‹ Théologie de l'image de Dieu chez OrigèneChapitre 70 sur 276 · Marc. x · texte numérisé non relu

Marc. x

nourriture qui est propre au Fils, par cette nourriture il est ce qu’il est Pér

Il s’agit ici d’une conception volontariste, non de la génération, — sauf d’une certaine façon dans la dernière phrase qui transpose sur le plan de la volonté le thème de la génération par la contemplation —, mais de l’image, assez différente des conceptions contemplatives que nous avons rencontrées jusqu'ici. Le Fils est image du Père, parce qu’il accomplit tout ce que veut son Père, parce que sa volonté est l’image de celle de son Père, ou même ne fait qu’une avec celle de son Père. Le Contre Celse voit de même l’image dans cet accord parfait des volontés : « Honorons donc le Père dela Vérité, et son Fils, la Vérité, qui sont deux êtres différents par leur subsistance (ÿrooréce:), mais un seul être par leur accord (ôuovoix), leur concorde (ouupœvix), et l'identité de leur volonté (rñ raurérnr: ro Bouuæroc); ainsi celui qui voit le Fils, reflet de la gloire et empreinte de la substance de Dieu, voit Dieu en lui, puisqu'il est l’image de Dieu » #7.

S'agit-il d’une union purement morale? D’aucuns le prétendent : ainsi M. Maydieu 8: « Le Fils n’est image que par une imitation volontaire de ce qu’il voit dans le Père: imitation qui dépasse en amplitude et en perfection celle qui fait la sainteté des créatures, mais n’en diffère pas essentiellement. Au lieu de la procession nécessaire 5° de l’Image par le Père qui « éructe », qui « pense » le Fils, on est en présence d’une opération, d’une activité du Fils, d’un effort par lequel le Fils copie le Père et devient son image ». Cette interprétation nous

86. Nous traitons plus loin l’appellation « image de la bonté de Dieu », et l’atmosphère subordinatienne qui rapporte le Fils au Père. On peut remarquer que le Christ est ici distingué nettement des autres êtres : seul il fait toute la volonté de Dieu; les autres, même si toute leur action est conforme à cette volonté, ne peuvent l’accomplir toute entière.

87 CCI, 12 (GA CSST Ip.220 1 31:sq).

88. La procession du Logos d’après le Commentaire d'Origène sur l’évangile de saint Jean Bulletin de littérature ecclésiastique. XXXV, 1934, p. 57.

89. Nous avons vu que l'émission du Verbe d’après 1n Yo. 1, 38 (42) (cf. p. 85) ne semblait pas un acte nécessité : rien ne le marque dans le texte, et la comparaison avec le langage suggère plutôt un acte libre. La génération tanquam splendor e luce indiquerait plutôt la nécessité, et celle tanquam voluntas a mente la liberté : mais il ne faut pas demander à une comparaison plus que ce que son auteur a voulu exprimer par elle, On peut citer à ce sujet le texte suivant de M. Caprou (La ÿeunesse d’Origène, p. 286) : « (Le Fils) procède du Père, comme une activité qui dériverait immédiatement de l’intuition de soi : nécessité divine, toute consciente et toute volontaire, qu’on doit placer au point où la perfection se réalise sans obstacle, à l’opposé de la nécessité inférieure d’où le vouloir personnel est exclu ». Et en note, p. 285 : « Cette procession volontaire n’a rien de commun avec le « bon plaisir » divin, elle n’exclut pas la nécessité éternelle du Verbe ». C’est dire que, dans l’acte divin, liberté et nécessité coïncident, sans que nos intelligences humaines puissent bien voir comment. D’une part on ne peut parler en Dieu d’un acte nécessité : supposer que Dieu est soumis à une quelconque Anangké, c’est lui ôter sa divinité : les actes libres de Dieu sont l’origine de toute nécessité, de toute raison, de toute valeur, et ils ne sont soumis à aucune nécessité, raison ou valeur, qui ne viendrait pas de lui. D’autre part il ne faudrait pas donner l'impression que le Verbe aurait alors pu ne pas être : objection qui dérive d’une conception anthropomorphique de la liberté divine, et d’où sort par conséquence un faux problème. Il n’y a pas à s’étonner si la liberté de Dieu demeure pour nous un mystère, que nos catégories humaines ne peuvent circonscrire.

paraît trop minimisante, et assez peu en rapport avec les textes que nous avons cités %, N'oublions pas en effet que, si la volonté du Père et celle du Fils ne font qu’une, c’est que le Fils est justement cette même volonté du Père hypostasiée, c’est que la volonté de Dieu est la nourriture qui donne au Fils d’être ce qu’il est. Il n’est pas question d’une simple union morale des volontés, à la manière de l’arianisme, auquel M. Maydieu essaie injustement dans ce passage de réduire Origène, mais la volonté du Père constitue intrinsèquement, « existentiellement », le Fils. Si sa volonté est l’image de celle du Père, il en est de même de sa divinité. Nous devons donner au mot image le sens plein qu’il a chez Origène et les platoniciens, celui d’une présence authentique du modèle, même si elle est diminuée °! et, au lieu de réduire l’image à ne plus signifier que l’union morale des volontés, hausser l’union des volontés à la hauteur de cette participation réelle que signifie l’image. Ensuite il n’est guère question dans ces textes d’une imitation du Père par le Fils: ce qu'Origène veut surtout exprimer, c’est que l’activité du Père ad extra s’accomplit par le Fils; le Père décide et le Fils exécute, comme c’est le cas pour la création du monde *. Leur action est une. Il en est de même, toutes distances gardées, pour l’activité des créatures qui font la volonté de Dieu. Leur union au Père ne reste pas purement morale, mais elle imite, d’une façon très inférieure, celle du Fils par son Père, elle tend vers une certaine union réelle : ainsi le Père engendre constamment le Fils et de même il engendre le juste dans chacune de ses bonnes actions 5. Le rapport du fils adoptif au Père reproduit de loin celui du Fils par

90. M. Maydieu exagère l'importance du subordinatianisme dans la pensée d’Origène. Nous verrons qu'il est une conséquence du fait que notre docteur explique l’unité de la Trinité, non par l'identité de l’odoix, concept qui est encore peu précis chez lui, mais par le fait que le Père est l’origine de la Trinité, donc que les deux autres Personnes participent à sa divinité. M. Maydieu voit aussi dans ce passage de l’image contemplative à l’image active un amoindrissement de la notion d’image : « La contemplation se résout en action, ce qui est dans la doctrine intellectualiste d'Origène une infériorité ». Je ne vois pas très bien les fondements de cette affirmation, et je crois que la doctrine d’Origène est moins intellectualiste qu’il ne le paraît à l’auteur.

91. HARNACK (Dogmengeschichte), 1, p. 476) : « Nous entendons actuellement par symbole une chose qui n’est pas ce qu’elle signifie, tandis que jadis on entendait par symbole une chose qui est de quelque façon ce qu’elle signifie; et d’autre part la réalité céleste, selon les idées d’alors, était toujours cachée dans ou derrière cette apparence, sans jamais se confondre entièrement avec elle sur terre ». Cité par KaRL RaH- NER, La doctrine d’Origène sur la pénitence, R. S. R. 1950, p. 449. À

92. Cf. p. 91, note 79. Le Peri Archon refuse expressément de confondre l’unité d'action du Père et du Fils avec une imitation (1, 2, 12; G. C. 8. v, p. 46, L. 5 sq.). « Certains assimilent cela à l’imitation du maître par son disciple, ou affirment que le Fils crée dans la matière corporelle suivant les modèles que le Père a préformés dans les substances spirituelles. Comment pouvons-nous accepter une telle interprétation ? On ne lit pas dans l'Evangile que le Fils fait des créatures semblables à celles du Père, mais qu’il fait semblablement au Père les mêmes créatures », (D’après Joan. v, 19). Toute la création est l’œuvre commune des deux Personnes. On ne peut dire que la part du Père concerne les « substances spirituelles », qu’il s’agisse sous ce terme des natures logikai, anges et âmes humaines, ou des Idées intelligibles, modèles du monde, et celle du Fils la création matérielle.

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