‹ Théologie de la nature (volume 2)Chapitre 42 sur 79 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

el une de ces histoires mal compilées par Saint Luc. On ne conçoit pas en effet, d'abord , comment Jésus-Christ a pu la présenter sous cette forme au peuple , et encore moins qu'il ajt pu dire ce qui est écrit au Verset 9 , et en outre aux deux derniers versets qui expriment seuls, une idée morale qui ne s'accorde aucunement avec ce qui précède.

C'est k cette même manière d'avoir toujours voulu s'exprimer en style figuré , que Jésus-Christ a dû sa condamnation par Pilate, qui ne trouva d'abord rien de repréhensible dans tout ce qu'il avait dit et fait; mais sur la question que ce juge adressa à Jésus-Christ, s'il était vrai qu'il se disait le Roi des Juifs, celui-ci l'ayant affirmé et s'étant refusé du reste de répondre aux autres accusations formulées contre lui , d'avoir voulu soulever le peuple contre l'autorité du roi Hérode el l'Empereur romain , Pilate consentit, par faiblesse, à le livrer aux Juifs, ses ennemis, pour qu'ils le missent à mort (Saint Jean, Chap. XIX, 12 et 13).

Si Jésus-Christ avait voulu expliquer clairement qu'il n'avait jamais prétendu dire qu'il était Roi temporel, et que le règne dont il parlait n'était que spirituel et son but purement religieux, Pilate ne l'eût probablement pas condamné. Mais ce Procurateur de la Judée avait a se garantir du reproche d'avoir souffert des prédications qui tendaient à soulever le peuple contre le gouvernement établi , ainsi que le disaient les accusateurs de Jésus.

Connaissant parfaitement l'Ancien Testament, Jésus- Christ s'appliqua toutes les prophéties sur la venue du Messie et chercha en conséquence à les accomplir, ainsi qu'il le fit remarquer, partout où il lui arrivait quelque chose qui pût se rapporter à cet envoyé de Dieu , annoncé par les Prophètes. Et les Évangélistes, en rédigeant l'histoire de Jésus, qu'ils reconnurent également pour le Messie, ont cherché de même k faire accorder les prophéties avec les divers événements de la vie de leur Maître.

Sans vouloir discuter de nouveau ici la question de savoir

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|)CQëlré, et cela deux fois, dans rappartement où ses Apô* très étaient réunis, bien que les portes fussent fermées (Saint Jean, Chap. XX, 19 , cité plus haut), vu qu*ici ce ne peut pas avoir été une simple apparition de son Esprit, mais bien celle de son corps en chair et en os , ainsi qu'il le fit ui*méme remarquer. Et pour mieux en convaincre ses disciples, il leur demanda quelque chose à manger.

Quant à l'apparition du Sauveur aux femmes qui vinrent, dès le matin du dimanche, visiter le sépulcre, les Évangé- Jistes ne sont guère plus d'accord. Suivant Saint Matthieu , (XXYIII , 4 ) , il apparut à Marie-Madelaine ainsi qu'k une autre Marie , et leur parla. D'après Saint Marc (XYI, 1), ces deux femmes étaient encore accompagnées de Salomé , maïs il ne dit pas que Jésus leur apparut , et ce n'est qu'an Verset 9 où TÉvangéliste ajoute que Marie-Madelaine le vit et lui parla. Saint Luc ne parle pas du tout de cette apparition ; enfin Saint Jean (XX, 1) n'indique que Marie-Madelaine comme étant revenue au sépulcre, après qu'elle avait déjà annoncé aux disciples que la pierre qui fermait le sépulcre avait été enlevée, qu'elle y regarda, et. que c'est alors seulement que Jésus lui apparut et lui adressa la parole sans qu'elle le reconnût d'abord ( Verset 14). En admettant que Jésus-Christ fût réellement ressuscité ^ il est en cela possible que Marie-Madelaine ne l'ait pas reconnu, que suffoquée par les larmes et ne le regardant pas, elle put un instant se tromper et croire que c'était le jardinier qui lui parlait, et qu'elle ne le reconnut que lorsqu'il la nomma par son nom , ce qui fit qu'elle se retourna vers lui , d'où l'on voit qu'en lui parlant Jésus était placé derrière elle, et qu'elle ne le vit pas au premier abord.

D'après Saint Matthieu, Apôtre, Jésus n'apparut k ses disciples qu'une seule fois, et cela sur une montagne en Galilée, et cet Evangéliste ne parle pas du tout de son ascension. Suivant Saint Jean, également apôtre, le Sauveur aurait au contraire apparu, après sa mort, quatre fois à ses

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disciples : une première fois le matin à Marie-Madelaine ; le même soir et encore hfuit jours après k ses disciples réunis k Jérusalem , et enfin nne dernière fois en Galilée sur les bords de la mer de Tibériade ; et après avoir parlé de cette dernière apparition , Saint Jean termine son Évangile sans faire la moindre mention de Fascension de Jésus-Christ. Selon les deux autres Evangélistes, et précisément ceux qui n*onrt point été apôtres , le Sauveur n'aurait apparu que le matin du premier jour de la semaine k Marie-Madelaine, puis, vers le soir, kdeux de ses disciples dans les environs de Jérusalem, et le même soir, dans cette dernière ville, aux apôtres réunis y tandis que ni l'un ni l'autre de ces Evangélistes ne font mention de son apparition en Galilée, soit sur la montagne, soit sur les bords de la mer de Tibériade.

Quant k cette dernière apparition de Jésus-Ôbrist k plusieurs de ses disciples en Galilée , dont il est seul parlé au dernier chapitre de l'Évangile de Saint Jean, le chapitre entier parait avoir été ajouté après que cet Évangile fut déjk terminé ; cela ressort du moins de ce qui est dit aux derniers Venets du Chapitre pénultième, conçu en ces termes : Verset 30. a Jésus fit encore en présence de ses disciples plusieurs autres miracles, qui ne sont pas écrits dans ce livre. s>

31 . « Mais ces choses ont été écrites, afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vou;$ ayez la vie par son nom. »

Comme on voit , ces deux versets paraissent bien avoir été écrits pour terminer le récit de l'histoire de Jésus-Christ, où l'Evangéliste s'excuse en quelque sorte de ne pas avoir tout rapporté , et où il indique dans la conclusion finale le motif qui l'a engagé k écrire cette histoire ; tandis quç le récit de ce qui est relatif k l'apparition en Galilée vient après comme une véritable addition.

Quant k l'ascension de Jésus-Christ, elle laisse également de très-grands doutes sur sa réalité, considérée purement

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sous le rapport historique. J'ai déjà fait remarquer que, suivant Saint Marc elle aurait en lieu k Jérysalem même, tandis que Saint Luc dit formellement que le Sauveur est sorti de cette ville avec ses disciples, qu'il est allé avec eux jusqu'à Béthanie, et que c'est Ik qiï'il s'éleva aU ciel. A cette contradiction entre ces deux Evangélistes, qui ne furent point Apôtres, vient ensuite se joindre le silence absolu de Saint Matthieu et de Saint Jean sur cet événement si important de l'histoire de Jésus-Christ , dont ils auraient nécesssairement parlé , s'il avait eu lieu, eux qui l'un et l'autre ont été Apôtres du Sauveur; tandis que Saint Marc et Saint Luc n'ont été que de simples historiens compilateurs qui ont recueilli tous les dires qui arrivèrent à leur connaissance.

Si avec cela on considère cet événement comme un fait physique, il se présente comme matériellement impossible, étant en contradiction avec toutes les lois de la nature; vu que le corps matériel d'un homme ne saurait s'élever ainsi contre son propre poids; et il est tout aussi impossible examiné sous le rapport métaphysique. En effet, si Jésus-Christ a été, ainsi qu'on l'admet, le Dieu incarné. Dieu ne serait plus pure Intelligence, mais un Être devenu matériel, par l'effet même de cette incarnation ; c'est-à-dire ressuscité en chair et en os, et monté comme tel au ciel, en d'autres termes, un Être organisé comme nous. Et si Jésus-Christ n'a été que lé Fils du TrèS'Haut, et par conséquent, comme on dit aussi, une Seconde Personne dans la Trinité divine assise à la droite de V Éternel, il rx)nsliluerait toutefois une partie matérielle de cette trinité, un Être occupant, en cette qualité , un lieu déterminé : conditions tout a fait contraires k l'idée qu'on doit se faire de l'Être Suprême et de tout ce qui l'approche, lui qui n'est qu'Esprit et Intelligence. Or, sur ce fait d'une aussi haute importance, les quatre Evangélistes auraient dû au moins s'accorder, tandis qu'ils sont loin de là.

Enfin, considéré simplement comme le Messie ou l'envoyé de Dieu, sa résurrection et son ascension au ciel en chair et

ciAfiini ST. m

en os est encore moins admissible , par les mêmes raisons que je viens d'émettre.

Mais si Ton regarde au contraire Jésus-Christ comme ayant été un Sage, un Moraliste qui a voulu réformer la doctrine mosaïque laissée imparfaite par son fondateur, et dégénérée encore alors dans le cœur et l'esprit des Juifs , au point d'avoir été k la venue du^ Sauveur dans un état de décadence tel que le temple même de Jérusalem était devenu le lieu du marché où Ton vendait tout , jusqu'à du bétail et autres animaux (Saint Jean ,11, 14), on comprend facilement que Jésus a dû , dans ta parfaite pureté de sa vertu et de sa sublime religiosité, être animé du plus vif désir de faire comprendre à ses coreligionnaires quels étaient les véritables principes de leur doctrine fondée sur la croyance en un seul Dieu , le Créateur de TUnivers , au sein duquel ils pouvaient avoir l'espoir d'arriver, si par leurs vertus sur la terre et leur amour sans bornes pour leur Père céleste , ils méritaient sa bienveillance par l'effet de sa miséricorde.

Enfiil une dernière preuve que Jésus-Christ n'était ni d'essence divine, ni même un envoyé inspiré de Dieu, est qu'il partiageait divers préjugés de son temps auxquels il n'eût pas cru s'il avait été divinement inspiré. C'est ainsi qu'il regardait les fous furieux et les sourds-muets comme possédés du Diable, et les guérissait en disant qu'il chassait les démons qu'ils avaient en eux. C'est k cet effet, disent les Évangiles, qu'il eut de véritables entretiens avec ces mauvais Esprits. C'est ainsi qu'il permit, sur leur de-mande , aux Démons qui possédaient un (ou deux) démoniaque, de sortir de ce malheureux fou et de passer dans un troupeau de cochons.

C'est ainsi aussi qu'il ordonna k un autre Démon de sortir d un possédé qu'il guérit dans la synagogue de Càpharnaûm (Saint Marc , I , S3).

Au Chap. XYIIde Saint MATtHiEu, il est parlé de même

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d'un démoniaque que les disciples de Jésus-Christ ne purent guérir, maïs à qui Jésus rendit la raison; et interrogé par ses disciples sur la raison pour laquelle ils n'ont pas pu faire sortir le démon, il leur répondit : Verset 21. « w... Cette sorte de Démons ne sort que par la prière et par le jeûne, »

Il est question du même possédé dans V Évangile de Saint Marc, Chap. IX, mais en le présentant comme sourdmuet; et Jésus-Christ, interpellant le Démon, lui dit :

Verset 25. « Esprit muet et sourd ^ je te commande^

moi , sors de lui et ne rentre plus en lui. »

26. ^ Alors V esprit sortit en jetant un grand cri et en t agitant avec violence; et V enfant devint comme mort, de sorte que plusieurs disaient il est mort. j>

Saint Luc parle au Chap. XIII, H, d'une femme possédée du démon depuis dix-huit ans, et que Jésus guérit le jour du Sabbat, ce qui lui attira des reproches de la part du chef de la Synagogue; mais Jésus lui répondit : Verset 16. «i Et ne fallaitnl point , quoiqu'en un jour de sabbat y délier de ce lien cette fille d'Âpraham , que Satan tenait liée depuis dixhuit ans? ^

C'est également ainsi que peu versé sans doute dans les sciences physiques, il prédit, pour faire effet sur l'imagination de ses disciples, 4es phénomènes effroyables comme devant avoir lieu à une époque déterminée prochaine qui ne devait pas dépasser la génération alors existante; mais malheureusement pour la justesse de ces prédictions ces phénomènes , souvent impossibles en eux-mêmes , n'ont pas eu lieu. Voici comment ces grands événements sont annoncés dans Saint Matthieu , au Chap. XXIV, où après avoir prédit la ruine du temple de Jérusalem et avoir exhorté ses disciples à ne pas se laisser séduire par de faux prophètes qui prendront le nom de Christ, il leur annonce son prochain retour dans sa gloire, événement précédé de grandes calamités; il ajoute, au Verset 16 : <i Alors que

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