CHAPITRE XY
ne sont peut-être pas même d'eux , mais écrits après sôus leurs noms , par des compilateurs tfui , recueillant tout ce qu'ils ont pu trouver , ont souvent été induits en erreur par Taltération que le récit des événements a éprouvée jusqu'k ieux par la tradition. Or cela est d'autant plus probable^ que les Évangiles ont été écrits en grec et non en hébreu ou en syriaque, langues que parlaient les Apôtres. En citant ici quelques-unes de ces contradictions qui existent entre les Évangiles, on pourra facilement juger de la vérité dé ce que j'avance d'une manière générale.
J'ai déjà fait remarquer plus baut la gfande différence qui existait entre la généalogie àe ^ésus-Chrîst suivant ISaint Matthieu, et celle que donne Saint Luc, où les deux Évangélistes ne s'accordent pas même sur le nom du père dé Saint Joseph, ce qui seiiibïe prouver que du temps où les deux Évangiles ont été écrits , on iie savait déjà plus au juste comment s'était appelé le gfand-père de Jésus-Christ, qu'on voulait touleîoîs faire descendre de David , afin que la soidisant prophétie d'Iéschaia fut accomplie , qui dit que le Messie naîtrait dansk familïe de ce roi si vénéré par les Juifs.
La différence qui existe entre ces deux Évangélistes quant à la généalogie de Joseph est d'autant plus inconcevable, si réellement Saint Luc a écrit lui -même son Évangile , qu'il n'avait du moins poiir les ancêtres de Zorobabel qu'à consultei' les chroniques juives, où leur filiation est indiquée, à une seule exception près, comme dans Saint Matthieu. ie ferai remarquer aussi que d'après Saint Matthieu il n*y a eu que dix-sept générations entre David et Zorobabel , tandis que suivant Saint Luc il y en aurait eu vingt-deux; et selon le premier, dix de Zorobabel k Joseph , et dix-neuf d'après Saint Luc; c'est-k-dire d'une part vingt-sept de David a Josepli, et de l'autre quarante et une. Or en comptant ainsi qu'on le fait généralement, et surtout pour ces tempslà , trois générations par siècte, oh arrive, d'après Saint Matthieu, à neuf cent trente-trois ans que David aurait vécu
iO THÉOLOGIE DB LA MATURB.
avant Jésus-Cbrist , suivant Saint Luc \k mille trois cent soixante-six ans; ce qui placerait le règne Ae David au temps des premiers juges: autre erreur qui donne la mesure de la foi qu'on doit avoir dans TÉvangile de Saint Luc.
Mais on conçoit que du temps de^ Joseph , homme tombé, sous le rapport de la fortune , an rang des simples artisans, il devait être à peu près impossible de connaître les noms de ses ancêtres au delà de la troisième génération , ainsi que cela arrive encore de nos jours, même chez les peuples les plus civilisés; d'où Ton peut conclure que ces deux généalogies de Joseph , dressées par ces évangélistes , ne peuvent être qu'une simple invention de leur part, où Saint Luc, moins réfléchi que Saint Matthieu, s'est laissé aller jusqu'à l'absurde.
Au Chap. IV de Saint MATxmEU, il est dit comment Jésus- Christ fit connaissance d'une part avec Simon, qu'il nomma Pierre , et son frère André, et de l'autre avec Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée; ce qui ne s'accorde également pas avec le passage de Saint Luc , relatif aux mêmes faits. Selon le premier, c'était dès le début de ses prédications que Jésus-Christ, après son baptême , et en se retirant à Capharnaùm, en Galilée, rencontra ces quatre premiers de ses disciples, disant:
Persei 17. « Dès lors Jésus commença à prêcher et à dire : Amendez-vous ; car le royaume des deux est proche. »
18. « Et Jésus marchant le long de la mer de Galilée y vit deux frères , Simon, qui fut appelé Pierre , et André son frère f qui jetaient leurs filets dans la mer; car ils étaient pêcheurs* »
19. * Et il leur dit : Suivez-moij et je vous ferai pêcheurs d'hommes. »
20. « Et eux ^ laissant incontinent leurs filets ^ le suivirent. »
21. ^ De là étant passé plus avant j il vit deux autres frères^ Jacques ^ fils de Zébédée^ et Jean son frère ^ dans