LES CROISADES
Malgré toutes les transactions de conscience , le monde franco-chrétien, avec ses formes sociales sans élévation et sans beauté, une contrainte sur tant de choses que l'église et les Galiiéens avaient introduite et qui tyrannisaient l'homme en tout sens, surtout l'homme complet, fort, intelligent et vigoureux comme l'étaient le Franc et la femme franquCf tout cela les faisait souffrir horriblement. Les Normands ou Scandinaves d'ailleurs, qui venaient d'arriver dans le siècle précédent, avec beaucoup d'idées scientifiques prises de leur cuite, ou du dogme thrace, caucasique, indien , qui contenait considérablement de science sur le monde, et par là même sur la nature de Dieu, les œuvres de tout être servant beaucoup à faire connaître son fonds, les Normands ou Scandinaves, avaient, en s'établissant dans la Normandie et quelques localités du bassin de la moyenne et de la basse Loire, beaucoup ajouté aux lumières. Ils le montrèrent bien dans l'organisation politique et sociale de la Normandie et la conquêtede l'Angleterre.
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Les choses en étaient là en Tan lOSO ou iOSO.Déjà plusieurs d'entre eux, d'entre les Normands et les Francs, en allant en pèlerinage à Jérusalem , avaient remarqué que le monde n[était pas ce que les prêtres et leschrétiens fervents leur en disaient. D'après les prêtres et les papes, les Sarrasins, les Musulmans, c'étaient des êtres ténébreux, des barbares, des hommes ignobles par la laideur de corps et d'esprit. Tout était ténèbres et vices chez eux. Voilà l'opinion faite par Féglise. Mais pour ceux qui y avaient été et qui avaient vu, c'étaient au contraire des nommes brillants, justes dans leurs relations, braves, magniBques de tenue et de conduite; hommes d'ailleurs, au milieu d'un bas-fonds arabe ou sémiti- (^ue, qui n'étaient pas de la race arabe, mais de races du Caucase, du nord -nord-est delà Perse, et, qui, à toutes les époques, alors surtout que tant de traditions du culte de Zoroastre existaient encore dans leur esprit, ce qui n'est plus aujourd'hui, ont possédé laBabylonie. la Syrie et l'Egypte. Ces pèlerins avaient entendu parler de monuments écrits, d'ouvrages nombreux de l'ancienne société grecque qui étaient dans les bibliothèques de la Syrie, à Constantiaople, dans des couvents en Grèce, en Macédoine, etc., etc.
Le bruit s'en répand chez les Francs, chez les Normands, depuis la Meuse jusqu'au Cotentin. Alors, comme d'un autre côlé , l'église pousse à une croisade vers l'Orient pour reconquérir le tombeau , mais au fond pour se débarrasser de l énergie mâle de la race francque et des lumières apportées par les Normands; les Normands et les Francs, un peu par obéissance religieuse , mais beaucoup plus , quoique sans en avoir une conscience nette, pour se soustraire, aux natures vigoureuses et supérieures, aux pratiques multipliées et basses de l'église, pour s'arracher , ne fût-ce que pendant quelque temps , aux formes sociales tyranniques et oppressives de la famille, de la vie, des femmes, du mariage, de la liberté sociale, partent pour l'Orient, courent à la croisade.
Ils se préparent d'abord en masse pendant quelques années à se procurer do l'argent , à acheter, à se fabriquer des armes , des armures , à fourbir celles dont ils sont posses* seurs. Ce grand amour des belles armes leur venait bien d'un sentiment liéroïque du beau qui était en eux, mais beaucoup aussi des récits des pèlerins qui avaient été à Jérusalem et en Palestine, des belles armes et des armures qu'ils avaient remarquées dans les mains des Sarrasins ei surtout des Turcs. Ensuite les Normands et les Francs laissent aller
avant eux et par un antre chemin, un gros fretin de pèlerins ignorants , pèlerins d'église, des natures éreintées ou crétines et sans valeur d'énergie , qui se réunissent sous la bannière pureooent pélerincUre et non guerrière de deux îjniorants remplis de foi , nommés Pierre l'Ermite et GauthierSani-Àvoir, qui s'en vont par l'Allemagne et Consiantinople, mais laissant partout sur leur passage une traînée de malades et de morts, pour arriver dans l'Asie mineure, y achever de perdre tous les leurs. Les Normands et les Francs arrivent aussi dans l'intervalle par l'Italie et l'Adriatique, et marchent comme un continent qui s'avancerait sur la mer en la faisant reculer. Ils prennent Antioebe, Jérusalem , les villes de la Syrie et fondent leur souveraineté là, sous le nom d'un royaume de Jérusalem. Quelque temps après, une partie revient en France, l'autre reste. Mais des rapports réguliers ou presque réguliers se trou vent, 'par là et à partir de là , établis entre eux et l'Orient : ils y ont des amis, des parents ; ils en reçoivent des objets, des idées, des lettres.
A compter de cette époque, un éclectisme mental, mais ferme , est établi dans leur esprit , et , quels que soient les prêcheurs ou pousseurs à des croisades postérieures, ils n'iront que pour faire la guerre ejt conquérir, mais non pour le tombeau, et quand ils sentiro/)t qu'on ne peut plus conquérir, ils n'iront plus.
Pour sortir de l'étreinte sociale où l'Eglise avait serré les Francs et les Normands, il ne leur manquait d'ailleurs que des monuments écrits, des monuments positifs , et plusieurs d'entre eux sont restés en Orient ou en Grèce , et ils y apprennent le grec. D'autres, qui ont fait la conquête de la Calabre, ou ancienne Grande-Grèce , de la Sieile, rayonnent de là par lettres et voyages sur l'esprit de leurs comi)atriotes demeurés ici. Désormais la chaîne orphique et pharaonique , déchiquetée , disséquée et pulvérisée en Grèce et puis en Italie par la civilisation individualiste phénicienne et sémitique, qui envahit la Grèce d'abord et l'Italie ensuite, comme nous 1 avons déjà dit , surtout depuis les conquêtes orientales des Romains , et civilisation déviée gue les Latins ont laissée périr à leur tour^dans la révolution chrétienne des ni* et iv« siècles par les nécessités gouvernementales mêmes, senties par tous les hommes forts et influents sur l'opinion : cette chaîne hellénique égyptienne va se renouer ici par les traductions arabes des ouvraget«^ grecs , de l'école de Montpellier, par des maîtres de l'uni- *
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versité de Paris , par les anciennes productions des Bèdc , des Albert le Grand et des hommes de la race saxonne ou franque. Alors aussi, dès que, par l'expulsion des Grecs de Constantinople par les Turcs , de ces Grecs porteurs de livres de l'ancienne Grèce , les Normands et les Francs pourront les voir et y voir un peu sur ces deux données de l'antiquité : la donnée chrétienne et la donnée orphique , ce qui arriva déflnitivoment au xv* et xvi« siècles, leur choix fut bientôt faiti