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ter prudemment avec le texte de Rufin” : il n’a peut-être pas toujours très bien compris Origène, mais 1l a conscience des changements qu’il apporte et les avoue loyalement ; il reconnaît aussi les difficultés rencontrées. Et l'admiration qu’il professe pour son héros, en dépit des tentations de partialité auxquelles elle l’expose, nous paraît lui ouvrir la voie d’une compréhension plus authentique et plus intérieure que celle que permet l’inimitié des deux autres : l’amour reste malgré tout le meilleur, peut-être le seul chemin d’une connaissance fidèle. Nous ne critiquons pas ici la valeur des homélies traduites par saint Jérôme, car elle paraît assez grande, mais celle des fragments de sa version du Peri Archon : cette traduction a un but polémique, 1l s’agit de montrer combien Origène est hérétique. Et nous verrons en plusieurs endroits Yérôme parvenir à ce but au prix d'un grave défaut de compréhension : en se méprenant sur le symbolisme d’Origène, qu’il transforme en positions dogmatiques, ou en présentant comme des affirmations catégoriques de simples hypothèses”; parfois en prolongeant la pensée d’Origène par des interprétations toutes gratuites. Quant à l'apport de ustinien, ou plutôt du scribe impérial qui a dû écrire la lettre, une erreur vraiment énorme, concernant la participation de l’homme à l’image de Dieu — nous l'avons relevée dans le texte du Liber adversus Origenem * — nous semble le disqualifier en grande partie : œuvre de polémique comme la version de Yérôme, elle présente en outre cette infériorité d’être un travail de seconde main, rédigé sur un dossier de fragments découpés, et peut-être déformés par des adversaires, et de confondre la pensée d’Origène avec l’origénisme de l’époque. Quant aux fragments Mgr Devreesse et M. U. von Balthasar * ont montré combien la question était difficile et quelle marchandise disparate circulait dans les chaînes sous le nom de notre auteur : à l'exception des textes présentés par des garants dignes de foi, Basile et Grégoire de Naziance, Athanase et Pamphile, les autres fragments n’offrent qu’une sécurité toute relative.
Devant ces difficultés il serait ruineux de nous abstenir purement et simplement des textes qui ne sont pas absolument certains, c’est-à-dire du Peri Archon, des traductions d’homélies et de commentaires, des fragments ou scholies : nous nous priverions de bien des richesses et nous déséquilibrerions dangereusement notre portrait d'Origène. Il nous faut en effet tenir compte de toute son œuvre, c'est-à-dire de tout ce qui en reste. Si on élimine les homélies, parce qu’elles sont des traductions, sus-
7. Nous n'avons malheureusement pas pu prendre connaissance, avant d’écrire ces pages, de la thèse que Ÿ. Schérer a soutenue en Sorbonne sur les fragments du Commentaire sur l’Epître aux Romains découverts il y a quelques années en Egypte. La comparaison de ces fragments avec le texte rufinien du Commentaire sera certainement intéressante. Mais la version que Rufin a donnée de ce livre est présentée par le traducteur beaucoup plus comme une refonte ou une adaptation que comme une traduction.
8. Voir par exemple pp. 201 sq. à propos de la métempsychose, et bien d’autres endroits.