CG. BARDY, ar1. cite, D, INC XL Col
revienne, sans apercevoir leur caractère aberrant: une évolution qui se manifeste surtout par un déplacement de l'intérêt dominant, la vie intérieure prenant le pas sur la spéculation #4, Ainsi Origène, parti d’une conception trop platonicienne des rapports de l’image avec le modèle, aurait pris une conscience plus nette de l’égalité des personnes.
Toutes ces explications ont leur valeur. Mais il faut se garder de voir dans le subordinatianisme d’Origène, en tant qu’il implique une infériorité de puissance et de grandeur, et non une simple hiérarchie des personnes due à leurs relations d’origine, une affirmation posée par lui de façon dogmatique : ce n’est qu’une propension, qui vient de l’état encore rudimentaire de la théologie. Il manque à l’Alexandrin, ainsi qu'aux autres écrivains ecclésiastiques antérieurs à Nicée, les distinctions claires qui lui auraient permis de concilier les différentes affirmations de l'Évangile sur ce point. Il faut ajouter qu’Origène n’a rien d’un esprit systématique, et que ceux qui veulent trouver en lui un système, en sont réduits à ne pas tenir compte de toute une partie de son œuvre. Il a quelque chose de l’impulsif, qui suit son texte ou son idée du moment, sans en fignoler l’expression — toutes ses œuvres étaient dictées —, et sans se préoccuper de contrebalancer tel aspect, sur lequel il insiste présentement, par tel autre : il ne songe pas que cette expression, ainsi déséquilibrée, si elle n’est pas replacée dans l’ensemble de son œuvre, constituera une grave erreur pour des esprits étroits, ou pour des lecteurs qui n’ont pas le loisir de prendre un contact suffisamment profond avec l’ensemble. Origène n’a rien d’un rédacteur de Somme, malgré le Peri Archon *%: d’ailleurs la théologie n’est pas assez développée, la tradition pas assez précisée, l’Église n’a pas encore subi les violents assauts hérétiques des siècles suivants, qui obligeront la pensée chrétienne à progresser. L’origénisme authentique est sur beaucoup de points une doctrine qui cherche encore son expression et demeure pour cela imparfaite : elle offre prise à bien des incompréhensions. Ce caractère de doctrine #n fieri, de recherche vivante, fait peut-être, avec toute la bonne foi qui la guide, et malgré ses échecs, l’intérêt capital que présente l’étude d’Origène.
234. R. Caprou, Le développement d’une théologie : pression et aspiration ; et Introduction au système d'Origène. M. Cadiou va un peu vite lorsqu'il écrit (La Jeunesse.…, p. 224) : « La théologie d’Origène devait répudier peu à peu toutes les inégalités qu’elle avait d’abord maintenues dans la Trinité ». Nous n’avons pas de preuve que cette répudiation ait jamais été complète. La suite est plus juste. « Elle cherchait à fonder la génération du Verbe sur une relation intérieure à l'intelligence et engageait ainsi l’étude de ce dogme dans une voie qui devait rester la principale. » Cette relation c’est surtout la génération tanquam voluntas a mente.
235. B. STEIDLE (art. cit.) essaie de montrer que le Peri Archon n’est pas une œuvre systématique, ni une Somme théologique, mais un écrit polémique contre Marcion, opposant aux épxai de Marcion les doxai orthodoxes.
8 5. — L’'Image intermédiaire
Le Fils peut être dit de plusieurs façons image intermédiaire. Il est le médiateur de la création, et il donne ainsi à l’homme participation à l’image de Dieu. Mais il est aussi le miroir dans lequel on connaît Dieu et le chemin qui conduit de l’image à la ressemblance, c’est-à-dire à la divinisation la plus parfaite qu’un homme puisse obtenir. Nous ne nous occupons ici que du rôle du Fils dans le don fait par Dieu du selon-l’image à chaque homme.
Nous avons dit que la deuxième hypostase du Moyen Platonisme avait une double tâche dans la production du monde : elle réunissait en elle le rôle du Démiurge et celui du Modèle dans le Timée, elle était à la fois cause efficiente et cause exemplaire, cause exemplaire en tant que lieu des Idées, que monde intelligible ?%. L’Ancien T'estament associe de même à la création la Sagesse #7 et la Parole #8 de Dieu, deux des appellations du Fils d’après Origène. Les témoignages ne manquent pas dans le Nouveau Testament sur sa collaboration à l’œuvre créatrice : le monde a été fait par lui ** — par traduisant dé ce qui semble désigner une cause instrumentale — et ex lui 4, Le rôle du Fils par rapport à la création sera donc double : en tant que Sagesse, il est le modèle, il contient en lui les Idées qui sont les exemplaires des êtres; en tant que Verbe il est l’instrument intelligent par lequel le Père agit sur le monde, le crée et le gouverne. Ces deux fonctions de cause exemplaire et de cause instrumentale intéressent notre sujet : en tant que cause exemplaire il transmet aux logika l’image de Dieu qu’il est; en tant que cause instrumentale, réalisant dans sa perfection la volonté du Père, il est aussi image. Mais nous en avons assez dit sur ce second sujet 241,
Il y a donc dans le Fils les Idées exemplaires selon lesquelles les êtres ont été faits. Origène n’accepte pas, — et il n’est pas le seul puisque cette opinion, consécutive à la critique d’Aristote, est commune à tout le platonisme postérieur — que les Idées aient une existence indépendante à la manière de Platon : « Il nous est tout à fait :