Au sens stoïcien
251. In Jo., xix, 22 (5) (H. C. S. 1v, p. 323, 1. 31 sq). Ces deux derniers textes sont invoqués par Mgr KYRILLOS (op. cit. 1, pp. 153 sq) pour expliquer un passage du Peri Archon, 1, 2, 10 (G.C.S. v, p. 41, 1. 8 sq) qu’on n'avait guère compris jusque-là et dont on avait tiré une grave accusation contre Origène, celle d’avoir enseigné la création ab aeterno des réalités concrètes (non du monde visible, mais de celui des intelligences). Le texte en question existe non seulement dans le latin de Rufin, mais en grec : c’est un passage cité par Méthode et conservé par Photius (G. C. S. v, p. 41 en note) : « S'il n’y a pas d’ouvrier (Snurovpyéc, démiurge) sans œuvres, ni de poète (ou créateur, routhc) sans poèmes (ou créatures, romuértwv), ni de souverain sans sujets, et qu’il faille nommer l’ouvrier à cause de ses œuvres, le poète à cause de ses poèmes et le souverain à cause de ses sujets, il est nécessaire que, dès le début, tout ait été fait par Dieu, et qu’il n’y ait pas eu de temps où ces choses n'étaient pas. S'il y eut un temps où les créatures (momuarx) n’existaient pas, puisque, lorsqu'il n’y a pas de créature on ne peut parler de créateur (romrhc), on peut imaginer les conséquences impies d’une telle affirmation. Alors on attribuera des changements et des altérations au Dieu immuable et inaltérable. En effet, s’il a créé plus tard l’univers, il est passé manifestement de l’inaction à l’action. C’est une absurdité selon ce que nous avons déjà dit. Il n’est donc pas possible de dire que l’univers a eu un commencement, et ne soit pas coéternel à Dieu ». Le monde dont Origène affirme l’éternité, ne serait pas, d’après Mgr Kyrillos, le monde sensible, ni même celui des intelligences, mais le monde intelligible, celui des Idées, qui se trouve dans le Fils, et participe aussi à sa génération éternelle. Les arguments invoqués par le patriarche d'Alexandrie paraissent assez convaincants. Il y a d’abord le contexte d’où ce passage est tiré : c’est un chapitre consacré au Verbe, et il s’agit d'expliquer comment le Verbe est l’'émanation de Dieu : on ne voit pas pourquoi ce passage contiendrait une allusion au monde, si le monde n’était pas mis en rapport étroit avec le Fils. D’ailleurs le texte de Rufin lui-même suggère cette interprétation : l’appellation de Sagesse, liée habituellement au monde intelligible; la citation du Ps. 103 « Tu as tout fait dans ta Sagesse », qu’Origène interprète d'ordinaire dans ce sens. Mgr Kyrillos invoque les deux textes que nous avons cités, plusieurs autres affirmant l'éternité des genres et des espèces, et ce passage d’une lettre de Paul Orose à saint Augustin sur les Origénistes (éd. Vivès, 1870, t. XX VI, p. 553) : « Ils disent que toutes choses, avant d’apparaître faites, sont toujours demeurées faites dans la Sagesse de Dieu. Ce qu'ils formulent en ces termes : tout ce que Dieu a fait, il n’a pas commencé à le faire ».
Si cette interprétation n'apparaît cependant pas très clairement dans le texte rufinien de PA 1, 2, 10, elle est fort nette dans celui de PA 1, 4, 3-5 (G. C.S. v, p. 65 sq). Il n’y a aucune raison valable de suspectér à propos de ces textes la fidélité de Rufin à la pensée origénienne, car ils concordent avec la représentation d’origine platonicienne, que notre auteur se fait du monde. D’autre part dans CC 1v, 79 (G. C. S. x, p. 349, L. 9 sq), réfutant Celse qui soutient que le monde est incréé, Origène emploie un argument qui tomberait aussi sur un monde créé de toute éternité : il n’y aurait alors pas de temps ni de devenir.
comme principe (&pxñv) de la maison et du navire les plans et les proportions (\éyo) qui sont dans l'esprit du constructeur : de même l’univers a été fait d’après les logoi des êtres à faire, tels que Dieu les avait prévus dans sa Sagesse. Dieu a tout fait dans sa sagesse, Et il faut dire qu'après avoir produit, pour ainsi dire, une Sagesse douée de personnalité, il lui demanda de donner aux êtres et à la matière, à partir des modèles (rirwv) qui sont en elle, le modelage (rAdoi) et les formes (eï3n), j’ajouterai aussi l'existence (ou l'essence odoixc) » 22,
C’est ainsi que les êtres du monde sensible sont les images des réalités célestes 255, Mais à l’homme le Logos n’a pas seulement donné la ressemblance d’une des Idées qu’il portait en lui, il l’a formé sur le modèle de cette image de Dieu qui le constituait lui-même le plus profondément. Dans cette création de l’homme selon l’image, le Verbe joue toujours son double rôle de cause instrumentale et de cause exemplaire. « C’est l’image dont le Père disait au Fils : Faisons l’homme selon notre image et notre ressemblance. Le Fils de Dieu est le peintre de cette image 254, » Dans ce texte Origène interprète donc le faisons de Genèse 1, 26 d’une conversation entre le Père et le Fils 255 — saint [rénée y ajoutait le Saint-Esprit —; et il attribue au Père le décret, au Fils l’exécution, ce qui est conforme à l’unité de volonté et d’action entre les deux personnes. De même que le Père est le modèle du Fils, le Fils est notre modèle : de nombreux textes l’affirment. « Dieu donc a fait l’homme, il l’a fait à l’image de Dieu #56, I] nous faut voir quelle est cette image de Dieu, et rechercher à la ressemblance de quelle image l’homme à été fait, Car l’Écriture ne dit pas : Dieu a fait l’homme à son image ou à sa ressemblance, mais : A l’image de Dieu il l’a fait. Quelle est donc cette image de Dieu, à la ressemblance de laquelle l’homme a été fait, si ce n’est notre Sauveur 257, » Le xur’ eixéva de Gen., 1, 26-27 est nettement interprété du Fils : l’image de Dieu dont il s’agit est le Logos, image du Père, modèle des hommes. On voit par
252. In Ÿo., 1, 19 (22) (G. C. S. 1v, p. 24, L. 2 sq) : texte un peu corrompu.
253. In Cant. ui, G. C. S., vin, p. 208, L. 5 sq., P. G., xuui, col. 173 AB.
254. HGen., xint, 4 (G. C2 S., vi, p, 110, L. 23 sq.). Cf. CC v, 37 (G. C. S,, xx, p- 41, 1. 23). s s
255. La même chose se trouve dans l’In Matthaeum à propos de la résurrection de Lazare. Ressusciter un mort ne pouvait être fait par « personne, ni ce n’est par celui qui avait entendu le Père dire : Faisons l’homme selon notre image et notre ressemblance » (xur, 2, G. C. S., x, p. 72, 1. 11 sq.). De même dans CC 11, 9 (G. C. ST, p. 136, 1. 5 sq.) : « Le Logos ayant reçu cet ordre, fit ce que le Père lui avait commandé ». Le scholie xxxvirt sur l’Apocalypse (p. 43, 1. 3) parle des « mains de Dieu » qui sont le Fils et l'Esprit : mais selon Harnack ce texte est en réalité d’Irénée, non d’Origène à qui il est faussement attribué. D’après In fo. x, 50 (49) (G. C. S., IV, p. 278, 1. 6) le « faisons » de Gen. 1, 26 s'adresse aux anges, aux anges des nations, qui façonnent ceux qui sont leur « part ».