CHAPITRE PREMIER. GAULOIS. CELTES
montrèrent-ils leur influence au sein des Gaulois. Ils faisaient, comme les Orientaux, un grand usage de l'hyperbole, surtout lorsqu'il s'agissait de se vanter eux-mêmes ou de dépriser les autres. Ils avaient l'esprit vif et étaient assez susceptibles d'instruction. Ils étaient querelleurs et passionément adonnés à la boisson. Ils donnaient un enfant mâle pour une tonne de vin que les marchands italiens leur apportaient. Comme les Orientaux , ils portaient des bracelets, des chaînes, des bagues d'or et même des cuirasses (1). Toute la nation gauloise est très superstitieuse , dit César (2). Leurs descendajits ont conservé ce caractère.
Les druides formaient une caste sacerdotale avec des privilèges , et qui , au moyen d'une hiérarchie solide, exerçait une action politique et religieuse par laquelle le peuple fut assez longtemps heureux.
. Cependant , les doctrines sanguinaires et ténébreuses des druides gaulois du Midi , admettaient des sacrifices humains dans le culte. Cela devait être, les Gaulois ayant subi l'influence de colonies phéniciennes. Il y avait à Tyr et dans la Gaule méridionale, une affreuse superstition et un culte à des dieux imaginaires et ténébreux à nuls autres semblables, qu'à ceux des Mexicains avant la conquête espagnole. Tel culte , telles les mœurs. Aussi les Gaulois devinrent-ils fameux par leur férocité; ils étaient adonnés au brigandage et méprisaient toutes les lois humaines (3).
Le druidisme savant et gouvernemental existait chez les Celtes, et non chez les Gaulois. Les Gaulois habitaient le midi de la rive de la Méditerranée jusque vers le nord dune ligne qu'on prendrait au travers ae la France actuelle de Bordeaux à Lyon , ou aux environs. Mais tout le surplus de la France actuelle, y compris la Belgique, était Celte. Et c'était chez ceux-ci qu'étaient les idées de gouvernement , idées savantes sur la nature des choses, et qu'était aussi la race plus morale aimant le bien général ou impersonnel , auprès de la race gauloise mêlée de sang phénicien ou du Midi . moins aimante et plus portée à l'individuel. /
A répoque où la guerre et la violence d'une oligarchie athée , égoïste et barbare avait commencé à ruiner le culte dans la Gaule sous la décadence romaine, les druides, ainsi
(1) Diodore, 1. v, ch. 24; 1. v, cb. 31 ; 1. v, cli. 26; I. v, cli. 37. (i) Guerre de» Gaules^ 1. vi, ch. 16. (3) Diodore, 1. v, ch. 32.
â8i LIVRE II. LE MOYEN AGE.
qu'il arrive toujours aux prêtres dans de semblables conjonctures, se retirèrent loin du théâtre des luttes civiles , dans des lieux isolés, dans des lies solitaires de T Océan. Une partie du sacerdoce gaulois se retira effectivement dans les lies de Sena (Sain) , de Sarnia (Guernesey) , de Gesarea (Jersey] ; les druides de ces localités étaient en rapport avec ceux de la Bretagne, avec ceux de l'île de Mena (Man), dans le canal Saint-George, entre l'Angleterre et l'Irlande. Artémidore, qui écrivait un siècle avant l'ère vulgaire, et cité par Strabon , parle d'une île près de la Bretagne , où l'on célébrait des sacri6ces à Déméter et à Coré , en tout semblables à ceux do Samothrace (i). Cette île sainte est l'île de Man. En parlant des druides, César dit qu'on croit que leur doctrine a pris naissance dans la Bretagne et qu'elle fut de là transportée dans la Gaule , et aujourd'hui, ajoutet-il , ceux qui veulent en avoir une connaissance plus approfondie, vont ordinairement dans cette île pour s'y instruire (2).
Le dieu que les Gaulois honoraient le plus , était le Dieu suprême que César nomme Mercure ; ils lui élevaient des statues. Ils le regardaient comme l'inventeur de tous les artSr comme le guide des voyageurs, et comme présidant à tous genres de gains et de commerce. Cette divinité imposante et auguste dans le fond, a été altérée dans la suite des temps par les Phéniciens ^t le dieu du commerce Melkarth. Les Gaulois adoraient encore Apollon, Mars, Jupiter et Minerve. Selon eux, cette dernière enseignait les éléments de rindustrie et des arts. Jupiter tenait Tempire du ciel , Mars celui de la guerre, et Apollon guérissait les maladies ; on reconnaît dans ces divinités une seconde phase , un remaniement des divinités primitives au profit des guerriers d'un âge héroïque et tout à fait à l'imitation de ce qui existait en Grèce et à Rome dans les nombreux siècles du déclin théologique que nous avons signalés.
Les druides cherchaient surtout à établir que les âmes ne périssent point, en d'autres termes, l'immortalité derâme(3). Cette doctrine acauiert toujours un grand degré d'intensité dans les temps où les hommes sont malheureux, etabandon-
(i) L. IV, p. 198.
(2) Guerre des Gaules, 1. vi, ch. 13.
(3) César, Guerre des Gaules, 1. vi, ch. 14; P. Meta, I. ni, ch. 2 ; Amm. Marcellin, 1. v, ch. 9; Valçre Maxime, 1. ii, ch. 6,