Rom., VI
238. Fragm., xxIx, in Rom., VI, 5 (Ÿ. T. S. XII, p. 363, 1. 4 sq.).
239. In Rom., v, 9 (P. G. XIV, col. 1044 A), passage qui semble être la traduction large du fragment étudié précédemment.
pécher, et suivant un fragment sur Z Corinthiens 24 à mourir continuellement au monde. Mourir avec le Christ est une condition nécessaire pour vivre avec lui 21, Nous n’insistons pas maintenant sur la conformité à la Résurrection, car ce sera la tâche des deux chapitres qui suivent. Dans un passage du Commentaire sur l’Épitre aux Romains, ce thème paulinien est mis, comme dans saint Paul, en connexion avec le baptême. « Quoique, selon le rite transmis aux Églises, nous soyons tous baptisés dans des eaux visibles et dans un chrême visible #2, cependant celui qui est mort au péché et baptisé vraiment dans la mort du Christ, enseveli avec lui par le baptême dans la mort, est vraiment baptisé dans l'Esprit Saint et dans les eaux supérieures #3, » Si nous avions pour but d’étudier complètement la pénitence et la conversion, il faudrait nous étendre davantage sur le rôle du baptême : mais nous ne voyons pas d’autre texte qui le mette en rapport avec l’image 244,
La conversion de l’image du diable à celle de Dieu exige donc en plus de l’action prévenante du Christ la collaboration du pécheur, puisque nous devons nous conformer à sa mort en renonçant au péché. Cette imitation se décompose en deux temps: il faut d’abord le contempler, puis le suivre : ainsi on lui devient semblable. De même on imite le diable en le contemplant et en le suivant : « Contemplons donc toujours cette Image de Dieu, pour pouvoir être transformés à sa ressemblance. Matthieu était publicain, et pour cela semblable à l’image du diable, mais venant à l’Image de Dieu, notre Maître et Sauveur, et en la suivant, il a été transformé à la ressemblance de l’Image de Dieu. Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, étaient des pécheurs illettrés, et ils ressemblaient plutôt au diable, mais en suivant l’Image de Dieu ils lui sont devenus semblables comme les autres apôtres. Paul persécutait cette même Image de Dieu: mais, dès qu’il en put contempler l'éclat et la beauté, il fut si fortement transformé à sa ressemblance, qu’il pouvait dire : Cherchez-vous une preuve de celui qui parle en moi, le Christ ? » #5. À cette contemplation
240. Fragm., xx, in I Cor., 1V, 9-10 (F. T. S. 1x, p. 360, 1. 28 sq.).
241. Fragm., XXVI1, in Rom., 1V, 23-25 (F. T.S. XIII, P. 362, 1. 11 sq.).
242. Cette onction d’huile sainte fait toujours partie du rite du baptême. Elle était suivie au 11° siècle de la confirmation donnée alors suivant le rite apostolique de l'imposition des mains : témoignages de saint Hippolyte pour Rome, de Tertullien et de saint Cyprien pour l’Afrique, de Firmilien de Césarée, un ami d’Origène, pour la Cappadoce. Dans la suite l’onction semble se dédoubler : une chrismation reste dans la cérémonie du baptême, une seconde est considérée, rapidement en Orient, plus lentement en Occident, comme le rite essentiel de la confirmation, qu’accompagne toujours l’imposition des mains. 2 Sal
243. In Rom., V, 8 (P. G. xiv, col. 1038 C). Les eaux supérieures désignent la grâce d’après l’interprétation allégorique de Gen., 1, 6-7 : les eaux qui sont en dessus du firmament. Dans plusieurs textes prophétiques, l'Esprit de Dieu donné au fidèle est comparé à une eau qui coule sur lui. Lg er
244. Voir Huco RAHNER, Taufe und geistliches Leben bei Origenes ; T'AVARES BET- TENCOURT, 0. cit., p. 75; DANTÉLOU, Origène, pp. 65-74. | 245. HGen., 1, 13 (G. C. S. vi, p. 17, l. 25 sq., p. 18, 1. 5 sq.), citant II Cor., XIII,
du Christ l’In Canticum Canticorum ajoute la connaissance de soi, qui n’est autre que la connaissance de notre participation à l’image : d’où suit tout un développement sur l'examen de conscience 24, T'elles sont les « nourritures de la Sagesse » — Sagesse qui est le Christ — « dont se nourrit l'intelligence pour être réparée dans l’intégrité et dans la perfection qu’elle a reçues à la création, selon l’image et la ressemblance de Dieu » 247, La connaissance de Dieu et de son Verbe détruit en nous le péché: « L'image du pécheur désigne le vieil homme corrompu par les convoitises de l’erreur : le Seigneur le supprime en se faisant connaître » #48, Par là Dieu est un feu dévorant : maïs « il ne consume pas ce qui est formé selon l’image et la ressemblance, il ne dévore pas sa propre création, mais ce qu’on y a bâti dessus, avec du foin, du bois ou du chaume » 2#?, c’est-à-dire l'édifice de nos péchés d’après saint Paul 250, Ou pour prendre une autre image scripturaire, le glaive de l’Époux « sépare l’âme de la malice, l'intelligence de l'ignorance, en détruisant ce qu’on appelle le vieil homme, et en le rendant nouveau dans le Christ selon l’image du Créateur » #51, Cette conversion consiste à se séparer de la matière et du corps pour ne plus penser qu’à Dieu. « Les yeux de l’intelligence (Siavornruxoÿ) sont élevés lorsqu'ils ne s’arrêtent plus aux biens terrestres, qu’ils ne se remplissent plus des images matérielles, qu’ils atteignent une telle hauteur qu’ils dédaignent les choses créées, et ne pensent qu’à Dieu seul qu’ils écoutent respectueusement et attentivement 252, » Ainsi nous transformons-nous par la contemplation en l’image du Sauveur. Nous voyons donc que, si la conception origénienne de la conversion assimile ce qu’elle peut de la philosophie platonicienne, la présentant comme un nettoyage qui supprime en nous les souillures contractées par l’attachement à la matière, comme une rupture avec le terrestre qui nous permet de contempler les réalités célestes, elle reste profondément chrétienne par l’accent très fort qu’elle met sur l’action du Christ et sur la grâce, notions qui n’ont pas leur équivalent chez Plotin. Ce n’est pas nous qui nous convertissons, mais le Christ qui nous convertit. La collaboration de l’homme lui est nécessaire, c’est une condition sine qua non : et l’importance de l’exhortation morale dans l’œuvre d’Origène, telle qu’on l’a aussi accusé de pélagianisme, montre qu’il n’en sous-estime pas l'importance. Mais sa volonté serait inefficace — et cette volonté même provient d’une certaine permanence du selon-l’image —, si le Christ par son Incarnation, par sa
246. In Cant., 11 (G. C.S., vinr, p. 141, L. 24 sq., P. G. x, col. 123 B sq).