Rom., xI
mer les deux éléments en présence dans le progrès spirituel, mais il les exprime mal. Si ce texte est maladroit, c’est qu’il a été écrit cent cinquante ans trop tôt, et qu’il n’a pas prévu le semipélagianisme, et le sens que prendrait avec cette hérésie un passage comme celui que nous citons. On peut dire la même chose de l’apparence nestorienne des spéculations sur l’âme de Jésus 2%, qui n’est rien de plus pour Origène qu’une sorte d’entité, de principe métaphysique, ne mettant pas en péril l’unité de personne, comme de nombreux témoignages le montrent. Nous devons être très circonspects pour tirer des spéculations d’Origène sa vraie pensée, il faut pour cela oublier, d’une certaine façon, l’histoire postérieure, car les hérésies successives et les progrès de la formulation théologique nous ont donné sur nombre de points une sensibilité qu’il ne pouvait pas avoir. Aussi, plus peutêtre que ses spéculations, les affirmations, faites incidemment ou implicitement dans l’ensemble de son œuvre, nous livrent sa vraie pensée et nous donnent la clef qui permet de comprendre les textes contenant un essai de réflexion plus poussé 224,
Un passage de l’In Joannem confirme ce que nous avons dit, en rectifiant ce qui paraît semipélagien dans le texte précédent. Dieu ne donne pas seulement ses grâces « en proportion de la foi », mais il prévient cette foi même : « C’est le propre de la bonté de Dieu de vaincre par ses bienfaits celui à qui il les adresse; il devance celui qui va être saint, et avant qu'il en soit digne, il lui en donne l’aptitude, afin que cette aptitude l’en rende digne. Et ce n’est pas ce dernier qui, par suite de sa propre dignité, atteint de lui-même son bienfaiteur et devance ses grâces pour s’en rendre capable 25 ». Il n’y a rien à reprendre dans un tel langage.
Nous voudrions dire quelques mots du rôle de l’apathie dans le progrès spirituel. Nous avons vu la place qu’elle tient chez Clément #5.