Voir pp. 105 sq
63. xin1 (G. C. S. 1V, pp. 495, 1. 22 sq) : voir p. 76, note 7.
pourquoi seul le Fils le connaît, car il est pensé par le Père et il pense le Père ». Le fond de ce passage est emprunté à la philosophie d’Aristote : Dieu est à la fois, dans son propre acte de penser, ce qui pense et ce qui est pensé. Mais le Dieu d’Origène n’est pas, comme celui d’Aristote, isolé dans sa propre pensée : le Père pense le Fils et le Fils le Père; il y a entre les deux Personnes un échange de pensées, qui introduit un dialogue au sein de l’intimité divine. Origène ne dit pas que le Fils est engendré par l’acte du Père qui le pense, mais il n’y aurait pour cela qu’un pas à faire: si Origène l’avait fait, il aurait donné, mille ans avant saint Thomas, l'essentiel de la solution thomiste. Mais il est possible qu’il ne l’ait pas fait parce qu’il ne trouvait pas dans cette explication un moyen d’exprimer la médiation du Logos, inséparable pour lui de sa nature propre.
Nous en arrivons aux deux essais qui tiennent le plus de place dans la pensée de l’Alexandrin : éanquam splendor e luce, tanquam voluntas a mente. Le premier a déjà une histoire: la Sagesse n'est-elle pas appelée ärévyaoux pords äïdlov, un reflet (ou un rayonnement) de la lumière éternelle, et le Christ, dans l’Épître aux Hébreux, érabyaoux rñc 06Ënc (rod 0eoùd), un reflet (ou un rayonnement) de la gloire de Dieu. La tradition continuera, puisque le symbole dit de Nicée- Constantinople appellera le Christ « lumen de lumine ». Origène semble donner à &r«iyaoux le sens actif de rayonnement plutôt que le sens passif de reflet. Sa réflexion à ce sujet se présente surtout comme une exégèse des deux textes scripturaires.
Un des principaux caractères qu’il souligne à ce propos est l’éternité de la génération, conséquence de l’éternité de Dieu. On trouve cette idée dans le Peri Archon 5, et elle est expliquée par un fragment conservé par saint Athanase : « S'il y a une image du Dieu invisible, c’est une image invisible. Si j’osais, j’ajouterais qu’étant semblable à son Père, il n’y a pas eu de temps où elle n’était pas. Est-il possible que la gloire de Dieu un moment n’ait pas eu de rayonnement, la gloire de ce Dieu que Jean appelle la Lumière ? (Car Dieu est Lumière.) Qui oserait assigner un commencement à l’existence du Fils comme si auparavant il n’était pas? À quel moment l’image de la substance ineffable, innommable et indicible du Père, son empreinte, le Logos qui connaît le Père, n’a-t-elle pas eu l'existence ? Qu'il pèse bien ses paroles, celui qui ose dire : Il fut un temps où le Fils n'était pas. Car cela signifie: la Sagesse n’existait pas, ni le Logos, ni la Vie »5, Voilà un des textes origéniens que saint Athanase opposait aux allégations des Ariens. Il y avait donc déjà au temps d’Origène
64. 1,2, 4et 11 (G. C.S. v, p. 33, l. 1 sq; p. 44, 1. 22 sq). 2
cs PA wi 4, 1 (28) (G. C. S. v, p. 349, 1. 15 sq). Le texte d’Athanase est tiré du De decretis Nicaenae synodi, xxVI1, P. G. xxV, col. 465 B. On trouve la traduction de ce fragment dans la version de Rufin. Sagesse, Logos, Vie sont parmi les ëxivotat ou dénominations du Fils.
des hérétiques qui niaient l'éternité du Fils: il s’agit des adoptianistes qui refusaient la préexistence du Christ avant l’Incarnation et voyaient en lui un homme divinisé et adopté par Dieu. Nous trouvons les mêmes idées dans le fragment sur l’Épitre aux Hébreux qu’a conservé l’Apologie de saint Pamphile. « La Lumière éternelle, est-ce autre chose que Dieu le Père ? La lumière n’a jamais existé sans avoir de rayonnement. On ne peut penser la lumière sans son rayonnement. Si cela est vrai, il n’y a pas eu de temps où le Fils ne fut pas Fils. On ne peut pas dire de lui comme de la Lumière éternelle qu’il n’est pas né, car dans ce cas nous semblerions professer deux principes de lumière, Mais il est comme le rayonnement de la Lumière inengendrée, cette Lumière est son commencement et sa source, il est né d’elle, mais il n’y a jamais eu de temps où il n’était pas 66, »
Une autre conséquence est tirée par Origène de l’analogie de la lumière. La lumière produit son rayonnement à chaque instant : de même la génération du Verbe par son Père n’est pas un fait qui ne s’est passé qu’au commencement, maïs elle se reproduit constamment. Cela est expliqué dans la IX€ homélie sur Jérémie : comme le diable engendre le pécheur à chacun de ses péchés, Dieu donne l’existence au juste à chacune de ses bonnes actions. Et cette continuelle génération du juste est analogue (rapxrAñotov) à celle du Christ par son Père : « Si nous considérons le Sauveur, nous verrons qu’on ne peut pas dire que le Père a engendré le Fils, puis l’a laissé vivre comme un être séparé de lui: au contraire il lui donne constamment l’existence. Nous pouvons affirmer quelque chose d’analogue à propos du juste. Voyons ce qu’est notre Sauveur: un rayonnement de gloire. Le rayonnement de la gloire n’a pas été engendré, ni n’est engendré, une fois pour toutes, mais, tant qu’existe la lumière qui produit le rayonnement, aussi longtemps elle engendre le rayonnement de la gloire de Dieu. Notre Sauveur est la Sagesse de Dieu. Or la Sagesse est le rayonnement de la Lumière éternelle. Si donc le Sauveur est engendré constamment, c’est pour cela qu’il dit : Il m’engendre avant toutes les collines 57. Non pas: Il m’a engendré avant toutes les collines, mais: Avant toutes les collines il m’engendre. Constamment le Sauveur est engendré par le Père » 8, Sous une forme moins choquante ce texte reprend une idée déjà contenue dans le passage que nous avons étudié sur la génération par la contemplation : le Fils reçoit constamment du Père sa divinité et son existence. L'idée
66. P. G. xiv, col. 1307 BC, ou avec l’Apologie de PAMPHILE P. G. xvI1, col. 561 B.