LES CAPETS
Après que l'église eut abêti deux dynasties, atfin d'avoir un prétexte plausible pour les précipiter du trône , après qu'on se fut débarrassé, par le poison, du dernier des Carlovingiens, de Louis V, que beaucoup plus tard seulement on surnomma Le Fainéant , l'église appuya de toules ses forces l'avènement d'un roi, fils d'un comte, mais comtebourgeois de Paris, vassal naguère des princes de la race de Charlemagne, et qui ne pouvait avoir la prétention de continuer la filiation des maîtres de Rome et se croire le successeur de Constantin, Par ses habiles manœuvres, l'église parvint à mettre sur le trône de France Hugues Capet. Et l'église ne se trompa pas. Ces Capétiens dans leur palais du Louvre à Paris, sur les bords de la Seine, en face et pour ainsi dire au milieu du port de la Hanse de cetle rivière, furent et n'ont jamais cessé d'ôtre ce qu'étaient les suffètes dans leurs hôtels et à la tête de leurs magasins sur les quais de Carthage. Le Louvre desCapets était aussi sur les quais, à la file des hôtels et des magasins des échevins et municipaux do Paris, qui étaient constamment chez eux à former leur cour.
Quand on lit les chroniques du x* siècle , quand on lit surtout les ouvrages de Gerbert , plus connu comme pape sous le nom de Sylvestre II. on voit clairement comment Eudes. Robert et Hugues, les comtes de Paris, conspiraient et suscitaient des entraves de toutes manières aux successeurs et aux descendants de Charlemagne pour les renverser, à cette maison carlovingienne qui personnifiait si bien l'esprit et les mœurs francs, qui personnifiait le travail temporel et laïc, qui était leur caractère et qui se maintenait au milieu du sang gaulois dénaturé et abâtardi par la main, mise si longtemps sous les empereurs de la domination oblitérante latine. Ces comtes de Paris, vrais et exclusifs nobles de bourgeois, à l'esprit abstrait et aux déductions de productions cérébrales, étaient, s'il y avait eu de la science . alors, tout à fait hétérodoxes. En dehors de la phraséologie de
convention, verbale OU écrite, des homélies d'église du temps, dans la pratique civile, les comtes et la bourgeoisie de Paris déduisaient surtout des principes et des conséquences dans la forme sémitique, arabes et juifs par conséquent, et qui sortaient fondamentalement des écritures de cette tribu de la race humaine. Ils avaient donc pour instituteurs ou approbateurs les prêtres , les moines et Rome : tout le parti clérical , qui était immensément inûuent à cette époque par la faute que les Francs avaient commise sous les divers règnes do la première race ; faute qui avait consisté à leur léguer et leur laisser donner trop de biens et de redevances. Les idées et. les tendances du parti clérical étaient pour eux, dans la dernière moitié du x* siècle, ce que nous les voyons être au même endroit à Paris dans la hanse commerciale sur la rive de la Seine et dans les faubourgs, sous les Guises et la ligue , contre le même esprit franc qui , par Luther et Henri IV, avait cherché à se regimber. Or, on sait quel était cet esprit. C'était une influence funeste , au profit du prêtre , sous des formes démocratiques et émiettantes sur la population et au milieu de la population , dans la rue et la vie de fait ; en un mot, la plus affreuse anarchie de sentiments et d'actes.
C'est pardes intriguesourdiesdans etau milieu de cette population etde cette vie anarchiquede Paris, lors des menées des Capets contre les descendants de Charlemagne et leur savante administration, que surgissent les cabales des comtes de Pans, des nobles de la ville et de ses alentours, leurs affidés, tenanciers d'intérêts et d'idées, des échevins et officiers de ville, contre Charles le Gros, Charles le Simple, Louis d'Outremer, Lothaire, Louis V le Fainéant et les hommes de la terre et de la vie rurale, les nobles et vassaux de ces rois carlovingiens et francs. Ces derniers avaient d'autres mœurs, des mœurs de gouvernement, de la vie pratique et du maniement pratique des affaires et dés intérêts, et où l'homme était le seigneur de la maison et de sa femme , et le premier prêtre de son intérieur.
Les comtes de Paris et nobles bourgeois , au contraire . n'avaient que des mœurs de cité , des mœurs d'agglomération urbaine exagérée , des mœurs d'individualité , d'égalité dans les positions égales de fortune, sans égards aux côtés des vertus et des qualités de l'âme chez les particuliers qui pouvaient posséder des biens plus ou moins grands. C'est à partir de 1 intronisation de cette famille des Capets que déêlinent i 'esprit et leamcBUTsfvaucs.les mœurs rurales, de la
CHAP. II. LA PAPATJTÉ AU X* SIÈCU
conservation et dn gouvernement de la vraie mafetx.^^ suite encore l'exclusion de toute influence des ducs de^lsde mandie, presque toujours en Angleterre depuis longtemps, a gouvernementaux sur la Normandie et par cette province sur la France entière, par les actes irréfléchis et si malheureux de Jean sans Terre, la politique et les mœurs purement bourgeoises et gauloises méditerranéennes de Philippe Auguste.
N'ayant pas, dans leur ignorance, les grandes traditions gouvernementales du passé, ayant l'esprit mystique, enclin au surnaturel et au merveilleux de la race cnananéenne, le premier Capet et ses successeurs se soumirent avec docilité à la suprématie de l'église. Il se t'ait d'abord sacrer à Reims, et pour montrer toute sa condescendance pour l'église, il règne sans porter de diadème. 11 confirma avec libéralité et largesse les immunités, les dons et les privilèges exorbitants des églises. Il rétablit la liberté des élections dans les monastères de ses domaines, il abdiqua la dignité d'abbé de Saint-Denis et de Saint-Germain, et fit élire à sa place des ecclésiastiques. En un mot, tous ses premiers actes sont marqués au coin de son entière et humble soumission aux prétentions de l'évèque de Rome. Avec des rois tels que ces Bourbons, que pouvaient devenir les races viriles des familles i'ranques? Nous allons le voir.