CHAPITRE XV
ait cependant pu exprimer dans son premier chapitre, dans une espèce d'introduction à son Évangile, l'opinion que Jésus- Christ était un Être identique avec le Créateur , disant :
Verset I. « La Parole était en commençant y la Parole était avec Dieu , et cette Parole était Dieu. »
14. «a Et la Parole a été faite chair ^ et a habité parmi nous^ pleine de grâce et de vérité^ et nous avons vu sa gloire^ une gloire telle quest celle du Fils unique venu du Dieu. »
Cette idée, exprimée dans Tenthousiasme de l'admiration que Jésus-Christ avait inspirée k Saint Jean. l'Apôtre i]u*il chérissait le plus, était du reste fort naturelle; cet Apôtre ayant eu, par le grand âge auquel il est arrivé , le bonheur de voir la doctrine de s^n sublime maître s*aflermir dans le monde et devenir, malgré les cruelles persécutions que les chrétiens éprouvèrent , )a religion à laquelle se rattachèrent de nombreux disciples de tous les pays. Et cette fiction de Saint Jean devint plus tard un des principaux arguments sur lesquels on fonda la croyance , non-seulement de Tidentité de Jésus avec le Créateur, mais aicore le dogme de la Trinité, que jamais personne n*a pu concevoir ni expliquer.
Enfin, je ferai même remarquer que le baptême que Jésus réclama et reçut de Saint Jean-Baptiste , ne saurait se concilier avec l'opinion qu'il était Dieu , le Créateur incarné, ou bien le fils de Dieu. En effet, le mot Baptême ^ terme tiré du grec, comme d'ailleurs presque tous ceux qu'on trouve dans les Évangiles, signifie laver, du mot grec Baptô, je lave. C'est-à-dire que Jean-Baptiste a institué ce sacrement, par lequel il prétendait laver du péché originel les personnes qui s'y soumettaient. Or si Jésus avait été. le fils de Dieu, voire même Dieu le Créateur en personne, et par conséquent pur de tout péché et surtout du péché attaché à la postérité d'Adam , k laquelle il n'appartenait en conséquence pas , comment a-t-il pu venir au Jourdain réclamer le baptême de Saint Jean , pour être purifié d'un péché qui ne pouvait pas
9i ÎHÀ)LOGlt ti LA ftÀTUftfi*
pesèf sur loi ? Ce $otit encore là dé ces incottSé(}uencés absurdes qti'oti he Conçoit {)as. On dira eùsuiiequé, né d'ilUe femme, il étail par IH descendant d'Évà ; mais cela ne prouvé rien, vU que le corjjs qu'elle lui a dotmé, cette partie seule humaine dans la personne de Jésus-Christ, étant uniquement matériel et de là éminemment passif, ne pouvait porter aucun péché \ tandis que l'Esprit qui l'knimâit, constituant la partie imnlatérielle, divihe chez lui , suivaht les orthodoxes , né pouvait avoir jamais participé à aucune faute, soit personnelle, Mi héréditaire;
Mais si Jésus-Christ n'a jamais t)ré(endu être le Fils unique de Dieu , il a toutefois , ainsi que je l'ai déjà dit plus haut , souvent exprihoié l'opinion qu'il était le Messie, sie désignant en cette qualité plus spéléialemeut sous le nom d*enwyé de Dieu , ainsi qu'on le voit , non-seulement dans les passages que je viens de rapportelr , mais encore dans nombre d'autres ; et fort souvent par le nom même ie Messie oii de Christ ^ qu'il se donnait égaleitteUt, surtout dans les derniers temps de sa vie. Idée, du reste, naturelle, justifiée d*ttne part par son ÇOuVoîr , et de l'autre par lés prophéties des anciens sur le Messie, qu'il s'appliquait, ainsi qu'il le fait fort souveht remarquer lui-mêibe , se fondant sur lé pouvoir qui lui a été donné de faire des miracles , pouvoir qu'il il^altribUait toutefois exlclusivement qu'à sa Foi , disant à ses disciples qu'ils pouri^îent eti faire autaht s'ils avaient cette foi qui leur mahyjue ; tandis que dans le commencement de ses prédications , il se nofaimalt , àù contraire , plus particulièrement lé Fih de Vffo^mé.
La croyance que Jésus était le Messie était d'ailleurs sî peu admise au commencement de ses prédicatiK)ns , qu'on né croyait en lui ni à Nazareth, où il fut élevé, ainsi que cela est dit an Chap. XÏÏI de TÊvangile de Saint MaUtiieu, cité plus haut, ni même daUs sa propre famille, ainsi qu'on le voit dans Saint Jï:AN,[Chap. VllI, également )cité, tandis que cette haute mission àtarait dû être
parfaitement isotinùe d>ux, si sa aAls^aiice cMitbe Piis de Dieu avait été réellement annoncée h ia Vierge Marie par l'Abge GabHel , ainsi que le dit Saint Luc au Chap, I, également rapporté plus haut. Ekifin , si l'essenbe divine de Jésus -Christ avait été cbnnue et ddikiise daM sa famille, comment se fit-il en outre que Saint Jean-Baptiste, son cousitt (Chap. I^ 36), qui aurait dû connaiire cette importante circonstance, aitpu en douter plus tard, lorsqu'il envbya de ses disciples à Jésus, pour lui demander si réellement il était le Messie, ou si Ton devait en attendre un autre. Di5tete d'autant plus singulier que , suivant Saint Luc même (Chap. I, 96), le seul qui ait parlé de l'annonciaiion faite par l'Aiige Gabriel à la Sainte Vierge , qu'elle était enceinte par l'effet du Saint-Esprit et donnerait naissance au Sauveur du monde, celle-ci fut de suite chez sa cousine Elisabeth , ittère de Saint Jean-Baptiste , lui faire part de cette apparition extraordinaire, avant même d'feu avoir parlé ^ Joseph , son fiancé; qui ne l'apprit que longtemps après dans un simple rêve. Enfin, ce doute de Saint Jean est encore formelleibent exprimé par Saint Matthieu (Chap. XI), où il dit au Verset 2 : < Or, Jean ayant oui parler danê la prison de ce que Jésus-Christ faisait , î( envoya éettœ de ^es disciples pour lui dire :
3. « Es-iu celui qui doit t?miV, ou dé^ns-mous en attendre un autre? "^
4 « Et Jésus réponâanî leur dit : Alt^ "et rapportez à Jean les choses que vous entendez et qnè vous vo^z : »
5. « Les aveugUi recouvrent la vue ^ les boiteux marchent^ les lépreux sont nettoyés , lea sourds entendent , les morts ressuscitenty et V Évangile est annoncé aux pauvres. )»
Cette question de Saint Jean-Baptiste est en ontre d'autant plus extraordinaire que, suivant les quatre Evangélistes , lui-même , tors du baptême de Jésus-Christ , le reconnut déjk comme l'envoyé de Dieu , ayant dit alors {Évangile de Saint Jean , 1 , 26) : « Pour moi , je baptise
96 TlrfOLOGIS M LA HATIAE.
d*mu; mais il y a tm hcmme au miUeu de vous que vous ne iconnaissez point. »
27. « Cest cdui qui vient après mi>i , qui m'est préféré , et je ne $uis pas digne de délier la courroie de ses souliers. »
28. € Ces choses se passèrent à Bèthabara^ au delà du Jourdain, où Jean-Baptiste baptisait. »
29. € Le lendemain y Jjsan vit Jésus qui venait à lui^ et U dit : Voici V Agneau de Dieu^ qui été le péché du monde. »
30. « Cest celui dont je disais : Il vient après moi un homme qui m'est préféré ; car U est pJus grand que moi. »
31. « £t pour tnoî, je ne le connaissais pas , mais je suis venu baptiser d'eau^ afin quU soit manifesté à Israël. »
32. « Jean rendit encore ce témoignage et dit : J'ai vu r Esprit descendre du ciel comme une colombe^ et il s'est arrêté sur lui. )»
33. « Pour moi y je ne le connaissais pàs^; mais celui qui m'a envoyé baptiser d'eau ^ m'avait dit : Celui sur qui tu verras V Esprit descendre et s'arrêter^ c'est celui qui baptise du Saint-Esprit. »
34. ^Et je ïaivu, et j'ai rendu témoigna^ge que c'est lui le Fils qui est de Dieu. »
35. < Le lendemain y Jean était encore là avec deux de ses discipleSy »
36. « Et voyant Jésus qui marchait ^ il dit : Voilà V Agneau de Dieu. »
Suivant Saint Matthied (Chap. Ili}, Saiût Jean -Baptiste dit au Verset 11 : c Pour moi , je vous baptise d'eau y pour vom porter à la repentance; mais celui qui vient après moi est plus puissant que moiy et je ne suispas digne de Importer les souliers ; c'est lui qui vous baptise du Saint-Esprit et de feu. »
12: « //, a son van dans ses mains et il nettoiera parfaitement son airCy et amassera son froment dans le grenier ; mais il brûlera la balle au feu qui ne s'éteint point. »
13. « Alors Jésus vint de Galilée au Jourdain^ vers^Jean.^ pour être baptisé par lui. »
CflAPITRI XV» 91
i4. « Mais Jean s*y opposait ^ dtsanl : Cest moi qui ai besoin d'être baptisé par toi^ et tu viens à moi 1 »
15. « Et Jésus répondant, lui dit : Ne fy arrête pas pour le présent, car c*est ainsi qu'il nom convient d^accomplir tout ce qui est juste. Alors il ne s*y opposa plus. »
16. a Et qunnd Jésus eut été baptisé , tl sortit incontinent de Veau , et à Cinstant les cieux s'ouvrirent sur lui , et Jean vit V Esprit de Dieu descendant comme une colombe et venant sur lui, »
17. «En même temps une voix vint des cieux ^ qui dit : C'est ici mon Fils bien-^inU , en qui fai mis toute mon affection. »
Plus tard, au Contraire, Jean-Baptiste exprime formellement son doute sur la mission de Jésus, en hii envoyant deux de ses disciples pour lui demander s*il est « celui qui devait venir 9 ou s* ils devaient en attendre un autre?» (Saint Luc , Chap. VIII, 19).
Enfin on ne conçoit pas davantage comment il est possible qu'après toutes ces prétendues preuves de la divinité de Jésus , le peuple entier, témoin de ces faits , tels que la descente du Saint-Esprit , et la voix venue du ciel , qui , bien certainement, n'était pas uniquement adressée k Saint Jean- Baptiste , mais k tout le monde , pour que chacun crût en Jésus-Christ, comment, dis- je, tout le monde ne se soit pas de suite converti k sa doctrine, et qu'on ait, au contraire, non-seulement douté de sa mission divine, mais qu'on ait encore pu s'élever contre lui , jusqu'au point de le faire même mourir d'une mort plus cruelle que celle qu'on faisait subir aux plus grands criminels.
Une autre preuve que Jésus-Christ n'a jamais cru qu'il était le Fils unique de Dieu dans le sens qu'on attache d'Ordinaire au mot /S/s, mais simplement que l'Esprit de Dieu était en lui, ressort encore de tous ses enseignements; et cette pensée se trouve formelleiàent exprimée dans divers passages des Évangiles. C'est ainsi qu'on trouve dans Saint iiî. 7
9S THÉOLOfilI M tk HATURB.
Jean (Cmaf. iV) , où cet ÉvaDgéhsIe p^rle de Tentretien que Jésus eut avec la femme samaritaioe, et où celle-ci lui dit
W Yenet 35 : « Je sais que le Messie^ c'est-à dire le
Christ (1), doit venir; qtMtnd il sera venu il nous annoncera toutes choses. »
26. < Jésus lui dit : Je le suis , moi qui te parle, » Chap. V, 36. « Mais mot, dit Jésus^Ghrist , fai un (émoigmgeplus grand que celui de Jean^ car les omvres que mon Père m'a donné le pouvoir d'accomplir^ ces œuvres-là que je fais , rendent ce témoignage de moi , qtie mon Père m'a envoyé. »
Au Chap. IX, il est dit que Jésus ayant rencontré un aveugle k qui il avait rendu la vue , lui demanda , Verset 35 : « Crois^tu au Fils de Dieu? »