‹ Théologie de l'image de Dieu chez OrigèneChapitre 2 sur 276 · Ep. Grég. Thaum. 2 (P. G. xi1, col. 88 B · texte numérisé non relu

Ep. Grég. Thaum. 2 (P. G. xi1, col. 88 B

4. « Il faut se garder de prendre pour contamination doctrinale et corruption de l'Evangile toute intégration d’un élément de réflexion naturelle à la donnée révélée. Pareille intransigeance serait peu conforme à la doctrine catholique des rapports de la raison et de la foi. Elle équivaudrait à nier dans l’ordre de la pensée toute union de la nature et du surnaturel. Contraire à la tradition la plus constante, elle supposerait une grave inintelligence du christianisme lui-même, qui serait pris ainsi, bon gré mal gré, pour une doctrine parmi d’autres, luttant contre les autres en quelque sorte sur le même plan, comme si elle était faite pour ainsi dire du même grain humain : alors que la Révélation nous apporte une vérité concrète incommensurable à toutes les pensées élaborées par l’homme et une Force divine capable de tout convertir. Dès lors n'est-il pas à craindre que l'idéal qu’on semble se forger d’un christianisme pur ne soit encore qu’un système humain, avec toutes ses partialités ? » H. DE LUBAC, Histoire et Esprit, pp. 155-156 (voir la bibliographie). On peut trouver dans le même livre p. 158, note 110, une citation de H. Urs von Balthasar sur le même sujet.

5. Nous publierons ultérieurement une enquête sur l'attitude d’Origène envers la philosophie.

commun, Ammonius Saccas ; et surtout elle ferait ressortir la nouveauté du christianisme par rapport à la pensée grecque.

Le thème de l’image de Dieu dont nous parlons ici se trouve chez presque tous les écrivains de l'antiquité chrétienne et y tient une place parfois considérable. Il a déjà été étudié chez Irénée, Clément, Athanase, Grégotre de Nysse, mais non chez Origène : notre travail se situe donc dans une ligne déjà explorée et y ajoutera des éléments importants pour préparer une étude d'ensemble. La place de ce thème dans la doctrine d’Origène est aussi centrale que chez ses devanciers et successeurs, et il touche à tous les aspects de sa personnalité, exégèse, spiritualité, théologie. Il'est en effet l’exégèse de plusieurs textes scripturaires, surtout de Col., 1, 15 en ce qui concerne le Christ Image, et de Gen., 1, 26-27 pour la création de l’homme selon l’image. L'histoire de la participation de l’homme à l’image de Dieu, participation qui se développe jusqu’à atteindre la ressemblance dans l’union intime au Christ, est liée à toute la doctrine spirituelle de l’Alexandrin. Dans la doctrine du Christ Image entre toute la christologie d’Origène et sa théologie de la Trinité et le selon-l’image qui est en l’homme correspond à ce que nous appelons la grâce sanctifiante. Enfin les philosophies platonicienne et stoïcienne ont joué un rôle qui n’est pas négligeable dans l'élaboration du thème.

Il nous paraît indispensable de donner au début de ce travail quelques indications sur la méthode que nous avons suivie. Car Origène n’est pas un auteur aisé et il est parfois difficile de rapporter ou de juger équitablement sa théologie : certains des verdicts portés sur lui, non seulement dans les siècles qui ont suivi sa mort, mais même dans les temps modernes, le montrent. Nous parlerons d’abord de notre attitude en face des problèmes critiques que pose le texte d’Origène, puis nous verrons comment tenir compte, non seulement de l’époque, mais encore du tempérament propre de l’auteur, dans l'interprétation de sa pensée.

Nous avons de l’œuvre immense d’Origène des restes assez considérables : mais une partie seulement a été conservée dans le texte grec, le Peri Archon et la plupart des homélies n’existent entièrement que dans des traductions latines qui ont soulevé bien des suspicions. Il existe en outre de nombreux fragments ou scholies. Les conclusions que nous tirerons de certaines remarques faites au cours de l’ouvrage confirmeront souvent celles des recherches de M. le chanoine Bardy $ sur les traducteurs d’Origène : elles nous sépareront assez nettement de l’attitude de E. de Faye et de Hal Koch, et même des principes qui ont guidé P. Koetschau pour établir son édition assez discutable du Peri Archon dans le Corpus de Berlin. Alors que ces derniers accumulent leurs sévérités sur la version de Rufin, ils ne font pas la moindre tentative critique contre les fragments de saint Jérôme et de Justinien, et ils les acceptent tels quels par un véritable acte de foi qu’ils ne songent même pas à motiver. Il faut certes trai-

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