CHAP. II. DE LA FEMME CHEZ LES FRANCS
protecteur futur, et cette soumission est dans la nature de la vraie femme, de la femme naturelle (i)! Toutes les fois que les historiens des temps mérovingiens nous introduisent dans l'appartement des femmes , fussent-elles reines , ils nous les représentent occupées à des soins de ménage et à des travaux d'aiguille, loin des regards des curieux et des convoitises profanes.
Les gynécées se restreignirent à des proportions plus petites à mesure que les manufactures s établirent et que le commerce, en distribuant partout ses produits, rendit inutile la fabrication d'une foule de tissus et d'objets dans le domicile des particuliers. La vie des femmes ne cessa pas d'être commune entre elles, et, malgré Témancipation que la chevalerie leur ïvait apportée en certaines circonstances solennelles, la vie privée resta murée. Depuis lors un grand nombre d'hommes se sont fait fabricants plus par sentiment de polygamie ou par désir d'avoir plusieurs femmes , que par envie de gagner. La chevalerie et la dame n'ont été qu'une exaltation pour se faire illusion, comme tout est dans le christianisme, ou se donner le change à son cœur, ayant besoin de l'amour multiple qui en était et qui en devenait de plus en plus privé par le refoulement fait par les prêtres, de toutes les femmes qu'ils pouvaient, dans des cloîtres, pour eux aux dépens des laïques.
Dans la loi naturelle , le mâle représente le principe actif vië-à-vis du principe passif qut représente la femelle ou la femme. Le principe actif est créateur ou multiple. Le principe actif engendre extérieurement à lui avec un autre être qui porte dans son sein et gui conserve pendant le temps voulu le fruit de la conception. Le mâle n'est ni arrêté ni empêché pour engendrer avec un autre sujet immédiatement après. C'est ce qui constitue son action multiple. Ce principe actif ou le mâle, après avoir contenté la femelle ou la femme, peut encore en contenter une autre, et il est apte à la génération par un dessein de la' nature pendant une période bien plus longue de la vie que la femme ; si la femme est stérile, il a le droit et môme l'obligation d'en rechercher une autre.
Dans les animaux, partout le mâle a des femelles, et cela est bien plus nécessaire chez l'homme, surtout chez l'homme
(1) Le mâle est plus parfait, il commande. La femelle est moins accomplie, elle obéit. Cette loi de nature s^applique aussi à rhomme. Âristote, Politique^ 1. i, ch. 3, p. 13.
d*élite, qui a besoin de perpétuer son nom et sa race , dans l'intérêt même de la société. Il est bien entendu qu*il s'agit, en parlant d'homme d'élite , de ses facultés intellectuelles et oe ses vertus et de société. Si le mâle n'a qu'une seule compagne dans quelques espèces d oiseaux, ce n'est que pendant la ponte; et parce que pour la procréation dans ces espèces il y a des accessoires de travail et ensuite de sustentation, que la femelle, abandonnée à elle seule, ne pourrait pas faire : telles que la confection du nid, et puis la nécessité durant la couvée pendant que la femelle couve, de pourvoir à sa nourriture en allant lui chercher à manger; si elle se lève pour quelque besoin , pour la conservation de sa santé par exemple , l'obligation de se mettre à sa place et couver dans l'intervalle. Dans toutes les espèces d'oiseaux domestiques qui sont nourris par l'homme et qui n'ont point ou qui n'ont plus à pourvoir à ces nécessités, il y a polygamie. Il en est de même dans les quadrupèdes. Et ceux qui ne sont pas tout à fait polygames, comme les lions, les animaux carnassiers et féroces, c'est que leur genre de vie, qui est la lutte, et par là même leur vie toujours précaire^ ne comporte pas de société plus étendue que deux : le mûlc et la femelle.
Quant à l'homme , la polygamie a été la loi générale de toute l'antiquité , dans tous les siècles et en tous lieux. Elle est même à l'heure qu'il est, la loi sur plus des neuf douzièmes de la surface de la terre, et îians les autres trois douzièmes, elle existe par des hétaïres d'une manière corruptrice des mœurs et anarchique pour la société.
l es rois francs de la première race et quelques-uns encore de la deuxième, furent sans cesse en lutte avec l'Eglise à cause de la pluralité de leurs femmes. Ces rois étaient cependant dans le vrai . Mais ils manquaient des dogmes deleurs mœurs pour lutter contre les doctrines bavardes, anarchiqucs et individuelles des prêtres chrétiens. C'est ce qui causait tous ces troubles et ces guerres , ces agitations sociales du moyen âge, qui se perpétuent encore dans l'anarchie présente chez les natures énergi(iues qui sont très souvent riches par la fortune et qui , ne pouvant pas se constituer un intérieur conjugal composé, s'ennuient chez eux en présence d*une femme ennuyée elle-même par absence de compagnes partageant ses sensations et ses coûts pour le partage, •la montre de choses futiles, etc., ce qui fait que l'homme remarque qu'il n'y a de vie, de paix et de gaîté chez lui que le jour où il y a des couturières. Dans ce^e dualité anar-
cuAP, 11. l'empire grkc. 341
chiciue , rhomme court dehors et démoralise la société par des déportements , et ce sont les doctrines et les mœurs ténébreuses de TEglise qui sont cause de ces choses.