In Mt., xux, 10 (G. C. S. x, p. 207, 1. 26 sq
125. La mer s’identifie dans l’Ancien Testament avec l’Abîme où se trouve les grands monstres, avec le Schéol, le royaume de la mort. Voir ainsi : Ÿob., XXVI, 5, XXXVIIT, 16-18; Ps., 17, 5-6; 41, 8; 68, 2-4, 15-16; 143, 7; et l’épisode de Jonas dans la baleine avec la prière de Jonas (11, 3-11). C’est probablement ce même symbolisme que signifie la disparition de la mer dans le monde futur selon l’Apocalypse : « Je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle; car le premier ciel et la première terre s’en sont allés, et la mer n’est plus » (xx1, 1). Cette suppression de la mer dans le monde nouveau est vraisemblablement en liaison avec xx, 14 : « La mort et l’'Hadès furent jetés dans l’étang de feu », qui semble désigner l’enfer au sens chrétien. Pour Origène la mer est le lieu des puissances diaboliques : Satan est identifié à « la grande baleine » (In Ÿo., 1, 17, voir p. 151, note 33), au dragon qui trône sur les fleuves d'Egypte (Ezech., xxix, 3-7). Nous en verrons une autre application plus bas : pp. 202 sq. La mer représente la vie mondaine : Sel in Ps., 1V, 3, texte cité, p. 187. Voir aussi In Mt., xt, 17 (G. C. S. x, p. 225, 1. 6 sq.), Hfér., XVI, 1 (voir p. 234), In Ÿo., vi, 48 (29) (G. C. S. 1v, p. 157) au sujet du dragon d'Egypte; et enfin In Jo., x, 32 (18) (G. C. 5. 1v, p. 206, 1. 8 sq.) où le Christ est dit « prince des eaux, pour qu'il écrase les têtes des dragons aquatiques et que nous puissions marcher sur les flots de la mer ».….
126. HEz., xut, 2 (G. C. S. vint, p. 445, 1. 13 sq., 26 sq.).
ces poissons dont on a parlé dans la lecture d’aujourd’hui, à ceux qui adhèrent aux écailles du dragon trônant sur les fleuves d'Égypte. Il est en effet écrit du dragon invisible, qu’il est le roi de tous ceux qui sont dans les eaux ». ù
En voyant dans la puissance impériale le symbole du démon, Origène prenait le contrepied de toute une tradition, aussi bien hellénique et orientale qu’hébraïque. Nous avons dit 7 comment à Babylone, en Perse, dans l'Égypte des Ptolémées, dans la Rome impériale, le Basileus était considéré comme l’image de Dieu par excellence, la présence visible de Dieu : d’où les honneurs divins qu’on lui rendait, ce culte impérial que refusait l’Église, et à cause duquel elle souffrait les plus terribles persécutions, depuis déjà cent trente ans lorsque Origène vint au monde. Dans l’Ancien Testament le roi davidique est nommé fils de Dieu, et il est même quelquefois, ainsi que les juges du Ps. 81, appelé dieu F8. Origène ne l’ignorait pas, s’il faut en croire un fragment sur le Ps. 20, 7 l, et si ce fragment est vraiment de lui.
Il faut voir dans cette identification un témoignage impressionnant des souffrances de l’Église, mise depuis tant d'années au ban de la société romaine, à cause de sa fidélité au Dieu unique, et de son refus de l’idolâtrie impériale. Origène n’est pas le premier à l’avoir faite. Si on sent chez saint Paul la fierté que lui donne son titre de citoyen romain, le loyalisme envers un gouvernement qui fait encore bénéficier l’Église de la paix et de la justice générale, la situation a bien changé, lorsque saint Jean, au plus fort de la persécution de Domitien, écrit l’Apocalypse. Le pouvoir impérial est devenu la Bête, que suscite le Dragon, et qui veut se faire adorer comme dieu : le Faux Prophète met sur la main droite et sur le front de chacun la marque (xépxyux) de la Bête « afin que personne ne puisse acheter ni vendre, s’il n’a comme marque le nom de la Bête et le chiffre de son nom », allusion possible à la monnaie et au sceau impérial 1%, Nous trouvons donc déjà ce thème dans l’Apocalypse : mais Origène ne s’y réfère jamais sur ce point, et il est peu vraisemblable qu’il en comprenne la signification historique.
Les douze règnes sous lesquels se déroule la vie d'Origène, depuis sa naissance au temps de Commode, jusqu’à sa mort, probablement sous Gallus et Volusien, ont été pour les chrétiens une succession continuelle de chaud, de froid et de tiède. Sous le gouvernement du pieux Alexandre Sévère, et sous celui de Philippe l’Arabe, qui était peut-être chrétien, l'Église a à peu près connu la paix : Origène a été en rapports directs avec la mère du premier, en correspondance avec