‹ Théologie de l'image de Dieu chez OrigèneChapitre 27 sur 276 · Gen., IX · texte numérisé non relu

Gen., IX

l’homme, conformément à sa signification d’image plastique, il faut admettre que l'extérieur est seulement l’expression d’une dignité et d’un pouvoir divin qui sont choses spirituelles et restent l’affirmation théologique la plus importante de nos textes.

€ démut » a la plupart du temps dans la Bible le sens d'image concrète, comme « selem », mais quelquefois un sens abstrait. Il ne semble pas qu’il y ait là une simple tautologie, qu’expliquerait, le parallélisme hébraïque, car même si « demut » avait le sens concret, comme le veut P. Humbert, il désignerait une image moins précise, moins adéquate que « selem », non identique au modèle, mais seulement ressemblante. « demut » aurait pour but d’atténuer la force de «selem », d’éviter toute concession outrancière à l’anthropomorphisme, ou toute confusion avec le paganisme ambiant, pour qui l’image était la présence même du dieu 7 : la création de l’homme à l’image et à la ressemblance ne fait tort en rien à l’unicité et à la transcendance de Dieu 8, D'ailleurs la clause « kidmutenu » pourrait n’être qu’une précision plus récente, due aux milieux qui ont remanié le récit primitif, et visant selon toute apparence à atténuer la portée, par trop anthropomorphique, de l’expression « besalmenu » *.

Les deux substantifs sont introduits par deux prépositions difrérentes, « be » et «k£ ». On leur donne souvent le même sens : soit celui de « be », une relation d’essence, soit celui de « k£ », un rapport de similitude. Mais comme ni « be » ni « k® » n’ont habituellement la signification qu’on leur prête ainsi, il semble préférable de laisser à chacune sa valeur courante #0,

Ces textes appartiennent au récit sacerdotal, le plus récent du Pentateuque. D’un rapprochement entre ces fragments et les autres éléments sacerdotaux de la Thorah, on peut déduire que l’image et la ressemblance ne sont pas réservées à Adam, mais passent à sa postérité par voie de génération : car il y a une relation évidente entre l’image et la ressemblance de Dieu données à Adam, et la ressemblance et l’image d'Adam, selon lesquelles Seth est engendré; le premier

77. Selon H. WiLLMS, op. cit., p. 42, dans la civilisation summéro-accadienne « das Bild (die plastische Darstellung) eines Gottes als seine Erscheinung, in der er voll gegenwartig ist, hat, selbst Gott, doch auch wieder ein von seiner Gottheit getrenntes Eigendasein — l’image (la représentation plastique) d’un dieu, considérée comme sa manifestation, dans laquelle il est présent avec toute sa réalité, a, étant elle-même dieu, une existence propre distincte de sa divinité ». Il cite un dieu babylonien nommé Salmu (— image), un dieu sémite occidental appelé de même Salam (= image).

78. On trouve plusieurs fois dans la Bible ce souci d’affaiblir l’affirmation de la ressemblance, d'y mettre un certain flou, pour éviter toute confusion : ainsi pour le psaume 8, verset 6, l’homme a été fait presque semblable à Dieu ou à un élohim; Dieu apparaît à Exéchiel (1, 26) « semblable à une forme humaine ». }

79. Sur les remaniements secondaires subis par le récit sacerdotal de la Création, voir en particulier : H. GuNKEL, Die Genesis, Gôttingen, 1917 et G. von Rap, op. cit. Pour la portée atténuante ou restrictive de la clause « kidmutënu », cf, P, DE LAGARDE, Orientalia, t. 11, Gôttingen 1880, p. 52; À. CLAMER, La Genèse, Paris, 1953, PP. 112-113 (à comparer P. JouoN, Grammaire de lhébreu biblique, Rome, 1923, p. 407).

8o. Ainsi la traduction du P. de Vaux.

homme transmet à son fils ce qu’il a lui-même reçu de Dieu. La pointe du récit, qui lie l’image à la domination sur les animaux, est dirigée vraisemblablement contre les divinités thériomorphes d'Égypte : les animaux n’ont pas été faits à l’image de Dieu, mais Dieu les a mis sous le pouvoir de l’homme qui tient la place de Dieu parmi eux. Mais en raison de sa portée anti-anthropomorphique, l’addition de « demut » contient peut-être une pointe contre les tendances panthéistes des mythes babyloniens : l’homme n’est qu’une image imparfaite, et il ne porte nulle atteinte à la transcendance de Dieu; on ne peut voir en lui une partie de Dieu, ou un mode de Dieu, ou un être égal à Dieu.

Il est étonnant de voir combien peu d’échos ces textes ont soulevé dans les autres livres de la Bible hébraïque, plus soucieuse d’humilier l’homme devant Dieu que d’exalter sa dignité 81. Seul le Psaume VIII semble s’y référer, encore qu’il n’y soit pas question d’image ni de ressemblance. Mais il parle de la dignité que l’homme tient de Dieu, alors qu’il n’est rien par lui-même. « T'u l’as abaissé un peu au-dessous d’Elohim » ou « des élohim », c’est-à-dire des êtres célestes qui entourent Dieu, et à qui s’adresserait, suivant certains exégètes, Le « faisons » de Gen., 1, 26 : ainsi ont compris les Septante et la Vulgate qui ont traduit le mot par anges. La domination sur les animaux est la conséquence, comme dans la Genèse, de la dignité donnée à l’homme.

Mais il faudrait étudier aussi certains thèmes qui sont apparentés aux nôtres. Les anges, les juges, le roi, le Messie, le peuple, sont ainsi appelés fils #2. Le Psaume LXXXI, très utilisé par Origène, appelle les juges dieux et fils du Très-Haut, et dans l’Exode % l’expression « aller devant Dieu » signifie «aller devant le juge ». Pour les Hébreux, comme pour les Grecs de l’époque hellénistique et romaine, et pour tous les Orientaux du temps #4, le chef humain est image de Dieu à un titre plus élevé que les autres, car il représente Dieu dans son autorité sur eux, comme l’homme tient sa place au milieu des animaux.

81. Le thème de l’imitation de Dieu y est aussi peu explicité. Dans Deut., x, 17-18, XV, 15, XXIV, 18, Dieu est le plus haut modèle de la charité. Dans Lew., xIx, 2, il ne s’agit pas directement d'imitation : la sainteté de Dieu est seulement le motif qui doit pousser les hommes à être saints. Mais les rabbins et la Prima Petri, 1, 16 interpréteront le texte dans ce sens. L’idée de la suite de Dieu {die Nachfolge) est proche de celle d’imitation : voir Z Rois, xIv, 8, xvIIt 21, 21 Chron., xXxIV, 31; Jér., 11 2. Sur ces deux thèmes A. HEITMANN, op.:cit., p. 3 et R. KiTTEL, Theol. Wôürt. art. &xokoveiv, 1, pp. 211-212 (de Kittel).

Page 1