‹ Théologie cosmogonique; ou, Reconstitution de l'ancienne et primitive loiChapitre 8 sur 154 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

considérer que comme les dernières lueurs pâles et décolorées d'un passé brillant, d'un âge déjà lointain. Qu'on songe seulement aux ténèbres que jetèrent l'apport et l'expansion du christianisme sur les choses les plus simples dès le commencement , et l'on comprendra facilement comment l'âge appelé héroïque de la Grèce a pu ruiner si foncièrement et si longtemps les hautes et brillantes cimes de sa théologie, de sa science, et abîmer son gouvernement temporel et administratif, ses joies et son bonheur.

Si la Grèce n'avait eu de science que ce qui nous en est resté dans les livres, dans ces livres , les seuls que le fanatisme et la méchanceté de beaucoup des meneurs chrétiens nous ont laissés, s'il n'y avait eu en Grèce de religion que la religion exotérique des multitudes, Aristote, le grand mais sec fondateur de l'analyse théorique , aurail-il pu s'élever aux grandeurs exprimées dans le passage suivant : « S'il y avait des êtres qui eussent toujours vécu au milieu des profondeurs de la terre, dans des demeures ornées de tableaux , de statues et de tout ce que possèdent en abondance les heureux du monde; si ces êtres avaient vaguement entendu parler de l'existence des dieux tout-puissants, et que, la terre s'en ti 'ouvrant, ils pussent s'élever du fond de leurs retraites souterraines aux lieux que nous habitons; à la vue de la terre, de la mer et de la voûte du ciel , quand ils reconnaîtraient l'étendue des nuages et la force des vents, quand ils admireraient la beauté du soleil, sa grandeur et ses torrents de lumière, quand enfin ils considéreraient, aussitôt que la nuit venue aurait enveloppé la terre do ténèbres , le ciel étoile, les variations de la lune, le lever et le coucher des astres accomplissant leur course immuable de toute éternité, sans doute ils s'écrieraient : « Oui , il y a des dieux , et ces grandes choses sont leur ouvrage (1) ! « Il y a dans le fond de ce passage une science profonde et vraie quelque poétique qu'en soit la forme. Il était donné à Aristote seul, qui avait encore à sa disposition tant de débris de la science passée , de puiser dans la beauté et dans l'infinie grandeur, des œuvres de la nature, un argument en faveur de l'existence d'un être suprême dans le miroir qu'il s'était fait. Qu'il y a loin r'e l'élévation du stagirite au pathos verbeux et vide des ï ères de l'église, et de ce qu'on est convenu d'appeler l'élo- <;uence chrétienne d'un Lactance ou d'un Augustin I

Cictirou, de lu iSature des Dicuj-, 1. n, cb. 37.

THÉOLOeiE GOSNOGONiOliE.

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