ROME IMPÉRIALE ET CHRÉTIENNE
Auguste , lors de son action à la mort de César , prit la sociélé dans l'état que tout le monde connaît, c'est-à-dire dans la péripétie sanglante de l'immense drame social qui se jouait sur le monde depuis quatre-vingts ans. A ce moment tous les caractères ou presque tous les caractères , n'importe les conditions où ils se trouvaient placés , sont affaissés et découragés. Ils s'entr'abîment depuis longtemps sans avoir pu rien faire sortir de leur lutte; aujourd'hui ils sont disposés ou à se taire et à s'abstenir tout à fait, ou à se grouper sous une individualité qui peut se présenter, et à concourir de leur mieux , sous sa direction , à la paix et à un certain bien général. Auguste se trouve tout juste être l'homme qui convient pour cette disposition et situation des esprits; il fait certainement très bien pour les conjonctures et les instruments qu'il a sous la main , les choses que l'histoire signale dans son règne de quarante-trois ans. Mais à son arrivée et sous son pouvoir , toutes ou une bonne partie des grandes individualités et races patriciennes qui s'entreabîment depuis deux siècles pour la domination sur la &o«
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ciété et son pillage, toutes ces individualilés et races vivent encore sous lui. La paix dont elles avaient besoin pour reprendre haleine , les laisse à sa mort dans un état de sève nouvelle. Alors Tibère, une de ces grandes énergies perverses et qui les connaît bien , travaille à les mettre aux prises, à leur tendre des pièges , à faire produire des circonstances autour de chacune d'elles ou du plus grand nombre , où elles pourront se déceler, et voyant que la plupart d'entre elle;? n'ont pas autre chose dans le cœur que le désir de renverser le rhef du pouvoir ou le prince du sénat quel qu'il soit, pour s'élever à sa place, il en tait ou assassiner, ou condamner, ou empoisonner, ou tuer par ses tribunaux ei par leursaffranchis et leurs esclaves. Cette action terrible et perverse tout à la fois de Tibère, les remet dans une nouvelle expectative de silence et de crainte.
A la mort de ce deuxième empereur et sous ses successeurs Caïus, Claude et Néron jusqu'à Vespasien , les patriciens et les riches affranchis qu'ils ont faits, voyant chacun qu'il leur est à peu près impossible de s'empaVer de l'empire, et que, d'ailleurs, la fonction du prince est remplie de périls, se mettent à se vautrer et poussent le prince à en faire autant, ce qui n'est pas difâcile, attendu la dépravation native et acquise des princes qui passent sur la scène. Cette dégradation , qui forme le caractère saillant de cette époque, a infiniment augmenté les maux de la société , et comme la dissolution et la vie de promiscuité avec les femmes a toujours entraîné pour conséquences la mauvaise foi, la vénalité , l'esprit de dissimulation , 'd'astuce, l'esprit de vol et toutes les mauvaises passions à la suite, la société périt et les militaires intelhgents , énergiques et loyaux en sont plus pénétrés que personne. De là l'avènement de Vespasien et 1 explosion d'esprit et d'opinion en sa faveur, à 'orient comme à l'occident de l'empire, à Alexandrie comme à Rome, pendant le terrible intermède de Galba, d'Othon et de Vitellius. Sous Vespasien , une certaine modération dans les actes et une certaine retenue entre les personnes s'établissent par la main forte du pouvoir. Les choses vont ainsi assez passablement sous son règne et sous les deux ans de celui de son hls Titus. Mais sous Domitien , son autre fils, la perversité jointe à la tyrannie relèvent la tète et forment l'action principale de la société, parce que le chef est luimôme un homme très vicieux. Mais cela passe vite : on le tue , et Nerva est proclamé. A partir de Nerva , il y a là une belle pause de pouvoir, de tranquillité et même de mo-
Èm LIÏ»E MKHIEU. ASTIOlirt,
rnliLé. parce que lus cm|iereiii'â (|ui vonl so i>uccé(Ier au nombre de cinq , par voie de dési^nalion et d'adoption . et nod par la succession du sang , vont être euK-mëmes des botnmeâ de bien . et des hommes éclairés et énergiques. Et l'on peut dire que si la société avait pu ^re sauvée avec les éléments qui la constil liaient , elle l'aurait été sous la direction bienfaisante et morale de ces cinq empereurs !
Mais, ainsi que nous n'avons cessé de le dire , le sang métis romain d'une pan, et les mceurs orienta les- arabes juives de l'autre, l'avaient gangrené depuis longtemps. Celte orientalUation , si l'on peut se servir du mot , de la population romaine, permet à un élément nouveau de même nature orientale , mais seulement plus sentimental et qui vient Également de la Phénicie et de la Judée , de s'introduire et de circuler dans l'empire. Un très petit nombre de personnes, on le sait, sont à portée de comprendre que ce n'est pas le sentiment qui Tait la loi , la base de la société d'habitude, mais la vérité, c'est-à-dire la science; parce que la science seule comprenant les idées et étant dans son ensemble une philosophie, le monde ou la société est un ensemble de (igures. de formes et d'objets qui ont nécessairement pour théorie la science. De là . la raison pour laquelle les dogmes seuls servent de fondement et de base à la société. Le sentiment n'est pas un dc^me . et si l'élément nouveau dont nous parlons prétendait en avoir, des dogmes, il n'avait que ceux des Phéniciens et des Juifs, c'est-à-dire la conception arabe que nous avons démontrée il y a longtemps être fausse et ténébreuse. Le sentiment n'est qu'un côte de la vie de l'être ; il peut bien conduire chez certains individus à des actes de bonté, de probité, de douceur, à des actes de charité et d'amour ; mais tous ne Mnt pas doués de ce sentiment; et puis la société a besoin (le s'expliquer, de se démontrer, de s'analyser par des démonsirutions d'analyse et de synthèse, et le sentiment n'en donne |iiis lu lumière , et quand elle le fait, elle doit retrouver lu conception de Dieu , les actes de Dieu , dans ses ~ ' H dans ses loiâ de création. Si elle ne les retrouve ■ l'esprit tombe sans foi ,- il doute ; la société . son ingement, n'est olus qu'un fait humain, et alor.'! [uera, ou par le nasard comme le Phénicien , le nilman , ou par le mystère, comme le senlil'e^sénion, le chrétien.
ivant ne peut donc sortir d'une société pure* wnifllo . le monde ne peut se perfectionner en
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s'tîlovanl, il osl arrùlé, ul c'est ce que l'on voit de la conception chrétienne-juive, depuis Constantin jusqu'aujourd'hui. Dans le monient dont s'agit, l'empire «st comme en balance , deux points ou deux vues sont dans l'esprit de la population : depuis des siècles le monde romain est bien devenu phénicien par l'infusion des sangs et des mœurs sémitiques ; mais pourtant il a encore toujours dans ses traditions les lointames conceptions du monde pélasgique et orphique , qui forment sa religion. Cette religion imparfaite et désorganisée, comme on l'a vu, forme le culte du gouvernement. A 1 époque où nous sommes sous la succession brusipie et le plus souvent terrible des hommes qui passent au pouvoir, ils se rattachent tous plus ou moins, et ils sentent qu'il faut le faire, à ce culle de Jupiter; car eux sentent, comme la njoindrc Iribu , qu'on ne peut vivre et se gouverner sans culte.
Un autre élément, l'autre clément a pour tradition les idées séniitiques. la ihi'ologie des Juifs. Cette théologie est variée et expliquée par la secte nouvelle. Les idées que ce nouvel élément se fait de Dieu et des choses , sont toutes dilîercnles de celles de lélément , du culte de Jupiter : conmient alors gouverner cette société qui est là ainsi en balance, partagée entre deux courants d'opinions qui sont presque d'égale force? La chose est on ne peut plus difiicile. De là, la succession multipliée des règnes et la (in tragicjue de la plu[)art des empereurs !
Constantin est au timon, et après de nombreux tiraillements, il abandonne l'élément romain et passe à la nouvelle doctrine. Les meneurs dans cette dernière qui avaient soif du pouvoir et des richesses de la terre, l'en louent sans fin ! Mais quoiqu'ayant l'empereur pour eux , ils n'ont pas toute l'opinion , beaucoup s'en faut. La science est décousue et travestie chez les païens, mais elle n'est pas défendue. La plus grande partie des questions de doctrines et de sciences se discutent et se résolvent chez eux et entre eux , par la raison , comme cela doit être. Les meneurs dans la nouvelle secte , qui ont besoin de gagner encore du terrain , et de discuter pour cela , afin de convertir ceux qui ne le sont pas, se servent eux-mêmes de la raison et de toutes les formules de la science. C'est ce que l'on peut voir par les productions des Justin, des Clément d'Alexandrie, desDidyme, des Origènes, etc., et de toute la foule de leurs écrivains secondaires. Mais ces doctrines des Justin et autres, ne sont pas autres que la doctrine des. dogmes de la religion pélas-
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gique, de la religion des anciens autochthones. Car ce sont précisément les principes des platoniciens et des pythagoriciens, qui étaient des hommes presque orthodoxes, qu'ils suivent.
Lesnouv eaux Juifs, qualification qu'on leur donnait alors et que l'on doit continuer de leur donner encore aujourd'hui, abîment davantage l'ordre social qu'il ne l'avait été jusque-là, en détruisant toutes les hiérarchies.
La famille et ses règles sont les premières lois de l'association des hommes ; or, les idées et les mœurs de la nouvelle secte sont des règles de fait, de simple groupement , par de prétendues sympathies d'exaltation et d'excès , à la suite de prédications et d'entretiens passionnés, du côté du cœur. Les meneurs de la secte ne cherchent pas à faire se grouper davantage les individus par famille, les frères et les sœurs et parents, avec leurs père et mère et grands-pères, les uns avec les autres; et puis ces groupes famille à s'approcher et à se lier entre eux par de bons procédés et des rapports d'affection, pour constituer dans la société, à Vinstar des principes universels et spéciaux du monde, la grande famille ou la société. Bien loin de la ! bien loin d'agir et d'opérer ainsi, ils préfèrent en toutes circonstances procéder par voie individuelle et attirer de tous côtés des individus contre des individus pour en faire une assemblée, ce qu'ils appellent une église! assemblée qui n'est plus, comme on le voit, qu'une multitude de hasard^ eipurement démocratique, composée des sexes sur le même pied et qui vont vivre, ou dans une chasteté absolue, et par là dans une aspiration folle d'une autre vie pour donner le change à leur cœur qui est privé de l'accomplissement de son désir, de se confondre dans la possession d'un autre cœur; ou bien dans une certaine liberté, et alors tout de suite dans la dissolution e* dans la plus sale promiscuité!
Ces deux phénomènes sociaux se remarquent à la fois dans les groupes de la nouvelle secte pour ceux qui peuvent les observer de près. Dans les deux cas, c'est un excès et une impossibihté sociale.
La promiscuité, dans la période de leur apostolat, qui se passe de la mort deMarc-Aurèle à Constantin, est le mobile non avoué par aucun des nouveaux sectaires à l'extérieur, mais le grand mobile! au fond des 'conversions dans les jeunes gens et les adultes de presque tous les âges dans les deux sexes. Par les rapprochements et les groupements, il y avait frottaillements des corps, attouchements indirects
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et directs des uns et des autres dans ces foules sentimentales et en cohue! Et cela procurait du plaisir quand on n'en trouvait plus dans la vie domestique qui était détruite.
Dans ces agapes ^ les sœurs et les frères qui ne faisaient que le moins souvent possible partie des mêmes groupes, pour ne pas se contrôler respectivement dans ce qu'ils faisaient, avaient bien soin quand ils étaient de la môme assemblée, ou qu'ils se rencontraient dans la même assemblée, de ne pas se placer les uns auprès des autres et les femmes et tantes contre leurs maris et frères de même, et tout cela dans des desseins de promiscuité !
Mais après l'avènement de la nouvelle doctrine au pouvoir politique par la conversion de l'empereur et de son gouvernement, c'est autre chose. Elle a, à compter de là, le pouvoir, mais avec sa responsabilité : elle assume la direction de la société, mais avec sa police nécessaire. Alors pour que la société ne devienne pas un monceau de fumier, avec cette absence de toutes lois vraies pour la poser et la tenir , il va lui falloir avec ses idées et ses mœurs, séparer les sexes; et comme cette séparation dans la vie extérieure avec toutes les agaceries de la vue continuelle d'un sexe sur l'autre, font naître ou augmenter les désirs sans satisfaction , l'existence se traînerait misérable sur la terre. Il fut donc de suite poussé aux cloîtres et à la séquestration par sexe.
La retraite et le cloître, comme mesure générale, est une folie politique, une anormalité sociale et physiologique des
Elus grandes. Ilya dans l'espèce humaine des natures failes et maladives, des natures mélancoliques qui , par dé- /aut démesure dans les aspirations, déflorent toutes les réalités possibles de la vie sur la terre; ces natures ne trouvant jamais dans les acquisitions qu'elles font ce qu'elles avaient attendu, se dégoûtent du monde et veulent s'en aller dans la retraite. Pour ces personnes, la loi politique et religieuse ne doit pas les empêcher de suivre leurs penchants. Mais pour tout le reste de l'espèce qui ne veut pas de la vie cloîtrée et qui aime la société, aucune chose d'artificiel ne doit pousser les individus à aller se séquestrer.
La vie de séquestration, la vie d'anachorète et de cloître, ne pouvait pas se soutenir par le bon sens devant une opinion éclairée; les meneurs des sectaires nouveaux le sentirent bien. Cette vie de macération et d'absorption imbécile, ou bien d'adultères et de basses intrigues et de commérages, comme cela avait lieu dans la Palestine et l'Egypte, ces deux contrées cachées et où tant de dissolus, femmes et hommes,
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allaient de préférence se confiner, ponr que le reste de la société qu'ils endoctrinaient de là, ne sût pas ce qu'ils faisaient, n'aurait pas pu se soutenir ; la réflexion et des études sérieuses ffiites dans de bons ouvrages les auraient bientôt détournés pour la plupart, de continuer une si sotte et si inutile vie après tout. De là , la nécessité d'abrutir l'esprit.
On a vu et l'on peut voir par l'histoire que jusqu'aux Jntonins la propagation delà secte se faisait par de petits entretiens, par des manœuvres sentimentales et langoureuses auprès de tous ceux qui pouvaient mordre par ces pratiques et surtout par des amourettes et des affections d'hommes à femmes et de filles à garçons, dans des discrétions pour la société extérieure, bien plus que par des moyens hardis et des discussions savantes pour gagner les personnes par l'esprit et la raison. A partir des Antonins par la dépravation et les déporlemenls quoique despotiques des empereurs qui suivent, l'opinion se déliant contre eux, se met à discuter elle-même leur pouvoir, et des réformes dans le sens du renouement des traditions païennes. Cela ouvre la porte aux sectaires nouveaux pour discuter eux aussi ; et par leurs plus forts écrivains, les Origènes, les Clément d'Alexandrie, les Didyme, etc., mêlant leur sentimentalisme aux doctrines savantes et presque toutes vraies des Pythagore, des Platon et des Empédocle, qu'ils disent être les reproducteurs de leurs doctrines, la plus grande partie de la société les écoute, se mêle avec eux et eux un peu avec elle, mais cauteleusement Gi d'une manière rusée. La question est de peser d'une part sur l'opinion, pour rendre l'action du gouvernement païen impossible, ou on ne peut plus difficile, et, de Tautre, d'argumenter en se servant des doctrines des philosophes qui avaient rendu mieux que les gouvernements ne le faisaient depuis des siècles, l'ancien culte romain-grec, et pour cela faire croire aux fonctionnaires publics do tous les ordres qu'il ne s'agissait, après tout, que de la restauration, en la perfectionnant et en lui donnant simplement un autre nom, de l'ancienne religion nationale, et par là les avoir, pour avoir enfin l'empereur et le gouvernement pour soi, qui donnerait après les biens communaux et religieux et de toutes natures , permettrait d'en recevoir par donation et legs, et qu'avec ces biens, presque tous ne croyant à rien, viendraient d'eux-mêmes à la nouvelle secte pour en avoir du pain ; et puis par cette haute influence acquise au milieu àe tous qui, donnant les honneurs, allécherait les ambitieux
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qui so convertiraient pour devenir patrices, comtes du palais, gouverneurs, évéques, etc.
Dans cette époque de leurs discussions pythagoriciennes et empédocliennes , il y a la plus grande liberté de penser et d'écrire, quoiqu'ils aient déjà le pouvoir par Constantin , parce qu'ils n'ont pas encore tout à eux, surtout les biens , et qu'ils ne se sentent pas encore assez forts. Mais ils poussent de toute manière en faisant depuis longtemps assassiner les empereurs qui n'épousent pas leur loi (ce que Julien , le glorieux Julien ! savait bien pour lui et ce qui le conduit à se faire promptement son lit pour mourir avec honneur dans une guerre qui vînt de lui), k faire avancer dans l'armée des hommes qu'ils savent leur appartenir, et puis à pousser au trône comme empereur un général , une de ces natures orientales ou de sang sémitique , ce qui a lieu par les Thcodoses, qui étaient des Espagnols. On ne sait rien aujourd'hui du fond des causes des événements à cette époque. La secte est postée, embusquée dans toutes les roules pour arrêter et détrousser les idées et les causes des faits au passage, pour que la société , partout en dehors du théâtre de l'accomplissement de ces faits, ne sache rien du comment et du pourquoi.
La secte nouvelle a son homme et se montre enfin ce qu'elle est, une engeance pour tuer la raison et toutes les lumières, et toutes Tes traditions savantes des nations saintes gentiles , au profit des nations ténébreuses et imbéciles de la tribu arabe-juive , qui n'est qu'un démembrement de la race barbare, déprédatrice des Hyksos, destructeurs perpétuels et impies des empires de la race agricole, commerciale et des arts , voulue des dieux, de l'Assyrie et de l'Egypte , quand ils n'étaient pas continuellement sur leurs gardés !
Effectivement, Théodose n'est pas plutôt sur le trône qu'il rend lois sur lois pour proscrire des milliers de principes et de pensées de la raison , menacer des chaînes, ae la prison et de la mort quiconque suivra ou affirmera ces choses de raison et de bon sens , et pour faire élever à l'état de dogmes et de vérités saintes . des absurdités et des non-sens choquants et écrasants du bon sens humain, par des décrets et des ordonnances; et tout cela par les suggestions des meneurs de la nouvelle secte qui s'étaient montrés pendant cent cinquante ans sous les empereurs, à moitié ou tout à fait orphiques, larges d'idées et de liberté de paroles, et de penser , et qui se démasquent alors! Jin sorte cs^'^ ^^^1\\
SOG LIVRE FBEMIEIt. AfiTIQUlTÉ.
do là, vers l'an iOO, les liommes de pénétration et de doctrine , furent anéantis au point d'en mourir presque tous de chagrin , de l'immense abîme qui se dressait et qui prenait là , devant eux , l'accent dq commandement sur le monde ! Ces hommes voyaient juste et voyaient déjà les innombrables crimes de séquestration dans des souterrains et des oubliettes pendant mille ans dans le moyen âge , les affreux massacres en grand du xiii« siècle, le saint office et les Torquemada d'Espagne et d'Italie , l'assassinat si criminel de la Saint-Barlhélemy , et enfin la proscription , la ruine et la martyrisation morale sous et par les ordres d'un roi pervers,' orgueilleux et impie, Louis XIV, sur les protestants au nombre de plus de deux millions, par les suggestions et les menées de cette secte arabe-juive qui proscrivait déjà si bien la raison sous et par les Théodoses! Cependant les gentils, le monde des gentils dans les iii« et IV* siècles, avaient lu et entendaient de toutes parts répéter autour d'eux , et au milieu d'eux les docteurs et les endoctrineurs de la nouvelle secte , queux , ces docteurs n'avaient et n'étaient amenés à la nouvelle doctrine que parce qu'ils avaient trouvé et trouvaient que leurs saintes écritures contenaient tout ce qu'ils avaient lu dans Pythagore, Platon et Empédocle, philosophes sublimes qu'ils avaient dévorés d'abord avant de se faire tout à fait chrétiens de nom(i).
Enfin les voilà, et ils ont l'autorité sans partage! Ils tuent toutesciencedegouvernementets'emparent des biens, — laissant se transformer l'ordre social en une pauvreté pour tous, hors peureux. Un pareil naufrage sur le monde ne pouvait pas se continuer sans que la société n'essayât des retours. Pour la désarmer et ôler toute force à ceux qui auraient pu le faire , les meneurs de la secte nouvelle brûlent tous les dépôts de livres. Au m« siècle le monde est rempli d'une immense quantité d'ouvrages sur les choses antiques, sur la physique et la nature. Ces livres, quoique mêlés avec beaucoup d'insignifiants, étaient une grande force pour les intelligences de gouvernement et d'administration qui y puisaient leurs connaissances pratiques. En 450et500, il n'y en a plus dans l'empire d'Occident ; les sectaires nouveaux les ont partout brûlés et fait perdre. Ils ne peuvent en faire tout à fait autant en Orient, parce que là , outre que chacun a presque sa bibliothèque, l'esprit de chacun est une biblio-
(1) Voyez saint Jérôme, Polctntqve avec Rufirt,
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thèque vivante : cl ce sera un immense Donheur plus tard pour lo temps des croisades.
Mais ici, en Occident, ils ont tout détruit. Sans l'Orient et ses traductions du xii au xv« siècle, il aurait fallu plus de trois mille ans à l'esprit humain pour recouvrer les lumières générales et de synthèse , qu'il vient de réacquérir en trois cents ans d'observation.
Après le naufrage de l'ancien ordre, c'est à qui se fera moine pour vivre sans travailler, aux dépens et sur les bras de la population laïque , comme à l'heure présente parmi les femmes sans fortune ou de petite fortune , à se faire religieuses pour vivre comme nous les voyons, mises toutes en dames avec les meilleures et les plus riches étoffes , et des mains blanches d'albâtre! sillonnant le monde tous les étés par voyages et amusements, accompagnées d'abbés, comme cela se remarque dans les gares et stations de chemins de fer et qui en sont remplies !
Du VI® au xii*' siècle , c'est le culte des reliques. Cette basse et dégradante idolâtrie est inspirée à la population par les moines. — Chaque couvent a ses débris de cadavres , os ou vêtements, et ils se battent et font encore bien plus souvent se battre pour eux, le seigneur ou baron avec ses hommes d'armes quand il veut bien , si on vient pour les leur enlever. Ces reliques sont la métairie qui les fait vivre. Les populations, abruties, sont incitées' à venir à la châsse et à y déposer des offrandes: ce qu'elles font. Au xm* siècle, une immense quantité de biens sont dans leurs mains. — Us se sont fait donner et ont le plus souvent pris ceux des gentilshommes qui sont morts dans les croisades. —En 1789, ils avaient pre>que la moitié de la terrje et de touies les fermes et exploitations. La société reprit alors , comme tout juste , ces biens qui lui avaient été enlevés par la ruse et l'hypocrisie. On a complaisamment dit qu'ils avaient défriché les terres : c'est d'abord leur doctrine qui les avaitfait tomber en friche, car sous les Celtes, toutes les bonnes terres é.taient cultivées. Mais non , c'est eux qui, par les bras des populations , s'étaient fait tailler des fermes et des enclos de luxe dans les forêts , et puis qui avaient mis ces bras laborieux à l'état de glèbe dessus! pour les travailler, jusqu'au jour où Voltaire les leur arracha pour en refaire des citoyens comme sous leur ancien dogme . à ces bonnes et paisibles populations de la terje. Aujourd'hui , et quoiqu'il y ait à peine vingt-cinq ans qu'on leur permet d'acquérir et de recevoir , c'est un envahissement universel î Si
2G8 UVBB PumER. antiquité.
l'autorité n'y met bientôt ordre, ils vont, moines et nonnes, comme dans les siècles les plus obscurs au moyen âge, enlever toutes les fortunes par la captation et la ruse auprès des natures faibles , ou séduites , et auprès des mourants . aujourd'hui que, par leur doctrine, la famille est réduite à de simples individus ! Des prêtres ruraux qui ont leur salaire du gouvernement avec le casuel et les obits , qui valent dans les moindres endroits aujourd'hui plus du double de l'ancienne dime , ne cessent pas, ainjsi qu'on le remarque par le bulletin des lois, de capter et d'enlever pour leur cure à des paroissiens mourants des terres et des rentes , sans tout ce qu'ils obtiennent de la main à la main ; le gouvernement ne pense pas à diminuer d'autant sur le salaire de la cure , ce que ces donations et legs valent au desservant I Presque tous ces derniers aujourd'hui da^s les campagnes roulent cabriolet et donnent des dîners sans fin. Les choses sont à tel point qu'il est remarqué , dans ce moment, par tout le monde dans les arrondissements , que le plus cnétif desservant retire de sa cure le double de ce que le président du tribunal de l'arrondissement reçoit de l'Etat pour rendre la justice et représenter avec le ministère public, l'autorité judiciaire dans l'arrondissement, dans une étendue souvent de cent quarante , de cent cinquante communes : cent cinc^uante mille habitants de population !
Voilà où en sont les sectaires des ui* et iv© siècles, et ce qu'ils voulaient en faisant tuer la raison à coup de lois et de codes, par les Espagnols, phéniciens-juifs, les Théodoses!