‹ Théologie de l'image de Dieu chez OrigèneChapitre 116 sur 276 · Joan., x · texte numérisé non relu

Joan., x

49. Cette préexistence de l’âme de Jésus, liée au Verbe dès avant l’Incarnation, c’est en quelque sorte l’existence du Verbe fait homme, celle de l'humanité du Christ, antérieurement à sa venue en ce monde. Elle serait à rapprocher — mais avec ce qu’y ajoute la doctrine de la préexistence — de l’opinion d’Irénée, disant que le corps de l’homme a été formé sur le modèle du corps du Verbe incarné, présent idéalement de toute éternité dans les desseins divins. Voici un texte grec de l’In ÿo., XX, 19 (17) (G. C. S. 1v, p. 351, L. 25 sq.) qui parle de ce sujet : « Peut-être que l’âme de Jésus dans sa perfection était en Dieu et dans la plénitude (ou le Plérôme, rAnpœuart); elle sortit de là, envoyée par le Père, et prit son corps dans le sein de Marie ». Remarquons que la préexistence est présentée comme une hypothèse (r&xax). D’autre part Origène emploie, pour désigner le lieu où l’âme de Jésus se trouve auprès de Dieu, le terme gnostique de Plérôme, qui désignait le ciel des Eons. Mgr KYRILLOS (op. cit, 11, PP. 115-116) interprète ce Plérôme du Verbe, considéré comme monde métaphysique, les Idées qui sont en lui remplaçant les Eons gnostiques : on pourrait lui objecter que l’âme de Jésus est dite sortir du Plérôme pour aller s’incarner, alors que l’union hypostatique de cette âme et du Verbe n’a pas été interrompue par l’Incarnation, d’après les textes d'Origène que nous avons cités.

SOL LCOr, NE 17.

51. PA 11, 6, 3 (G. C. S. v, p. 141, 1. 27 sq., p. 142, 1. 4 sq). On trouve la même pensée dans Fragm. in Ps. 131, 7 (Pitra, 1, p. 330) : « Là j'appelle Christ l’âme logikè, qui est venue avec le Logos-Dieu à la vie humaine; car la chair seule ne pouvait recevoir Dieu, parce que notre Dieu est sagesse. Dans un cœur pur, dit Salomon, se reposera la Sagesse. Rien de ce qui est composé des quatre éléments ne peut recevoir la connais- Mae Fe notre Dieu peut connaître ». Voir aussi HLev. 11, 5 (G. C. S. vi, p. 3009, . 10 sq.).

52. PA 11, 6, 6 (G. C. S. v, p. 145, 1. 18 sq.). Les mêmes idées se retrouvent, mais bien moins développées, dans les œuvres conservées en grec. In Mt., xv, 24 (G. C. S. X, p. 420, L. 9) : « tu verras (à la fin du monde le Logos-Dieu) assis sur son trône de gloire, et le Fils de l'Homme qui n’est pas différent (ox Etepov) de lui, et est appelé homme en Jésus : il est un avec le Logos, d’une façon bien supérieure à tous ceux que leur attachement au Seigneur a faits un seul esprit avec lui ». CC v, 39 (G. C. S. 11, p. 43, L. 26 sq.) : « Nous disons que le Logos s’est joint (oixet&o0a) et s’est uni à l’âme de Jésus, bien plus qu’à toute autre âme, car seul Jésus pouvait contenir parfaitement la participation suprême du Logos-en-soi, de la Sagesse-en-soi, de la Justice-

interprètent d’une pure union morale cette fusion de l’âme dans le Verbe, et corrélativement ils expliquent de la même façon la présence du Verbe à l’âme du croyant. A l'opposé de cette interprétation nestorienne, on trouve une exégèse monophysite qui prétend que, comme le fer devient feu, l'humanité du Christ se divinise et se perd dans la divinité 3. La force des expressions qu’Origène emploie pour exprimer comment l’âme du Christ, ainsi que celle du fidèle, adhère au Logos, suppose beaucoup plus qu’une union morale, mais une véritable transformation physique. Nous n’insistons pas sur ce sujet, car il a été suffisamment traité par M. Vülker 54 et par le P. Lieske 55, La question est analogue à celle que pose l’union des volontés entre le Père et le Fils 5.

L'âme du Christ s’est donc en quelque sorte assimilée au Verbe, par l’intensité de son amour, d’une façon qui la rend absolument impeccable. Elle n’est plus, comme les autres âmes, soumise aux sollicitations continuelles de la chair, car elle a opté pour le Verbe si parfaitement, qu’il n’y a pas de changement possible en elle. D’ailleurs la chair de Jésus, bien qu’elle soit tout à fait réelle et humaine, n’est pas notre chair de péché : elle est seulement « semblable à la chair de péché » 57. Elle aussi est divinisée par son union au Verbe, et l’homme Jésus ne peut connaître la concupiscence et les luttes qu’elle déchaîne. Telle est la forma servi que le Verbe a revêtue #8, et elle se situe, en tant qu’'Image intermédiaire, dans la relation image-modèle : par sa fusion et sa transformation dans le Logos, l’âme du Christ devient l’Image du Logos, l’Image de Dieu au second degré; et son union avec le Verbe sert de modèle à toutes les âmes croyantes 59.

en-soi ». CC vi, 47 (G. C. S. 11, p. 119, L. 11 sq.) : « Si celui qui adhère au Seigneur est un seul esprit avec lui, qui peut, plus que l’âme de Jésus, ou du moins autant qu’elle, adhérer au Seigneur, Logos-en-soi, Sagesse-en-soi, Vérité-en-soi, Justice-ensoi? S'il en est ainsi, ils ne forment pas deux, l’âme de Jésus et le Logos-Dieu, Premier-Né de toute créature ».

53. La première interprétation est surtout celle de protestants libéraux. La seconde est de REDEPENNING (op. cit., p. 386). Voir VôÜLKER, op. cit., pp. 110-113.

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