Art. Origène D. T. C. xi1, col
2, 7, le passage dont nous avons parlé, et dont nous n’avons pas pu dire s’il visait le Christ dans sa divinité seule, ou dans sa réalité totale, humaine et divine.
En continuant de parcourir le Peri Archon, nous rencontrons, à propos de l'appellation « figura substantiæ Dei », la comparaison des deux statues, qui a scandalisé saint Jérôme ?°7 : « Pour comprendre plus pleinement comment le Sauveur est figure de la substance ou de la subsistance de Dieu, servons-nous d’un exemple, qui, s’il ne signifie pas parfaitement ce dont nous parlons, montre cependant que le Fils, qui était dans la forme de Dieu, s’est anéanti, pour nous manifester, par son anéantissement, la plénitude de la divinité. Ainsi supposons qu’on ait fabriqué une statue si grande, qu’elle remplisse le monde entier : personne ne pourrait la regarder à cause de son immensité. Alors on en construirait une autre plus petite, entièrement pareille à la précédente par l’attitude des membres, les traits du visage, la forme extérieure et la matière, et, dans l’impossibilité de contempler la grande, on pourrait, en voyant celle-là, connaître l’autre, dont elle reproduirait parfaitement tous les détails. Ainsi le Fils, abandonnant par son anéantissement son égalité avec le Père, nous montrant par là le chemin de la connaissance, devient l’empreinte (figura expressa) de sa substance: et nous, qui ne pouvions contempler dans la grandeur de la divinité la gloire de la pure lumière, nous apprenons de lui, du fait qu’il en devient un rayonnement à nos yeux, le chemin de la lumière divine. Cette comparaison des statues, si matérielle, n’a qu’un sens: le Fils de Dieu s’est imposé les limites d’un corps humain, pour signifier par ses œuvres et par sa puissance l’immensité de Dieu le Père, invisible aux regards humains 28 ». Dans le texte de Rufin cette comparaison s'applique manifestement au Verbe Incarné, puisqu'il devient cette statue plus petite par l’anéantissement de l’Incarnation. Et nous pouvons en conséquence interpréter du Verbe incarné le passage précédent sur le rayonnement qui habitue les yeux à percevoir la lumière, car une allusion à ce même rayonnement est faite ici. Dans ce cas la relation de similitude entre les deux statues n’intéresse pas ce chapitre, mais le suivant, qui traitera de l’humanité du Christ dans son rapport d’image avec Dieu. On peut se demander toutefois si les allusions à l’Incarnation ne sont pas une addition de Rufin, qui aurait cherché à rendre le passage orthodoxe. On a de cela un indice, le fait que saint Jérôme l'ait jugé condamnable, donc l’ait entendu du Logos-Dieu. Mais, objectera-t-on, saint Jérôme lui-même présente la petite statue comme tombant sous les sens, il s’agit donc du Verbe incarné. Ce
207. Ad Avit. 2 (P. L. xxu, col. 1060). Jérôme résume ainsi ce texte : « Il donne comme exemple deux statues, une grande et une petite : la première remplit le monde, et à cause de sa taille, elle est, en quelque façon, invisible, l’autre tombe sous les yeux. Il compare la première au Père, la seconde au Fils ».