CHAPITRE II. GAULOIS. CELTES
la science avait conduit aux hypostases de l'Être principe?
D'autres monuments circulaires se voient encoi^ à Abury, àStennis, en Angleterre, et dans beaucoup d'autres loca* Utés.
Mais revenons un instant au passage de Diodore cité plu9 haut. Il dit que les Hyperboréens sont, en général, pleins de bi^vQÎllance pour les Grecs , mais plus particulièrement pour les Athéniens et les Déliens. Il ajoute que l'origine de cette affection remonte à des temps très anciens. Des Grecs ont voyagé, dit-il , chez les Hyperboréens, y ont laissé des offrandes magnifiques, avec des inscriptions en lettres grecques, et que réciproquement l'Hyperboréen Abaris est venu anciennement en Grèce pour renouveler avec les Déliens les liaisons d'amitié et de parenté qui existaient entre les deux peuples. Cet Abaris ne traverse pas les airs sur une flèche, comme le rapporte Hérodote, d'après une tradition faussée, mais il porte une flèche « que Pythagore lui a donnée afin qu'elle l'aidât à surmonter tous les obstacles d'un long voyage (1). Etait-ce une boussole?
Hérodote a dit que les Déliens racontaient que les offrandes des Hyperboréens, enveloppés dans de la paille de froment, passaient chez les Scythes : qu'elles étaient transmises ensuite de peuples en peuples, qu'elles étaient portées le plus loin possible, vers l'occident iusqu'à la mer Adriatique. De là on les envoyait du côté du midi. Les Dodonéens étaient les premiers Grecs qui les recevaient. Elles descendaient de Dodone jusqu'au golfe Maliaque , d'où elles passaient en Eubée, de ville en ville, jusqu'à Caryste. De Jà , sans toucher à Andros, les Carystiens les portaient à Ténos, * et les Tenions, à Délos (2)
Ces deux passages se rapportent à des temps très reculés. L'analogie de culte entre les peuples dont il est question, le prouve surabondamment. Dans le culte symbolique primitif, où les hommes n'adoraient que le vrai Dieu un et trois, antérieurement aux âges héroïques chez toutes les nations, les offrandes sacrées pouvaient circuler librement et franchir sans encombre de vastes espaces. Ceux qui en étaient chargés, étaient respectés partout dans leur trajet. Avant d'avoir un sanctuaire d'Apollon , un temple et un culte du Soleil . Délps avait eu un oracle du Dieu premier (3) , et qui s'y maintenait. Clément d'Alexandrie dit que c'est sur l'autel de
[1) Jamblique, do fitu Pythag., r. 28, p. 194, édit. de Kiess-
ling.
[2) Hérodote, 1. iv, cli. 33.
[3) Bekker, Anecdota grasca, 283,
ce Dieu que Pythagore venait même offrir des gâteaux , de l'orge et du froment. Le culte d'Apollon n*y devint prépondérant que lorsque s'éleva la suprématie du temple de cette divinité à Delphes, et c'est ce qui n'eut lieu que dans Tâgo héroïque, qui ruina le culte des anciens Pélasges.
Mais toutes les grandes traditions théologiques, tous les résultats de la science s'étaient déjà abîmés du temps d'Hérodote. On y mêlait des fables absurdes , on confondait les époques et les choses avec une telle ignorance , les saines doctrines scientifiques étaient tellement perdues dès le V' siècle avant l'ère vulgaire, que Hérodote, le grand historien , ne pouvait s'empêcher de rire quand il voyait encore quel- (îues gens qui donnaient des descriptions d.e la circonférence oe la terre ! et qui prétendaient, sans se laisser guider par la raison, ce sont les paroles textuelles d'Hérodote, que la terre est ronde , comme si elle eût été travaillée au tour, etc. (1). Ce mot d'Hérodote explique comment le monde pouvait se Couvrir après lui de ténèbres qui allèrent en s'épaississant pour durer vingt siècles, jusau'à la Renaissance.
Si nous voyons dans le nord de l'Europe les lueurs d'une antique civilisation et d'un culte primitif, nous savons aussi positivement par le témoignage de Strabon que les Turdules et les Turdétans étaient les plus civilisés des Ibères ; qu'ils étaient familiarisés avec l'écriture et qu'ils avaient des livres qui remontaient à une haute antiquité. Ils possédaient aussi des poésies et des lois rédigées en vers , qui selon eux , dataient de six mille ans (2).
Les Celtes étaient plus graves que les Gaulois. Ce que César dit des Belges, peut également leur être appliqué. Les marchands, allant rarement chez eux, ne leur portèrent point ce qui contribue à énerver le courage. La vie resta plus simple chez eux, et la raison ne fut pas égarée par des doctrines vides et individualistes importées de l'Orient. Le caractère des Celtes ressemblait davantage à celui des Germains.
« Rien dans les fastes civils, ou dans les récits des événements , ne confirme le fait essentiel de l'existence d'une noblesse gauloise , si l'on entend par cette expression un corps jouissant d'une autorité politique, de privilèges hérédilaires et de propriétés exemptes d'impôts. Il y avait des chefs de clans, qui commandaient, dit Tacite, bien plus -par leur exemple que par leur autorité ; il y avait dans les villes dos hommes, qui aominaient l'opinion publique et qui for-
(1) Hérodote, 1. iv, ch. 36.
(2) Liv, m, p. 189.
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maient ce qu'on eût appelé en Grèce des oligarchies ; mais on n'en voit point qui transmettent aux leurs l'héritage de leur puissance civile ou militaire. Quant aux chevaliers, ils semblent n'avoir été^que des cavaliers, qui, dans le combat, occupaient la première ligne, et qui étaient accompagnés et suivis, dans tous leurs mouvements , par d'autres au nombre de deux pour chacun*. Ces cavaliers de la seconde ligne étaient chargés de secourir pendant l'action ceux de la première , et de leur donner un nouveau cheval , s'ils étaient démontés. Ils étaient considérés par les Romains comme des clients de ceux qu'ils accompagnaient; mais le nom qu'ils portaient n'implique aucune infériorité ; il indique seulement le caractère de service qu'ils remplissaient. On les appelait soldurii , qui veut dire : dévoués (1). On se persuadera aisément que c'étaient, non des esclaves, comme on l'a dit, mais tout simplement une classe de militaires, lorsqu'on se rappellera qu'Orgétorix s'entoura de 20,000 d'entre eux pour se soustraire à un jugement du peuple. Ce nombre égalait le septième ou le huitième des hommes de la population totale (2). »
« Que dans quelques parties de la Gaule , Fautorité publique fût entre les mains ou sous l'influence d'un certain nombre de citoyens qui l'avaient usurpée, ou qui l'avaient acquise légitimement par l'élection ou par. l'ascendant de leur mérite, on n'en saurait douter , d'après le ténioignage de César ; mais il y a loin de là à une caste nobiliaire ; et cette institution est inconciliable avec les faits politiques que Strabon a rapportés. « Chaque année, dit ce judicieux auteur , chaque peuple de la Gaule se réunissait pour élire le chef de l'Etat et celui de l'armée. On ne voit nulle part, ajoute-t-il , les nobles figurer dans ces élections , où sans doute les privilèges de caste leur auraient donné la supériorité (3)». L égalité des Gaulois, dans la vie civile, est d'ailleurs attestée par César lui-même , dans le passage où il suppose, cependant, l'existence de nobles ou chevaliers tels que ceux des Romains. Il dit bien , il est vrai , qu'ils ont des vassaux et des gens à gages; mais il ajoute que c'est là l'unique marque de distinction que les Gaulois connaissent (4). ^
« Dans le récit de la conquête romaine par César, on ne
fi) César, 1. tii. ch. 40.
h) Jd„ 1. VI, ch. 13.
;3) Strabon, 1. lY, p. 197.
,4) César, 1. vi.
voit rien qui manifeste l'existence de Tesclavage. César ne parle dans la relation de ses neuf campagnes, ni d'esclaves révoltés , fugitifs , transfuges , ni d'esclaves armés pour seconder leurs maîtres; circonstance qu'on retrouve partout avec la servitude. Dans les temps les plus anciens, les victimes offertes aux dieux étaient , dans la Gaule comme à Rome , des prisonniers de guerre ; plus tard , il semble qu'au lieu de les sacrifier, on leur donnait des terres à cultiver, en exigeant une redevance. C'est , du moins , ce que Tacite rapporte des Germains, dont les habitudes civiles se rapprochaient de celles des tribus celtiques qu'ils avaient remplacées dans les contrées rhénanes. Ces esclaves» traités comme des fermiers, étaient sans doute si bien amalgamés avec les populations indigènes, que César les confondit avec elles. L'esclavage, avec ses fers et son joug cruel, ne fut introduit dans la Gaule que lorsqu'elle devint province de l'empire (1). »
Le christianisme , loin d'abolir cet esclavage, le laissa subsister , en prêchant à l'esclave qu'il était le frère de son maître et en lui permettant la communion religieuse avec lui , ce qui n*allégeait en aucune manière ses souffrances terrestres, et ce que le maître le plus souvent lui montrait par sa conduite et ses ordres qu'il n'acceptait pas. Cela montre que la conquête romaine fut une véritable rétrogradation sociale pour les populations celtiques et gauloises ; car on nevoit point d'esclaves chez ces populations, et dans le moment même et dix et quinze ans auparavant où le général romain César vint poser sa souveraineté sur le pays celtique, l'Italie est couverte d'esclaves, les scènes affreuses des gladiateurs de Capoue et la prise d'armes de Spartacus, montraient assez de quels sentiments étaient animés les esprits et les cœurs des officiers de César et de la plupart des membres lettrés des légions , auprès de la sincérité et de la droiture de cœur et d'esprit des populations alors vaincues, celtiques et gauloises.
Les migrations ou les établissements fixes des habitants de la Germanie n'ont été mêlés à aucun autre peuple étranger à leur race. Tacite souscrit déjà à l'opinion de ceux qui voyaient dans les Germains une race dont la pureté ne s était point altérée par le croisement des autres peuples , race
(1) Statistique des peuples de ^antiquité, etc. , par Alex. Moreau de Jouuès, 1851, t. î, p. 628, 629.
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tout à fait à part, et qui ne ressemble qu'à elle-même (1). Venus de l'Orient par l'intérieur des continents, loin des mers, de la Méditerranée en particulier, ils furent préservés du contact des races sémitiaues. Ils se maintinrent donc dans la pureté du caractère aulrameau indo-persique , des races de la Thrace et des anciens Pélasges. Aussi, comme la religion de ces peuples , la leur sortait-elle de la science des choses, non développée toutefois comme la doctrine théologique des Egyptiens et des Orphiques. Les Germains n'avaient point en nonneur les richesses); l'esprit du trafic exagéré les fuyait, et la corruption ne les atteint pas. Ils ne furent point touchés comme les autres peuples par la possession des métaux précieux , ainsi que le dit Tacite.
Quant à leur religion , elle était simple dans le fond, plus simple encore dans la forme. Nous ne la connaissons que par des fragments , des débris et des détails que nous don* npnt les auteurs grecs et latins, et cela encore dans une époque de décadence pour l'hellénisme et pour la latinité. Toutes ces notions sont très imparfaites et souvent contradictoires. Ce qui achève d'embrouiller les rapports de ces auteurs , c'est que le plus souvent ils donnent aux divinités germaines les noms et les attributs des dieux de leur propre religion. Rien de plus aisé et de plus certain cependant que de restituer la doctrine théologique dés Germains qui, comme cela doit être , est la même que celle des Egyptiens et des Grecs avant les tem|)s héroïques. Cette doctrine, toute rationnelle , a pris dans les détails le caractère du climat et du peuple chez lequel elle se maintint.
Ce que Ton voit par dessus toutes choses dans la religion des Germains, c'est l'inévitable nécessité d'adorer quelque chose d'élevé et de puissant conjointement avec quelque chose de visible et d'tti/ic. Ils ne mettent au nombre des dieux, dit César , que ceux qu'ils voient et dont ils reçoivent manifestement les bienfaits ; le soleil , le feu , la lune ; iW ne connaissent pas môme de nom les autres dieux (2) (Romains?). Le culte des Germains était une vénération de Dieu par et dans ses œuvres, la nature, son miroir, de ses phénomènes extérieurs les plus imposants, de ses facultés cachées et enfin de ses mystères les plus augustes. Le sentiment naturel de leur cœur, mu par une vie pure et par un bonheur simple et naturel , n'avait point été troublé encore par la source
Tacite, Mœurs des Germains^ cli. 2.
Guerre des Gaules^ 1. vi, ch. il.
Dans la distribution de leurs villages, les bâtiments n'étaient pas contigus. Chaque habitant laissait autour de sa maison un espace vide. Chez les Gaulois, autant les maris avaient reçu d'argent de leurs épouses , à titre de dot , autant ils mettaient de leur propres biens , après estimation faite, en communauté avec cette dot, ce qui était là une importation des doctrines exclusivement mercantiles et individualistes des Phéniciens. Chez les Germains, au contraire, l'épouse n'apportait point de dot au mari ; c'était le mari qui donnait une dot à l'épouse. Le père , la mère et les proches interviennent, dit Tacite, et agréent les présents , qui ne sont point ceux que nous cherchons pour charmer les femmes, ni ceux dont se pare une nouvelle mariée , mais des bœufs , un cheval enharnaché , un bouclier avec la framée et l'épée. Grâce à ces présents , l'époux est accepté , et la femme à son tour offre quelques armes à son mari. C'est là le lien le plus puissant , la cérémonie mystérieuse et sainte; ce sont là les auspices divins de l'hymenée. Les filles n'héritaient pas du père comme chez les Gaulois, et cela se conçoit, la femme ne s'appartient pas, dans l'espèce humaine , comme dans toutes les autres espèces; elle est le principe passif , elle représente le champ , et le mâle la semence. Or, le champ n est rien s'il n'est possédé. Chez les Germains, les hommes n'avaient point, comme chez les Gaulois, le droit dévie et de mort sur leurs femmes.
D'après le droit germanique, la peine de mort n'était appliquée que dans un seul cas; celui de la trahison envers le peuple et l'Etat, la communauté ou fédération. Mais ce n'était ni le duc ni le comte , ni l'assemblée de la noblesse et du peuple qui déterminaient la peine et qui la proclamaient. Ils pouvaient délibérer sur la faute et en décider. Mais la condamnation elle-même était fixée et prononcée par un
Ï)rêtre national ou [officier religieux et politique , élu par a noblesse et le peuple assemblés , et cette condamnation était censée prononcée par Odinn lui-môme, ou Dieu , qui prononçait le ban du sang, comme dieu suprême national , rémunérateur de l'infidélité et de la trahison , et vengeur des parjures, idée éminemment juste et morale.
Le droit d'aînesse existait chez les Germains. Si ce droit paraît iniuste, il n'en est pas moins gouvernemental. Il n'y a point d'ordre social stable, régulier et possible sans le droit qui prévient Témiettement à l'infini des biens et des fortunes. Le droit d'aînesse des Germains n'était point ab-