COSMOGONIE
L'observalion , l'étude et la conDaissance des causes qui produisent les phénomènes do la nature céleste et terrestre, onl fait arriver les peuples dès la plus haute antiquité à la loi universelle et à la politique qui en découle. Cette loi se déduit, i* de la connaissance de ressence premièi'edeDieu, et 2** de ses modes de création des êtres , de leur maintien , de leur intégrité normale et de leur gouvernement. En effet, Dieu a donné à ces êtres une nature et une forme particulier res , une place dans l'espace, et enfin une puissance, un rang, une vie, un mouvement différents , ainsi que le prouvent d'abord l'observation, et ensuite les traditions de tous les temps et de tous les peuples de l'antiquité.
Sans la connaissance de la nature des choses, sans l'initiation à la loi universelle, il n*y a dans le monde que ténèbres. que confusion et méprises pour les chefs des sociétés, que malheui*s , angoisses et souffrances pour les peuples et les individus. Ce n'est pas en méditant indéfiniment a priori et eu pleurant éternellement dans un mysticisme vide sur la nature de Dieu , qu'on peut jamais espérer arriver à la vérité. Sans la vérité et la science , on ne peut pas asseoir les sociétés humaines; sans la vérité, le pouvoir politique est un fléau et une désolation pour les hommes; sans la vérité et la science, il n'y a point de bonheur pour Thumanité. Or, la vérité existe : elle existe de toute éternité; il faut seulement la chercher et la saisir.
C'est ce que dans des temps anciens la société (liéologi-
2 LIVRE PREMiEB. ANTIQUITÉ.
Que avait compris , et c'est aussi ce qui Tavait entraînée a une manière irrésistible, divine, àfonder Tordre social sur les lois qu'elle aTaitKlécoQvertes dws le monde et d'où elle avait été forcée de déduire tous les rapports de la vie de l'homme avec ses semblables, rapports que la vie pratique de pur instinct confirmait. Cette société ne prit pas dans le vide ses doctrines sociales ; elles étaient , au contraire , la raison vivante, productrice et^^onservairice de tous les objets terrestres pour ainsi dire ; et c'est ce qui fit leur perfection. Les lois sont-dans la nature, et les législateurs n'ont pas de lois à faire ; ils ont à comprendre le monde, et dans sa multiplicité vivante, multiplicité liée par des rapports, à produire ces rapports en relief et en saillie, à les formuler on livres, chapitres et articles de loi. Le pouvoir n'est quelque chose de réel et de juste qu'à condition qu'il se base sur la loi des rapports ou sur la tomme philosophique de leurs séries encyclopédiques, ordonnées comme elles le sont dans les séries de groupes ou genres, dans les séries plus restreintes d'espèces, dans le groupe famille, et enfin clans les rapports qui constituent la vie et le lien d'unité des divers groupes.
Tous les législateurs de l'antiquité ont fait précéder leurs lois d'un exposé de la création ou production du monde par Dieu ou le Premier Principe. Ils sentaient , ces hommes si
Ïmissants et si profonds, qu'il y a une relation forcée entre 68 travaux humains, leâ productions humaines, le travail de l'individu et de l'espèce , et le travail de l'auteur de toutes choses, et aue les choses faites par cet auteur, leur genre de formation, leur variété d'espèces et de formes, et les procédés ou les modes par lesquels il les avait faites, sont autant de plans , de types et de modèles à suivre pour l'homme et les nations ; et d'ailleurs l'àme humaine désire d'instinct imiter ce grand plan.
Donc travailler, produire, distribuer de droite et de gauche comme l'homme le fait aujourd'hui sans modèle ou sans avoir égard à aucun modèle préfixé qui ait été celui du souverain ouvrier, est une manière d'agir qm ne peut enfanter dans l'ordre social que ce que nous y voyons, des assemblages, des accouplements de choses et de faits sans liaison , sans ordre, le chaos.
La cosmogonie ou le travail et le mode de travail de Dieu fut que :
Par un acte de sa volonté et de son ineffable amour, par un nombre de vibrations déterminé et selon la nature , la
eOAPim PREMIER. COSMOGOMI£. 3
place et le rang que devait avoir r^trc qu'il allait former dans la hiérarchie des innombrables èlrcs qu'il embrassait dans sa pensée et son éternelle sagesse, Dieu produisit une Voix (\). Celle voix, manifesléeau sein do la nature ou do la matière qu'il avait commencé par préparer (â) , fut l'âme ou Tesprit de l'être qu'il allait créer (3). Celle âme, semblable [)our l'esprit à celle qui anime le germe que le mâle dépose au sein de la femelle pour le nourrir pendant un temps et le déposer ensuite viable à la lumière, se l'assimila selon les formes et les organes qu'il devait avoir, formes qu'il se modelait lui-môme au moyen de la matière par sa propre énergie intérieure.
Un autre acte de la toute-puissance, une voix harmonique de la première , assigna à l'être sa place ou un ordre dans l'^pace ; enûn une troisième voir complétant l'accord , lui dcMina sa mesure, c'est-à-dire sa puissance ; et ces trois lois de chaque être, le nombre, Vordre et la mesure, qui forment son essence et constituent sa nature et qui maintiennent l'univers, subsistent aujourd'hui aussi bien que le premier jour (i). Mais Dieu fit ses créatures intelligentes et libres , dans la mesure de leur organisation , afin qu'elles fussent heureuses comme lui, si elles voulaient. Seulement, comme un bon père , comme un père compatissant , il reçoit leurs prières et intervient souvent pour les aider, selon leur oœur (5).
(1) La parole enfante les choses , quiconque plonge dans le fond des choses aperçoit que la parole est créatrice.
drogène, qui est plus divin que Toxygène puisqu^il a moins de poids, il en est de même.
(a) L'âme est autéxieure au corps. Le corps n'est que la maisou de Tâme. et c'est elle qui se DàUt sa maison par intus sus— ceptlon, de dedans oa dehors, mais avec trois outils ou agents à la ibis; Tuo qui compose et fabrique le corps dans ses formes, Tautre qui lui donne son mode de mouvement ou de vie , et l'autre, enfin, son mode d'esprit et de raison. Le mot mode eiprime, comme l'on voit, le caractère avec l'intelligence et ce qui constitue la raison chez riudividu.
(4) Les nathématiques sont la science des nombres, de l'ordre et de la mesure, et non la science des quantités et des grandeurs, eomme récrivent ceux qui fout des livres pour Tenseigiàement.
(5) L'efficacité de la prière est le point le plus transcendantal
Kiisuile , les êtres créôs el lo monde fait , Dieu avait à le gouverner, et c'est ce qui nous reste à comprendre.
Pour entendre ce gouvernement de la création qui est bien évidemment le gouvernement type du gouvernement des États , il y a une politique à connaître, politique qui consiste dans la science des lois de la vie ou du mouvement et lois qui dévient dans le vice , comme nous le verrons . et qui rentrent dans la voie par l'intelligence aidée de la prière et de l'amour. Or, cette science, on l'obtient par un cœur droit , fortifié de l'étude de tous les monuments humains et des traditions, et par les connaissances vraies acquises de siècles en siècles, surtout dans les quatre derniers, où des milliers d'observateurs de la nature, aidés de la puissance des sociétés, ont remué ciel et terre; connaissances qui, étant venues confirmer les traditions et les écritures do la théologie, surtout celles des Gentils, leur donnent à l'heure présente une force immense.
Or, pour comprendre cet ordre universel, cette vie de l'univers et cette politique de Dieu qui le gouverne, il faut évidemment connaître ou comprendre la loi primitive et constante du mouvement, et cette loi n'apparaît à l'esprit que dans les plus hautes régions de la philosophie mathématique que l'antiquité possédait.
Ainsi d'abord. Dieu étant l'JÊtre ou Y Un, l'un sera figuré par le point ou \ unité (1) , principe du mouvement ou en mouvement. Or, le point en mouvement ou produisant le mouvement , produit évidemment la ligne droite. Car un point étant d'abord placé comme ici..., et puis se trouvant
de la science divine. C'est ce qui Ta fait méconnaître par beaucoup d'esprits qui n'avaient pas assez de pénétration synthétique et analytique à la fois , et exagérer chez les mystiques qui ont l'amour sans avoir la science dans la même proportion. La prière est une chaleur de l'âme, c'est-à-dire du mot, un travail du moi sur lui-même pour s'améliorer; il en résulte donc pour lui une lumière, quand elle est fervente, qui lui permet de mieux voir le milieu et le lointain, et, en le voyant mieux, de s'y conformer et par là, d'acquérir des vertus ou d'étendre et de fortifier celles qu il possède.
(1) Il ne faut pas confondre l'unité civile, l'unité numérique dont on se sert aans l'usage pour compter, avec l'unité réelle : la première est une abstraction et un simple reflet de la seconde ; la seconde est réelle , vivante , créatrice. L'unité numérique en dehors de l'idée de calcul , ne signifie rien. L'unité récite^ au contraire, est la fécondité même : il ne faut pas les confondre, car elles sont diverses.