‹ Théologie de l'image de Dieu chez OrigèneChapitre 147 sur 276 · Fragm. in Luc, 11 (G. CS. 1x, p. 237, 1. 21 sq · texte numérisé non relu

Fragm. in Luc, 11 (G. CS. 1x, p. 237, 1. 21 sq

88. Dans PA 11, 8, 1 (G. C. S. v, p. 152, L. 20) l’âme du vivant est appelée « substantia qavraorixh et épunrixn ». CC 1v, 85 (G. C. S. 1, p. 356, 1. 6 sq.) oppose le Aoyixdy hyeuovuxdv nat Aoyiou® xivobuevov de l’homme à l’äAoyov yeuovimdv xal dro

épuñc xal pavraalus &Adywé xwobuevov de l’animal.

spirituels, qui nous font percevoir les réalités surnaturelles #. En lui réside le Logos divin, et c’est la signification mystique de cette parole du Baptiste : « Au milieu de vous se tient quelqu'un que vous ignorez »%, I] y est présent par notre participation à lui. Au plus haut de notre âme, à sa « fine pointe », comme disent les mystiques, se trouve donc le selon-l’image, et il est l’essentiel de l’être humain °!.

$ 3. — Le contenu du selon-l’image

Il nous faut maintenant savoir en quoi consiste le selon-l’image, cette similitude originelle que l’homme reçoit de Dieu à sa création. Il est exprimé, non seulement par xar’ eixôva ou eixdv eixôvoc, mais aussi par l’idée platonicienne de parenté, et le plus souvent par celle, non moins platonicienne, de participation. Nous allons voir d’abord comment Origène définit ce dernier concept.

Il s'explique là-dessus dans le Peri Archon au sujet de la participation des saints au Saint Esprit. « Du fait que de nombreux saints participent au Saint Esprit, il ne faut pas comprendre le Saint Esprit comme un corps, divisible en parties corporelles, que recevrait chacun des saints; mais il est vraiment une vertu sanctifiante, et tous ceux qui ont mérité d’être sanctifiés par sa grâce sont dits avoir participation à lui. Et pour nous faire mieux comprendre, prenons un exemple, quoiqu'il s’agisse de choses bien différentes. Beaucoup participent à la science et à l’art de la médecine: faut-il penser alors qu’il y a une sorte de corps, appelé médecine, et que tous les médecins, placés autour, en enlèvent des parcelles pour pouvoir y participer? Ne faut-il pas penser plutôt que tous ceux qui reçoivent l’intelligence de cet art ou de cette science dans un esprit préparé, participent vraiment à la médecine ». Nous voyons de nouveau dans ce texte une pointe contre ceux qui se représentent de façon corporelle les Personnes divines. Les esprits et les réalités spirituelles ne sont pas à comprendre comme les corps. Ceux-ci ne peuvent en effet avoir plusieurs possesseurs, sans que les droits de l’un ne limitent la pro-

89. Ils reviennent souvent dans l’œuvre d’Origène. Voir par exemple Entr. Her., 16 sq. (pp. 156 sq.) et l’article du P. K. RAHNER à ce sujet (cf. bibliographie)

90. In Ÿo., 11, 35 (29), vi, 30 (15), vi, 38 (22), Fragm. In Ÿo., xvin1 (G. C. S. 1v, p. 94, L. 13, sq.; p. 140, 1. 11 sq.; p. 146, 1. 21 sq.; p. 497, l. 15 sq.), PA 1v, 4, 3 Go) (GAICAS SV D Ms e28 dj):

91. Voir Hugo RAHNER (Das Menschenbild des Origenes), BUERKE, art. cit., pp. 9-10, 19-20, LIESKE, op. cit., passim. Plotin distingue de même une partie supérieure de l’âme : Enn., 111, 4, 2 (p. 65, 1. 6 sq.). Voir à ce sujet GanNDiLLac, La Sagesse de Plotin, p. 36. De même Enn., 11, 3, 15 (p. 41, 1. 16) : il y est question de ceux qui, levant la tête vers le ciel « sauvent le meilleur de leur âme et la partie primitive de son être ». Cette expression concorde avec la conception origénienne, puisque le vois actuel est ce qui reste à l’âme du voÿc préexistant. Ce voÿs xax@ap6c de Plotin est la pointe extrême de l’esprit qui est capable de saisir l’Un : il se distingue du voÿe ordinaire qui pense et il demeure en nous impassible. Voir ARNOU, Le désir de Dieu..., pp. 218 sq. On trouve une conception semblable chez Maxime de Tyr.

priété de l’autre: ou bien ils n’en auront chacun qu’une partie, ou bien chacun devra tenir compte des autres dans l’usage qu’il en fera. Si je donne une chose qui m’appartient, je m’en prive. Au contraire un savoir ne se partage pas. Le maître le communique à ses élèves, sans que le don qu’il en fait diminue la possession qu’il en a. La participation des saints à l'Esprit Saint doit être plutôt comprise d’après ce dernier schème que d’après le premier: toutes proportions gardées, car, dit le même texte, « Le Saint Esprit est une subsistance intellectuelle, il existe par lui-même: il n’en est rien de tel pour la médecine » 2,

Mais il ne faudrait pas que cette comparaison entre la participation à Dieu et la possession d’une science nous fasse perdre de vue le caractère fortement physique, existentiel, de cette participation. Un autre texte du Peri Archon suivant Rufin, un texte que nous avons déjà mentionné #, nous le rappelle au nom du principe de la connaissance du semblable par le semblable. Les participants à une même réalité ont une nature et une substance analogues. De même que tous les yeux sont de même nature, car ils participent tous à la lumière, de même les esprits humains ont la même nature que les esprits angéliques, car ils participent à la même lumière intellectuelle, à la même sagesse, à la même sainteté. Certes ce texte n’affirme pas directement une communauté de nature entre le participant et le participé, il ne concerne que celle qui joint ensemble les participants. Mais leur connaturalité n’a de sens que si elle existe aussi avec le participé, car c’est ce dernier qui fait leur unité. Rufin affirme cela équivalemment, car il voit dans le fait que les créatures angéliques et humaines participent à la Trinité incorruptible et éternelle, la raison de leur incorruptibilité et de leur éternité %, Et la traduction de Jérôme le dit explicitement: puisque les Trois Personnes, les anges et les hommes (« l’homme intérieur créé à l’image et à la ressemblance de Dieu ») perçoivent les mêmes intelligibles, Origène conclurait que Dieu et les créatures raisonnables seraient, d’une façon (guodammodo), consubstantiels. Il nous faudra dans la suite de ce chapitre essayer de préciser ce quodammodo pour voir si la position de notre alexandrin mérite vraiment l’indignation du solitaire de Bethléem *%.

Cette caractéristique de communication physique et existentielle, et sa liaison avec l’image, situent nettement la participation origénienne à la suite du platonisme. Il ne s’agit pas, comme chez Aristote,

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