtres. En effet , si a faculté sensitive dans l'homme, est un abrégé, à la vérité moins pur dans sa substance , de cette faculté chez Dieu , toute doctrine émanant de l'homme, et ayant la prétention d'apporter un bien à la société et déclarée telle par ses dis-
(l) Il était contraire à la secte des Pharisiens et des SadducÀ'r\\<. MMllh., ch. 16, V. 6.
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cipies, est. en réalité, humainement parlant et dans un sens relatif , une doctrine divine. Mais pour qu'elle soit telle , comme l'intelligence suprême a la toute-science , qu'elle a produit la vérité, il faut, disons-nous, qu'elle soit assise solidement sur des bases scientifiques, qu'elle se prouve par sa conception , s'assimilant les lois de toutes choses et s'identifiant avec elles; il faut, en outre, quelle les démontre, les développe et les explique,.qu'clle en chante les accords dans ce grand concert universel , qu'elle exécute la partie que le suprême compositeur lui a destinée. Quand une religion ne connaît et ne divulgue pas aux hommes l'échelle, la gamme, l'ordre , les nombres et la mesure par lesquels l'univers est produit, ordonné et maintenu, lorsqu'elle part d'une abstraction , d'une unité isolée et stérile , lorsqu'elle ne s'élève que tristement au fond et dans la forme d'un cœur généreux , compatissant , amoureux du bonheur humain, elle peut arriver à détacher tellement l'homme de la terré, pour le transporter mystiquement dans les champs, dans les régions de l'imagination, et cela à tel point, qu'elle empêche et détruit les travaux , qu'il oublie ou néglige sa destinée d'ici-bas, en ne tenant compte que de celle de l'avenir et du ciel.
La religion n'est pas une simple abstraction, destinée à conduire l'homme dans le cercle moral, dans le cercle éthique, dans le cercle étroit qu'il doit parcourir sur la terre qu'il habite. Si elle ne règle pas par une science théologique le nombre dans les rapports qu'il a avec ses semblables dans le monde , la religion le jette comme un instrument brisé à l'écart du chœur où il faisait son accord. Et alors, au lieu de s'en prendre à l'abstraction idéologique du dieu qu'il s'est arbitrairement créé , l'homme se replie sur lui-même et ne s'explique pas son sort funeste qui ne dépend effectivement alors que du hasard.
La religion n'est pas seulement une spéculation sentimentale. Tout en étant une chaleuV de l'âme qui la fait s'exalter à l'adoration auguste de Dieu, il faut que, reflet do la science de Dieu , elle fasse servir cette science au développement des choses et à leur appropriation pour l'homme. C'est de cette manière seulement qu'elle peut faire honorer Dieu en guidant l'homme dans le vrai.
Le christianisme affirme Dieu et ses créations, il ordonna de croire en lui, mais il no le prouve pas. Il n'en fait qu'une affaire de sentiment: en n'expliquant pas par la science la création du monde , les lois ou règles par lesquelles il l'a
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{)roduii, celles de la politique par laquelle il le gouverne et e maintient, le christianisme a été obligé d'avoir recours à une force extérieure, omnipotente , incompréhensible ou inexpliquée pour ses sectateurs, qu'il quahfie^de Providence et qu'il est obligé de faire intervenir en toutes circonstances pour l'explication des choses contingentes, et oui n'est que le fatum du monde contemporain , monde si aésorganisé par la pensée. En effet, toutes les locutions que ses sectateurs emploient en parlant de la Providence pour montrer une raison, une sagesse divines en elle dans sa conduite , ne montrent chez eux qu'une grande impuissance pour faire sentir cette loi supérieure du vrai destin , qui n'a rien de fatal ni d'arbitraire, puisque comme toutes ses autres lois secondaires qui constituent son action , sa direction . ses déterminations , elle n'est que l'accomplissement de l'accord dans la réalisation du but absolu, but qui est le monde et ses réalités dans leur ordonnancement et situation respectives, d existence, de fonctions, de santé et de tout ce qui constitue la normalité de chacune d'elles. Tandis que chez ses sectateurs, les déterminations et les actes de la Providence, ne sont que le haut arbitraire d'un maître qui ne donne pas les motifs de ses ordres, à ses inférieurs : ce qui les met dans l'humble soumission et résignation duTurc ou del'Arabepoursafatalité.quoiqueleschrétiens prétendent le contraire dans leurs dires et leurs livres, mais sansjamais établir une ligne do démarcation entre les deux. La primitive église eut à répondre à de graves questions , et l'histoire ecclésiastique nous conduit à l'origine tout humaine et à la date précise de l'invention de tous les dogmes de la doctrine chrétienne. En l'admettant comme la continuation de la loi mosaïque, on tomba dans le fatalisme et on fut conduit à faire de Dieu môme l'auteur (lu mal. On vit poindre aussi à l'horizon le dogme de la prédestination. Les angoisses d'Origène sur les conséquences de l'explication de l'origine du mal , amenèrent plus tard la question du libre arbitre. Delà, une dispute furieuse entre Augustin, évêque d'Hippone, et le rationnel Pelage, moine anglais. L'homme , disait ce dernier, est libre de faire le bien ou le mal ; celui qui prétend excuser ses vices sur la faiblesse de la nature, est injuste : car qu'est-ce que le péché en général? Est-ce une chose qu'on puisse éviter, ou non? Si on ne le peut pas éviter, il n y a point de mal à le commettre, et alors il n'existe pas: si on le peut éviter, il y a du mal à le commettre, et alors il existe : son existence elle-