Surtout Leg. alleg., 1, 38 (1, pp. 59 sq
Logos, prend place dans la série des intermédiaires. « L'Homme divin, à la fois intelligence humaine et modèle intelligible, n’est plus comme une Idée platonicienne éternellement séparée de notre âme. Elle devient plus pénétrable à notre intelligence, et d’idée elle se transforme en idéal pratique. Ce progrès se fait en somme par le rapprochement de l’Idée, modèle physique et éternel, avec le Sage, être réel et concret que l’homme cherche à imiter 127, » Cet Homme idéal se confond enfin avec le Logos, « l'Homme dont le nom est Orient » 128,
Nous retrouverons chez Origène une interprétation des deux récits de la Genèse : il nous faut signaler deux aspects que Philon — et Origène aussi, mais dans un autre esprit — souligne à ce propos. D’abord il remarque que l’acte créateur de Dieu est exprimé dans chaque chapitre par un verbe différent : dans 1, 26-27 mociv, faire, créer, lié ainsi à l’image; dans 11, 7 rArrew, façonner, à partir de la poussière de la terre. Dans Leg. alleg., 1, 31 1 Philon souligne cette différence : le premier homme n’est pas façonné, mais il reçoit le caractère d'image de Dieu (xur’ eixôva rerum&oa 0605) tandis que le second est rAdoux et non yéwmux 1%, Philon ne semble pas connaître de création ex nihilo, pour le monde sensible : il suppose une matière préexistante qui engendre à la façon d’une mère, et l’action du Créateur reste celle du Démiurge du Timée #1, Mais les êtres intelligibles sont engendrés par Dieu sans mère, c’est-à-dire sans matière 12, La deuxième remarque concerne le sexe. D’après De opif. 134 l’homme né de la terre a un sexe, tandis que celui qui est selon l’image, l’Idée d'homme, l'Homme générique, n’est « ni mâle ni femelle »: il est assez curieux de trouver cette affirmation dans un commentaire de G'en., 1, 27, alors que ce texte affirme nettement : « il le créa mâle et femelle ». Peut-être Philon ne considère-t-il pas dans ce passage le mot homme comme un collectif, mais comme désignant un être unique: l’homme à l’image a donc été créé androgyne, sans détermination de Gene
La conception philonienne apporte au sujet de l’image quelque chose de neuf, qui se transmettra au platonisme postérieur : l’image est logée dans l’âme seule; une réalité spirituelle — l’âme ou le Logos
127. E. BRÉHIER, Les Idées, p. 122. Dans les pages qui suivent Bréhier parle des diverses traditions juives ou hellénistiques où se retrouve le mythe de l’Anthrôpos (que nous avons déjà rencontré avec le Poimandrès) : il y aurait ici fusion d’une tradition proprement juive avec d’autres influences.
128. Citation de Zacharie, VI, 12 d’après les Septante. Dans le De Confus, ling., 62 (11, p. 230).