‹ Théologie cosmogonique; ou, Reconstitution de l'ancienne et primitive loiChapitre 73 sur 154 · CHAPITRE PREMIER. LE FILS ET LA MERE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. LE FILS ET LA MERE

l'âge Ihéologique l'avait profondément senti et manifesté dans son dogme gouvernemental et son calte si auguste, si brillant et si vrai. C'est cette alliance du principe actif avec le principe passif que représentaient Osins et Isis, Erèbe et la Nuit, Odin et Frigg, avec leurs descendants Horus èh Egypte, les Titans, lés Cyclopes. etc., etc., en Grèce, et Balar, et Thor, Tyr, Heindall, etc., chez les Germains. Dodone avait également les hypostases , Eros etAntéros; l'enfant est Hermès sous le nom do Casmilos (1), chez les Grecs ; Camille chez les Etrusques.

Toutes ces unions théologiques , par conséquent scientifiques et naturelles, qui forment le nombre harmonique où la triade, si politique , si gouvernementale , si essentiellement familiale, si liante et placide par là, rejaillissaient du dogme sur la constitution civile et morale, et réglaient à l'instar des dieux et de la nature, tous les rapports sociaux. Que voyonsnous dans le christianisme au contraire? Rien qu'une dualité stérile et morte. Le culte du fils et de sa mère , q^ue la nature s'oppose à être son épouse, et qui cependant devrait l'être par rapport au dogme de l'amour qui forme la loi supérieure. Par là, le dogme chrétien serait seul insuffisant. Ensuite par l'absence du fils ou du troisième homme , comme liant , il laisse la famille qui est le premier élément du monde ou la série, sans loi , et livre l'univers au désordre et le monde social aux ténèbres politiques. Aussi voit-on lo prôtre chrétien qui n'a point de famille, et point de famille dans son dogme, n'en tenir aucun compte. Pour maintenir et propager sa doctrine, il s'adresse aux êtres qui nont pas de science , aux faibles, il s'adresse à la femme et aux enfants, qu'il détache de son mari et de leurs parents. De là en grande partie ces luttes et ces oppositions dans les familles où l'anarchie règne et se déchaîne dans toute sa brutalité. Le fonaateur môme du christianisme n'a-t-il pas dit à un homme qui, avantdelesuivre, lui demandait la permission d'aller ensevelir son père : Laissez aux morts le soin d'ensevelir leurs morts (2)?

Ce seul amour mutilé, contemplatif et par conséquent abstrait et faux qu'admet le christianisme, qu'il a emprunté à Platon et à Xonophane pour en faire ses doctrines tyranniques contre l'attrait dos sexes qui est l'âme et le lien môme desôlres dans lunivers, a nécessité un autre courant (juo

(1) SchoL ad Apollon., i, 915.

(2) Evan{?. selon saint l.uc, cii. 9, v. 60.

le courant élablL et ordonné par les lois naturelles. Aussi meurtril-liramourhuinain, le prend- t-ii ))our le lancer sans fondement réel dans le^ hauteurs du ciel et les joies plus lointaines encore de la vie future et éternelle. Mais cela n'est

mer ici? Car enfin ces deux âmes seront de purs esprits, sans formes, sans apparence matérielle, sans couleur, etc. , etc. Ignorant la grande loi supérieure du monde, Tamour, Tamour réel et non mystique ou contemplatif, le christianisme a cherché à en briser le lien qui rattache tous les êtres à leurs semblables. Saint Jérôme n'a-t-il pas prétendu qu'il était difficile , impossible même de Jouir à la fois des biens présents et futurs (i)? Tu es trop délicat, mon frère, si tu veux te réjouir ici-bas avec le monde et ensuite régner avec le Christ (2). Oh! qu'elle est bienheureuse la vierge dans le cœur de laquelle n'habite aucun autre amour que celui pour le Christ (3)! Il y a une différence entre la. femme et la vierge. Voyez , comme elle est bienheureuse celle quia perdu le nom même de son sexe. La vierge ne s'appelle plus femme (4). Celui qui mène une vie solitaire ne pense qu'à des choses divines, ditThéodoret (5). Saint Bernard n'a-t-il pas dit : celui qui désire ce qui est céleste, a un dégoût pour ce qui est terrestre (6)? Pourauoi tous les hommes ne restent'ils pas chastes, afin que le genre humain cessât, pour qu'il y eût une fin à tout ce qui est mondain et terrestre , et que l'Etat de Dieu fût accompli et terminé plus tôt (7).

£n ne burinant pas fortement dans la loi théologique la loi d'amour, le lien familial sacré, le christianisme a brisé l'union dans la société humaine, et, tout en proclamant par le sentiment que tous les hommes sont frères, il a créé des individualités, des antagonismes, des oppositions éuTincmment anarchiques et funestes parmi eux.

C'est donc avec un Djeu purement nominal dont il tentait de prouver négativement les attributs supposés , c'est avec

(1) Epist. Juliano»

(2) Episi, ad Heliod»

(3) Demetriadi, virg. Deo eonsecé

(kS Adv, Belvid, de perpet, Virg., p. 14, t. 2, Erastous*' înS Hsretic, Fabul.y 1. v.

(6J EpitU ex pers, Uei, mon. ad. paren.

[iS Augustin, de Bono conjvgali conira Jovinhmum^ c. 10, Lujrfl., t. 6, \\. 333.

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une trinilé également nominale, composée uniquement de mois , n'impliquant en aucune façon la production des êtres, des corps et de la famille; c'est enfin avec une série d'idées abstraites prises en dehors de l'observation du monde , qui ne devaient pas même s'abaisser jusqu'à la nature tangible et réelle . mais séjourner à jamais dans les hauteurs spéculatives d'un esprit éminemment mystique et contemplatif, que le christianisme essaya de fonder dans l'océan des hommes, un nouvel ordre social. II vint tout d'abord, dans le moyen âge , se heurter contre des adversaires religieux et politiques , contre les Gaulois , les Celtes et les Germains, tous de races indo-caucasiques , et dont nous avons tracé plus haut le caractère, les mœurs et la constitution politique et religieuse. Nous avons dit aussi que la majeure partie de ces peuples, placés à distance de la Méditerranée, étaient restés francs encore du mélange des peuples sémitiques de l'orientalisme imaginaire, de ce rameau de la famille humaine qui ne vit que des yeux, qui, jouant et faisant toujours et partout les affaires et le commerce par des différences et des chiffres sur le papier, et rarement par une action motrice sur la marchandise ou la matièro, s'inquiète peu d'ordre dans le monde social et de justice distributive dans le monde politique.

Le christianisme eut d'abord un adversaire dans les Os-

pas

merveilleux et le surnaturel des chrétiens catholiques. Ayant embrassé rarianisiiie, les Goths furent doux et admettaient chez eux la liberté de conscience. « Nous ne pouvons commander la foi, écrivait Cassiodore à la ville de Gênes, parce (|ue personne ne peut croire contre sa conviction (1). » Avec l arianisme, l'ordre politique avait encore quelque capacilé, mais avec le christianisme catholique , le monde temporel périssait. C'est ce que sentiront les esprits supérieurs. De là aussi celte grande lutte des princes, des rois, des empereurs, des généraux, des grands.administratours, de tous les hommes à natures fortes et pratiques, gouvernementales, contre le vide catholique, les déclamations haineuses et antisociales d'Alhanase et l'anarchie qui en était la conséquence.

Si par la loi réelle, l'antiquité avait déterminé et fixé ses-

(1) Lettres, u, 27.

devoirs particuliers à chaque individu dans l'ordre universel, et si celui-ci n'eut par là qu'une valeur effectivement relative à la grande communauté humaine , le christianisme, au contraire , vint établir un droit privé nouveau , arbitraire , et qui, anarchique et sentimentaliste , détruisait Tordre et 1 unité sociale. Il proclama la liberté de l'individu , tira un niveau sur tous les hommes , et , considérant ce qu'il appelait l'âme comme une entité constituant l'homme luimême tout entier, et pourtant détachée de lui, il porta cette entité vaporeuse et verbale , pour la pousser à ce qu'il appelle le royaume éternel. Mais l'homme réel étant resté là , avec ses passions , ses penchants , ses facultés et ses besoins, l'Eglise ne sachant ni le comprendre ni qu'en faire , le tyrannise et le tue , ou le fait tuer s'il est énergique , ou enGn lui dit de se flageller et de mortiGer sa chair, s'il est faible. Le christianisme, ne donnant point la loi et les règles de la liberté de son droit privé, amena le désordre civil et politique que nous voyons régner partout pendant le moyen âge.

Le christianisme, non-seulement, n'a pas la loi de l'incarnation de l'esprit dans la matière, ou de Tmiroduction del'esprit dans la matière, ou plutôt delà génération des êtres ;mais il n'a pas non plus la loi du mouvement ou de l'appropriation des choses par l'esprit , c'est-à-dire les lois de la propriété. Dans le dogme cnrétien , simple affirmation de Dieu , raisonnement verbeux et nullement scientifique sur la nature de l'esprit, que ce dogme considère toujours comme étant, mais étant sans travail, sans activité — l'univers, le monde, dans ce dogme reste complètement Sdiïïs explication, sans loi. Or, comme c'est dans ce monde et une partie de ce monde tangible même que sont les biens, les avantages, les propriétés , ce monde reste sans loi qui puisse régler son usage , et reste par conséquent au pillage des forts et des méchants contre les faibles et les bons.

Dans le dogme et la doctrine du vrai , l'esprit ou le principe étant , mais actif , produit et règle les choses produites par des lois. Alors aussi les citoyens , dans la cité et l'Etat, ne peuvent s'emparer sans règles de ces choses produites et ne jouir que selon les règles. L'idée chrétienne laissant vacant tout ce qui importe à l'homme, il en résulte que bientôt tout se trouve pris; et alors, comme il n'y a plus rien pour satisfaire à ses exigences physiques , il se trouve dans la servitude et la misère. Pour lui faire agréer pourtant ce malheureux sort, le christianisme ne s'occupe que cle

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