‹ Théologie cosmogonique; ou, Reconstitution de l'ancienne et primitive loiChapitre 58 sur 154 · CHAP. V. ORICINE DES PÈRES DE L ÉGLISE · texte numérisé non relu

CHAP. V. ORICINE DES PÈRES DE L ÉGLISE

glise, ces commentateurs de la doctrine galiléenne. On n'a pas non plus tenu compte de ce fait aue, toutes les natures fortes, savantes et positives qui comoattiront le christianisme dans les premiers temps de son établissement, se sont élevées dans des contrées situées dans le Nord ou encore fortement empreintes des derniers échos des généralités antiques que le sang hébreu n'avait pu faire taire.

Justin était de NéapoUs, l'ancienne Sichem, en Palestine, Eusèbe de Césarée et Sozomènes sont juifs : Théodoret et Jean Chrysostome sont d'Antioche, Cyrille est de Jérusalem, Philostorge est de la Cappadoce et Gélase de la Bithynie , Tertullien est do Garthage , Minucius Félix est de Cirta en Afrique : Cyprien est de Garthage, Arnobe, des bords africains; Firmien, du Picentin; Augustin, deTagasto en Afrique, et Paul Orose, du Portugal. Damase est Espagnol, Viclorin , Africain , Ambroise d'Arles , et Aurèle , Prudence- Clément, Espagnols. Fulgence était né à Lepte, en Afrique ; Didyme était d'Alexandrie, et Athanase aussi.

Au moyen âge, l'anarchie féodale, là licence dune noblesse guerrière et des villes arbitrairement privilégiées, se substituèrent insensiblement à l'ordre despotique de l'empire romain dans sa décadence. Cet état de choses fut principalement amené par l'établissement d'une hiérarchie ecclésiastique formant caste, et surtout fondée sur les théories déduites des conceptions d' Ambroise et d'Augustin. Les ouvrages du premier de ces pères de l'église ont exercé une puissante et profonde action sur la poésie et l'art du moyen âge. Au moyen des inventions d'Origènes , il transforma le culte indigent et pauvre des Juifs et la morale chrétienne en une poésie Imaginative , diversement nuancée, mais où manquait l'harmonie, et qu'il surchargea de flgures et d'histoires. Ambroise a fourvoyé et môme perverti l'esprit de son époque, époaue où la littérature ancienne et la mytho-logie avaient perdu leur signification ; il a créé des mystères à sens et par conséquent aussi à explications multiples et arbitraires ; il a enfin créé pour l'art une essence qui a fait naître toutes ces productions malingres ou rabougries que nous a laissées le moyen âge. Il a enseigné et prêché que dans chaque objet matériel on devait chercher une signification surnaturelle, et que l'on devait substituer sans hésitation une explication allégorique et figurée aux paroles de la Bible toutes les fois qu'elles étaient obscures ou choquantes pour l'esprit. Il créa une doctrine. Son livre sur la morale n'est qu'un travestissement du livre des devoirs de Gicéron. Dans

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cel ouvrage, Ambroise substitue la sagesse chrétienne à celle do l'antiquité, ce qui le pousse naturellement à exalter le célibat comme étant plus saint et plus pur que la vie de famille. Quant aux réalités de ce monde, quant aux exigences de l'ordre physique et temporel , on en chercherait vainement des vestiges et des préceptes dans les ouvrages d'Ambroise.

Pour Augustin , de pédagogue et d'avocat , il devint prédicateur, de manichéen , chrétien orthodoxe, d'admirateur de Cicéron , disciple et ami de la sagesse typique d'Ambroise, du mysticisme des néoplatoniciens , défenseur zélé de la doctrine de la foi de l'apôtre Paul. De là aussi l'abondance et la diversité de ses idées , mais aussi sa diiïusion , sa bouffissure et son obscurité qu'on trouve surtout dans son œuvre capitale , la Cité de Dieu , et où le'monde réel , le monde dans lequel nous vivons , n'est considéré que comme chose accessoire , tandis que les régions de la foi et de l'imagination y sont envisagées et traitées comme sujet principal et exclusif.

Voyons maintenant de quels pays étaient les adversaires du christianisme. La plupart étaient Grecs et Italiens, et imbus des restes de l'ancienne science sociale hellénique ; c'étaient des descendants des belles races autochthones, au sens juste et droit. Car il est positif, en thèse générale , que des mdividualités sorties du sang sémitique, dans leur antipathie innée nour la pénétration des choses naturelles, se développant clc l'étude des lois du monde , ne s'assimilent jamais, môme encore de nos jours , les réalités pour les faire servir à Tordre social , à moins que pour les exploiter sous forme d'argent.

Celse était un philosophe grec, etLucien était deSamosate, ville de la Commngène; au lieu de l'enthousiasme et de la véhémence de leurs adversaires , ils avaient des traditions et, relativement pour l'époque où ils vivaient, une instruction variée et assez étendue. Crescens était également un philosophe grec; Philostrate était de l'Ile de Lemnos. Hiéroclès était de Nicomédie, ville peu éloignée de la Thrace et qui avait de fréquentes communications avec elle. Le célèbre rélage, qui emoarrassa et qui irrita si fortement Augustin , était de la Grande-Bretagne, où dominaient depuis une longue suite de siècles, les croyances du vrai Dieu, du Dieu de Dodone et de Samolhrace , comme nous le prouverons plus loin.

Is» natures sadducéennes, en se répandant peu à peu et

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insensiblement dans les centres commerciaux du bassin de la Méditerranée , démoralisaient , pervertissaient et dépouillaient incessamment les nations indigènes, comme par exemple les Grecs et les Romains. De là , pour y remédier, la préoccupation , la propagation et l'acceptation du christianisme, qui n'était que le sentiment et la religion des Esséniens , dont il sera parlé , par les populations qui avaient perdu leurs traditions savantes pour ne les avoir plus pratiquées ou, bien plus, parce que les livres, assez rares, qui les contenaient , se trouvaient.perdus ou se perdaient , et puis que beaucoup de sectaires nouveaux immoraux , remplis d'ambition et voulant coûte que coûte l'emporter sur les sentiments qui leur étaient contraires pour arriver à régner, les détruisaient. La religion en question n'était et n'est ■qu'un sentiment exalté et mystique poussé jusqu'à la folie ou à la niaiserie , c'est-à-dire ïessénianisme, et qui était et est la seule secte morale encore aujourd'hui en Arabie ; mais forcément communiste et égalitaire en tout, même pour les femmes, quand ils osaient en introduire au milieu d'eux.

Si les chrétiens actuels étaient véritablement chrétiens , ils feraient de même ! Mais ce ne sont pour la plus grande partie que des pharisiens , c'est-à-dire des êtres presque tous sans sincérité les uns vis-à-vis des autres, à la réserve d'un certain nombre de natures sentimentales, qui sont bonnes par elles-mêmes et non par la doctrine.

Comme le christianisme n'avait en lui aucun lien naturel et intrinsèque ou scientifique, autre que l'idée juive transformée en plusieurs manières par les pères de l'église ; qu'ensuite il ne se compose que de simples sentiments, il y * fut habilement suppléé par un chef visible, réputé le vicaire du fondateur du christianisme. A force d efforts et de sophismes , on arriva enfin a faire prédominer le pouvoir de i'évêque de Rome, qui, plus iditd, se fit nommer pope. C'est ce souverain pontife qui fut destiné à maintenir l'unité des mille et mille abstractions irrationnelles, inconsistantes et éparpillées par la nouvelle secte dans le monde, et il devint par le fait le contradicteur et l'opposant permanent de la lumière et de la raison, le chef de l'ignorance et de sa perpélualion sur l'espèce par un petit nombre d'affiliés dans chaque endroit ! La théocratie juive reparut dans le pouvoir spirituel du pape et sous une forme bien plus funeste, bien plus anti-sociale et bien plus désorganisa trice que chez les Juifs , par l'établissement du célibat des prêtres et Vencasernement des femmes, sous nom de nonnes, Àl^w \^\^^

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quand et où ils pouvaient, et en les dérobant à la société laï(iue , active et laborieuse , qui en a toujours si grand besoin pour ses travaux.

L'institution papale a établi la lutte contre le pouvoir temporel dans le but de le ruiner, et de s'y substituer. Le pouvoir temporel n'est que le directeur de l'ordre dans la traduction des id^es en actes , et les idées sont le principe et la vie génératrice des actes.

Pendant le moyen âge, l'abaissement de la raison , courbée sou? l'influence et l'action de l'idée vide arabe , se soumit de plein gré à l'autorité 'du pape, non toutefois, de temps en temps et à de certaines occasions, sans une vive protesta lion aes souverains et des natures fortes et gouvernementales. Mais dès lexiv' siècle, la papauté fut soumise au régime des conciles , espèce de gouvernement représentatif et constitutionnel des choses d'église, qui déposent des papes et en nomment d'autres. Le concile de Constance, tenu de 1414 à 1418, décida qu'un concile général était supérieur au pape. Le concile de Pise do 1409 déposa môme deux papes schismaliques (1). Pierre d'Ailly, ne à Gompiègne (Celle ou Franc), soutint au concile de Pise la nécessité d'une réformation dans l'église, à commencer par le chef. Dans ses ouvrages , il s'élève contre le grand nombre des ordre» mendiants , contre le faste des prélats , contre les excommunications et la mulliplicilé des fêtes. Vers la fin du xiv' et au commencement nu xv* siècle , le roi de France et le sacerdoce français prenaient une position menaçante pour la papauté. La célèbre pragmatique sanction date cle1398. Au xvi*" siècle, la papauté ne se soutient plus que par les armes, la ruse , l'astuce et une politique fallacieuse. Depuis longtemps la pa|)auté n'a plus ni l'amour ni le respect sincère des populations catholiques et nexiste qu'arlinciellement, soutenue par et dans l'inK^rêt du despotisme individuel de certains princes.

(1) Lorsque les Italiens élurent pour pape Urbain VI et qu'ils Topposèrent au pape avignonnais Clément VII, les païens dirent souvent aux voyageurs : u Autrefois les chrétiens nVvaiout qu*uQ seul dieu terrestre qui leur remettait leurs péchés; aujourd*bni ils se sont perfectionnés, ils ont à présent deux dieux, et si Tuu des deux ne veut pas les absoudre de leurs péchés, ils yont faire visite à l'autre. » ( Juslinger, Berner Chronik^ p. 275, en allemand. )

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