‹ Théologie cosmogonique; ou, Reconstitution de l'ancienne et primitive loiChapitre 80 sur 154 · CHAPITRE PREMIER. LES FRANCS. 3i · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. LES FRANCS. 3i

Tours, parle silence certain sur les arguments avancés contre le christianisme par les Francs, on voit que la doctrine catholique triompha d'eux non sans une lutte soutenue et une violence morale. Le clergé gaulois était plus rusé que son adversaire, les Francs. Nous pourrions entrer dansée grands détails sur la résistance opiniâtre et prolongée qu'opposèrent les Francs a leur conversion au catholicisme. Mais nous n'écrivons pas l'histoire spéciale de la race franque, et ce que nous venons d'en dire , suffit pour notre objet. Rappelons seulement que l'empire des Francs devint successivement et de plus en plus la plus imposante puissance de tout l'Occident, et en général le centre social du monde d'alors.

Quelque écartés que fussent les Francs de leurs anciennes croyances , quelque pesant que fût relativement leur joug sur les peuples vaincus et soumis, leur puissance gouvernementale prouve néanmoins leur supériorité , en comparaison de l'impuissance des Gaules, et dans laquelle elles s'abîmèrent dans les derniers temps de la domination romaine. Le pouvoir temporel des Francs avait de grands avantages sur l'administration impériale. Clovis est déjà un conquérant habile, et qui sait combiner ses conquêtes. Indépendamment du Nord et de la plus grande partie de la Gaule , il subjugue tous les chefs francs indépendants, les Allemands et la plupart des Thuringes. L'essence intolérante du christianisme avait pénétré chez les Francs. La violence qu'on leur avait faite, ils la firent également subir aux Allemands, et, plus tard aux Saxons, en les convertissant par les armes à la croyance chrétienne. Le génie de l'indépendance germanique , l'esprit d'observation et la tradition théologique de leur ancien culte national, percent à chaque instant dans les actes et l'intelligence de la dynastie mérovingienile. Le roiChilpéric, mort en o84, ordonna que la trinilé fût nommée seulement Dieu , sans distinction de personnes. 11 était inconvenant, selon lui , dit Grégoire de Tours (1), qu'on appelât Dieu une personne, comme s'il était un homme fait de chair. Il affirmait aussi que le Père est le môme que le Fils, et que le Saint-Esprit est le même que le Père et le Fils. Grande fu4, la colère de lévèque de Tours. « J'exposerai ces idées, dit le roi, à de plus sages que toi, qui m'approuveront. » Tel est l'empire du bon sens perspicace, que Chilpéric ne comprenait pas autrement Dieu que un et Vivant , et non

(1) Liv, v, ch. 45,

SOUS la forme d'une trinité nominale , comme celle qu'il voyait présenter par les prêtres , et que Grégoire de Tours voulait lui inculquer.

A mesure que le clergé catholique des Gaules parvint à gagner de plus en plus les populations des villes et des campagnes , les rois mérovingiens éprouvèrent à leur tour aussi de plus en plus de difficultés à maintenir l'ordre temporel , lâche dans laquelle ils furent constamment tiraillés , tracassés et tyrannisés par les évêques : ces ennemis éternels de tout gouvernement temporel élevé , parce que , aristocrates par la constitution de leur église , ils ne peuvent souffrir dans le monde aucune supériorité, ni même égalité laïques. De là, leur continuelle tendance à constituer les nations en multitudes, parce qu'ils ont bien plus de prise sur elles par l'abrutissement, auquel ils travaillent sans cesse. Le sombre tableau qu'on nous fait de tous les rois mérovingiens, est tracé par des auteurs ecclésiastiques qui ne manquent pas de le charger des ombres les plus noires , afin de prendre une revanche de la résistance opiniâtre qu'ils leur faisaient pour les empêcher de mettre la main exclusivement sur les choses de ce monde.

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