CC v, 4(G CS, p'4,l23:sq
224. D'autres textes du Contre Celse disent qu’il faut adresser la prière au Christ en tant que grand prêtre : « … faisant porter nos prières au Dieu de l’univers par son Monogène; mais nous devons les offrir d’abord à ce dernier, car il est propitiation pour nos péchés, pour qu’il présente, en tant que grand prêtre, nos prières et nos sacrifices, ainsi que nos supplications, au Dieu de l’univers » (CC vin, 13, G. C.S. II, p. 230, 1. 22 sq). De même « il faut prier le Monogène et Premier-Né de toute créature, le Logos de Dieu, et lui demander, en tant que grand prêtre, de porter la prière que nous lui adressons à son Dieu et notre Dieu » (CC vur, 26, G. C. S. 11, p. 242, 1. 25 sq). Ces deux textes présentent la même position que le Peri Euchès mais d’une façon qui n’est pas choquante, parce qu’elle n’est pas exclusive. :
tion, car les quelques phrases que nous étudions mentionnent d’abord la prière au Père par le Fils, puis la prière au Fils : le Verbe ne serait pas alors considéré exclusivement comme médiateur. Nous pouvons ajouter que la pratique d’Origène corrobore davantage cette opinion que l’autre, car il s'adresse souvent au Christ dans ses homélies 225,
Bull 6 pense qu’il n’y a plus dans le Contre Celse de trace d’inadéquation entre le Fils et le Père. Un texte comme le suivant pourrait le faire penser : « Le Dieu et Père de l’univers n’est pas le seul à notre avis à être grand : car il a fait participer à sa grandeur le Monogëne, Premier Né de toute créature; en effet ce dernier, étant l’image du Dieu invisible, doit reproduire par sa grandeur elle-même l’image du Père. Il ne serait pas une belle image du Dieu invisible, une image de mêmes dimensions (oowyetpov), s’il ne présentait pas aussi l’image de sa grandeur » 7, Nous serions tentés de penser après avoir lu ce mot oduuetpoy qu'Origène à définitivement surmonté toute inégalité d’origine platonicienne entre l’image et le modèle. Mais, dans le livre VIII, réfutant Celse qui prétend que les chrétiens adorent le Fils comme le Dieu suprême, supérieur au Père, Origène prend soin de rétablir, non l'égalité, mais l’infériorité du Fils : « Peut-être dans la multitude des fidèles, quelques-uns osent-ils mettre un désaccord entre le Père et le Fils, sous prétexte que le Sauveur est le Dieu suprême, élevé au-dessus de tout. Mais nous ne pensons pas de même, nous qui croyons à sa parole : Le Père qui m’a envoyé est plus grand que moi. C’est pourquoi nous ne plaçons pas au-dessous du Fils de Dieu celui que nous appelons maintenant le Père, ainsi que Celse nous en accuse calomnieusement » ?8, Et le paragraphe qui suit est plus explicite : « Nous qui disons que le monde sensible est l’œuvre du Créateur de l’univers, nous affirmons clairement que le Fils n’est pas plus fort que le Père, mais lui est inférieur (broBcéorepov) . Et nous parlons ainsi sur la foi de ces paroles : Le Père qui ma envoyé est plus grand que moi. Personne n’est fou au point de dire : Le Fils de l’homme est le maître de Dieu. Nous affirmons que le Sauveur, en tant que Logos-Dieu, Sagesse, Justice, Vérité, domine souverainement tous ceux qui lui sont soumis, et cela est vrai; mais non Dieu son Père, qui au contraire le domine » #?. Cette dernière phrase montre
223. Le P. PRAT cite (op. cit., p. 60, note 2) HEz xu, 5 (G. C.S. vin, p. 439, 1. 20 sq): « Prions avec plus de ferveur Jésus-Christ notre Sauveur ainsi que son Père » 1 HLc xv (G. C. S. 1x, p. 104, 1. 30 sq) « prions le Dieu tout-puissant, prions aussi ce petit enfant Jésus à qui nous voulons parler et que nous désirons tenir dans nos bras ». CC V, II (G. C. S. 11, p. 12, 1. 26 sq) « Que celui-là prie le Verbe de Dieu qui peut le guérir », 226. P. G. xvii, col. 1311 A. D’après HUET Origène pensait « que le Fils était seulement une parcelle de la bonté paternelle et une sorte d’émanation (aura) imparfaite; il est tout à fait certain que cette pensée est complètement étrangère à l'esprit d’Origène, si toutefois nous le ne A d’après le Contre Celse ». vi, 69 (G. C. S. xx, p. 139, I. 3 sq). :
A de VIII PE C. S. 11, p. 232, 1. 3 sq). Traduction du P. Prat, op. cit., p. 62. 229. CC vint, 15 (G. C. S. 11, p. 233, 1. 6 sq).
que l’infériorité ne concerne pas seulement le Fils de l’homme, mais le Verbe. Cette supériorité du Père est-elle en contradiction avec le texte que nous venons de mentionner ? En d’autres termes affirmet-elle davantage que la primauté que le Père tient de sa paternité 20 ?
Il est difficile de tirer une conclusion ferme de cet ensemble de textes, qui paraissent se contredire. La propension d’Origène à voir dans le Verbe une reproduction affaiblie de son modèle, à la manière des platoniciens, est indiscutable. Mais comment expliquer qu'il paraisse, à certains moments, rapprocher l’image du modèle, parfois même affirmer l’égalité ? M. Bardy trouvant trop indulgent un jugement de Tixeront qu’il cite #1, propose cette explication : « J’insisterais plutôt sur la distinction que j’ai rappelée entre Origène philosophe et Origène croyant #2, Le premier se laisse guider par la logique de son système, et, pour sauvegarder pleinement le monothéisme, il subordonne le Verbe à Dieu. Le second insiste sur les attributs divins du Sauveur, et se retrouve ainsi en communion avec les plus humbles de ses frères, en même temps qu’avec les autorités légitimes de son Église » 3, M. Cadiou pourrait aussi trouver là une illustration pour sa conception de l’évolution d’Origène : une évolution allant d’un regard plus intellectuel et logique à un regard plus spirituel et mystique, sous l’action d’une vie chrétienne intensément vécue; une évolution dont Origène n’a pas conscience, ce qui explique qu’il n’éprouve pas le besoin de renier ses opinions passées, et même que parfois il y
230. Dans la finale de la belle lettre à saint Grégoire le Thaumaturge (P. G. xI, col. 92 B) Origène conseille au plus cher de ses disciples de consacrer son temps à l’étude de l’Ecriture, et il conclut : « J’ose te dire tout cela, à cause de mon amour paternel pour toi. Que j’aie raison ou tort de l’oser, Dieu seul le sait, et aussi son Christ, et pareillement celui qui participe à l'Esprit de Dieu et à l'Esprit du Christ. Puisses-tu y participer toi aussi, et augmenter toujours ta participation, pour ne pas dire seulement : Nous sommes devenus des participants du Christ, mais des particicipants de Dieu (Hebr., 111, 14) ». La participation au Christ serait donc inférieure à la participation à Dieu. Nous pouvons citer aussi cette réaction scandalisée qu’un copiste a notée en marge du Codex Anglicanus du Contre Celse. Le texte est le suivant : Nous n’adorerons pas les astres, même s’ils prédisent l’avenir, mais « nous adorerons le Père qui est l’origine de leurs prophéties, et le ministre (Si&xovov) de ces prophéties, le Logos de Dieu ». Le rôle instrumental du Logos dans l’activité ad extra de Dieu est couramment exposé par Origène. Le copiste écrit : « Ne dis pas Gigxovov; car le Logos du Père est le maître de ses œuvres et non le serviteur : ce mot exprime un rôle d’esclave, non un rôle de maître » (CC v, 12, G. C. S., 11, p. 14 en note).
Remarquons cependant qu’Origène à la différence de Philon n’appelle jamais le Logos ombre de Dieu, le mot ombre exprimant plus nettement la dégradation que celui d'image. L'âme humaine du Christ est l’ombre du Verbe et les créatures sont dites l’ombre de Dieu : H. I. Sam. 1, 12, G. C. S., vinx, p. 20, 1. 28 sq.).
231. (« On n’appuiera pas sur eux (— les passages difficiles) un jugement trop sévère sur l’orthodoxie trinitaire d’Origène, si on remarque que plusieurs peuvent très bien s’expliquer, et sans beaucoup d'efforts, d’une façon acceptable; que l’incorrection des autres vient plutôt des termes employés qu’elle ne tient à la pensée de l’auteur; qu’il est juste enfin dans le doute de le faire bénéficier de ses déclarations fermes et précises formulées ailleurs » (La Théologie anténicéenne, 11° édition, p. 300 : cf. G. BarDy, art. Origène, D. T. C., x1, col. 1527).
232. Cette distinction est aussi un des leitmotive de MGR FREPPEL.