‹ Théologie cosmogonique; ou, Reconstitution de l'ancienne et primitive loiChapitre 79 sur 154 · CHAPITRE PREMIER. LES FRA.HCS · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. LES FRA.HCS

il divisa la Bavière en quatre diocèses. Eri7i3 il en fonde à Wùrzbourg. Eiclistadt, Burabourg et Erfurt. Mais la conversion des Germains allait toujours très lentement. Winfried fut obligé d'établir des écoles et des appuis au christianisme ; il organisa des couvents pour la Thuringe à Ohrdruf ; pour la Hesse à Fritzlar et à Amonebourg. La plus célèbre de ces institutions fut le monastère de Fulde (744). Dans cette môme année il reçut Cologne pour y asseoir son chef-lieu archiépiscopal, et en 745 Mayence, qu'il céda en 753 à son disciple Lullus. Winfried, qui avait pris le nom do Boniface en 723, retourna dans la Frise pour en convertir les habilants; il y fut tué en 755. Le dogme tliéologique do ranliquité repoussa donc le vague et l'obscurilé de la nouvelle (loctrine méditerranéenne.

Nous avons déjà parlé des Francs, revenons-y encore. Le nom de Francs indiquait primitivement tous les peuples germains qui habitaient, avant l'émigration des Saxons, cette partie de la Germanie située entre* les frontières romaines et l'Elbe, dans l'Allemagne septentrionale. Les Francs portaient encore fortement le caractère indo-germanique et conservaient dans leurs traditions des débris importants de la synthèse anticjue. Ils apparaissent dans l'histoire vers lo milieu du m* siècle. C'est en parlant d'eux que César avait déjà dit qu'il n'est ni marais ni bois capables d'arrêter ces hommes nés au sein de la guerre et du brigandage (1). César confond ici patriotisme avec brigandage. Tout ce que les historiens romains disent de mal en général des Germains et des Francs, Tacite excepté, n'est qu'un témoignage de leur passion contre eux. de ce que Rome n'ait pu les soumettre aussi facilement qu'elle subjugua les autres nations.

A la fin du m- siècle, les Francs traversèrent le Rhin ; quelques-uns de leurs détachements prirent du service dans les armées romaines, et ils y étaient très considérés, au rapport d'Ammien Marcellin. Plus tard, les Francs s'étendirent, comme on sait, jusqu'à la Loire. Mais alors aussi ils furent neutralisés par l'élément gallo-romain et chrétien. Les Francs, en déviant de leurs traditions, purent facilement se convertir au christianisme. Errants et déjà modifiés par le contact des Romains, ils étaient aptes à adopter .une doctrine sans scienic, vague et obscure qui laissait encore dans leurs mains le domaine temporel. Et ce sont ces Francs fourvoyés, superficiellement convertis, que nous verrons plus

(1) Guerre des Gaules^ 1. vr, ch. 35.

3tô UVBE II. LE MOfEN AGB.

tard sous Charlemagne réagir contre l'élément exclusivement germanique, d*où ils étaient nés et sortis.

Il y avait beaucoup d'ariens chez les Francs, ils n'étaient pas tous exclusivement catholiques. C'est ce que nous apprend Grégoire- de Tours dans les trois premiers livres de son histoire, et il déchaîne d'une manière très peu chrétienne sa haine contre eux. Lantéchilde, sœur du roi Clovis, était arienne (1). Grégoire nous apprend encore que c'est par haine contre les ariens, que lesévôqiies des Gaules appelèrent chez eux les Francs, qui ne demandaient pas mieux que de s'y introduire. Il nous apprend enfin que beaucoup dévêques étaient intemf)érant5, adonnés à l'ivrognerie, qu'ils étaient parjures, débauchés et adultères (2).

Les Francs, guerriers avant tout, semblables à la caste militaire qui altéra le culte théologique en Grèce du temps des Pélasges, ébranlés dans leurs anciennes croyances par le contact avec une autre doctrine et d'autres mœurs, adoptèrent plus facilement la doctrine chrétienne que les autres peuples germaniques qui étaient derrière eux au-delà du Rhin. Nous avons dit que l'élément romain avait contribué à ruiner le gallicisme; ce qui en restait fut abîmé par le christianisme. Les Francs mirent du temps à se convertir; apparus dans les Gaules au milieu du m« siècle, comme nous l'avons déjà dit, ce ne fut qu'à la fin du v« siècle qu'une grande partie s'en fit baptiser avec son roi Clovis : « C'est par la volonté de nos dieux que toutes choses sont créées etproduites ; il est clair, au contraire , que votre dieu ne peut rien. Il y a plus, il est prouvé qu'il n'est pa^ même de la race des dieux (3). » Paroles sensées qui montrent encore la science traditionnelle du roi franc. Il ne comprenait pas le dieu crucifié qu'on ne lui montrait pas actif et travaillant dans le monde, et comme ce dieu ne se rattachait à aucune tradition, qu'il n'était qu'une invention humaine et récente, le roi en concluait très justement qu'il n'était pas même de la race des dieux, de ces dieux dont les traditions théologiques étaient encore vivantes du temps de Clovis, chez presque tous les peuples de races caucasiques et non mélangés du sang phénicien. Par quelques fragments de discours, imprudemment rapportés par Grégoire de

(1) Grégoire de Tours, 1. ii, ch. 81.

(2) Grégoire de Tours, 1. ly, ch. 12; 1. viii, ch. 2, 9 ; 1. v, ch| 28, et en beaucoup d'autres endroits.

(3) là., l. II, ch. 29,

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