‹ Théologie de l'image de Dieu chez OrigèneChapitre 19 sur 276 · Le mysticisme astral.…, pp · texte numérisé non relu

Le mysticisme astral.…, pp

dans les premiers siècles de l’êre chrétienne, Sénèque, Épictète et Marc-Aurèle. Au contraire le platonicien est pessimiste: la venue de l’âme en ce monde constitue une chute dans une matière qui est absence de Dieu : il faut s’en évader pour revenir à Dieu #.

Dans la période du Moyen Platonisme se forment clairement la triade platonicienne et la notion d’image intermédiaire. Les trois hypostases d’Albinus sont le 6repoupéwos Océc, le Bien suprême, le érovpévioc 0e6c, l’Intelligence, où sont les Idées qui servent de modèles au monde, la quxh ou Ame du Monde #, Les trois hypostases de Numénius n’en sont pas différentes : ce sont trois dieux ou trois vées appelés respectivement le Père, le Créateur, la Création ou le Monde, ou encore le Grand-Père, le Fils, le Petit-Fils %, Le premier Dieu est absolument transcendant et il n’a pour Numénius aucun rôle créateur, il est sans contact avec la matière %5, Dans le second Dieu se réunissent le Démiurge du Timée, le Modèle du Timée, ensemble des Idées, et le Logos stoïcien. Les Idées, qui chez Platon étaient les réalités premières, puisque le Dieu suprême était l’Idée du Bien, deviennent secondaires dans le Moyen Platonisme: leur lieu n’est plus le premier Dieu, comme dans le Timée, mais le second %, Le troisième dieu, Monde ou Ame du Monde, peut être considéré comme l’action du second sur la matière incréée. Entre chacune de ces entités il y a des relations de modèle à image. Ainsi d’après un texte du traité

32. FESTUGIÈRE, La Révélation... 111, Les doctrines de l'âme, pp. 61-62.

33. ARNOU, Platonisme.. col. 2272-2273; cf. WITT, op. cit., p. 128 sq.

34. H. CH. PuecH, Numénius…, p. 756; ARNOU, Platonisme.. col. 2273, 2325.

35. Le livre que PORPHYRE (dans la Wie de Plotin, p. 4) attribue à Origène (Origène le païen ?) « Que le roi seul est créateur (ou poète, motnthc) » ne serait pas, d’après M. H. CH. PuECH, un acte de basse flatterie envers les prétentions poétiques de l’empereur Gallien, comme l’ont cru Redepenning et quelques autres, mais seulement une polémique contre Numénius : l’auteur devait montrer que le Père (appelé aussi par Numénius comme par Plotin le Roi) était le Créateur. Voir aussi R. Caprou, La Jeunesse. p. 253 sq. Si ce traité est vraiment, suivant la thèse de M. Cadiou, un Stromate de notre Adamantius, il ne serait pas seulement dirigé contre Numénius, mais aussi contre les hérésies gnostiques, qui distinguaient le Dieu Créateur de l’Ancien Testament de celui du Nouveau, père de Jésus-Christ. Ce que disent des Stromates d’Origène Eusèbe et saint Jérôme ne rend pas cette opinion invraisemblable, si, comme le croit M. Cadiou, le traité n’a pas été composé au temps de Gallien, qui figurerait là par suite d’une erreur de Porphyre ou d’un copiste. Eusèbe dit qu’Origène composa dix Stromates sous le règne d'Alexandre Sévère (Hist. Eccl., VI, 24 : P. G. xx, col. 580 A) et Jérôme qu’il comparait dans ces écrits les opinions des philosophes et celles des chrétiens, en confirmant nos dogmes par des citations de Platon, d’Aristote, de Numénius et de Cornutus (Lettre à Magnus, orateur romain, P. L. xxn1, col. 667).

36. ARNOU, Platonisme…., col. 2339-2340. Posidonius a rétabli dans le Stoïcisme les Idées platoniciennes, en les identifiant aux logoi spermatiques et aux nombres pythagoriciens dans son Commentaire du Timée : cf. SCHMEKEL, op. cit., pp. 430 sq. Du caractère secondaire que l’Idée prend dans le Moyen Platonisme résulte une liaison entre l’Idée et l’image, alors qu’autrefois elle était seulement un modèle. Ainsi chez Philon les « très saintes Idées » sont des « images incorporelles »; chez Plutarque des « images éternelles et incorporelles »; chez Lucien des « images invisibles ». L’Idée est en effet, comme la seconde hypostase qui la contient, une image du Dieu suprême. WiLLMS (op. cit., pp. 25-27) semble voir en conséquence un glissement dans le mot elxov du sens d’image à celui de modèle, de Abbild ou Ebenbild, à Vorbild ou Urbild. Nous trouverons chez saint Paul ce sens de modèle.

de Numénius sur le Bien, cité par Eusèbe dans sa Préparation Évangélique : le second dieu est ävéioyos au premier, son wuunrhs, comme le devenir, dont il est le principe, est l’eixov et le piumux de l’oùcix dont le Père est le principe. « Le premier Dieu est le Bien-en-soi (adro&yaPov); son imitateur est le Démiuïge qui est bon; autre est l'oùoix du premier, autre celle du second; l’image de cette dernière est le Monde qui est beau, embelli par sa participation au Beau » #7, La relation de modèle à image est ainsi établie entre la première et la deuxième hypostases, et entre cette dernière et la troisième. Dans son traité allégorique De Iside et Osiride, Plutarque pose la même relation entre le Monde Intelligible, un des aspects du second dieu de Numénius, représenté par Horos l’aîné, et le Monde sensible, figuré par le cadet : Isis engendre ce dernier, « comme une image du monde intelligible, quoiqu'il soit sensible » #8,

La constitution nette de la triade et des images intermédiaires est, pour ce qui nous concerne, l’apport principal du Moyen Platonisme. On trouve chez Albinus et chez Numénius les doctrines classiques de la parenté et de l’origine divine de l’âme humaine. Pour le dernier toute âme sort du Premier Dieu et c’est au second qu’il appartient de les distribuer, de les « planter » dans des corps. Jamblique rapporte que Numénius en arrivait presque à l’idée d’une union et d’une identité sans distinction entre l’âme revenue au ciel et Dieu %. En tout cas, conformément à la doctrine platonicienne de la parenté, la spiritualisation de l’image de Dieu en l’homme, qui est clairement opérée chez Plotin et chez Origène, l’est déjà dans bien des textes philoniens : l’âme seule, à l'exclusion du corps, ou du moins avant le corps, est l’image de Dieu. Le thème de l’image intermédiaire a aussi spiritualisé le concept d’eixv : une réalité spirituelle, le second dieu, est l’image d’une autre réalité spirituelle, le premier Dieu.

L'image tient aussi une grande place dans les écrits hermétiques. On trouve dans le Poimandrès le thème de l’image intermédiaire à propos des trois fils du Premier Dieu : le Logos, image de son Père, qui contient les puissances, modèles du monde sensible 4; ensuite le Démiurge, créateur des Gouverneurs des sept sphères planétaires, maîtres du Destin; enfin l'Homme archétype, image du Père et aimé par lui passionnément, parce que Dieu chérit en son fils sa propre forme #1, Mais ce dernier, devenu amoureux de son image, qui se reflète sur la Nature, veut la saisir et se laisse ainsi enchaîner par la

Page 1