CHAPITRE XVI
teurs demander a Dieu dans leurs prières , de vouloir bien éloigner le mal qu'il peut faire ; prières qu'il conviendrait mieux , pour être conséquent , d'adresser à Satan , ainsi que le font les Sauvages , qui , en cela , plus sensés que les nations dites civilisées , adressent des prières au mauvais Génie pour rengager k^ne pas leur nuire.
C'est eacore ainsi que par des conséquences fort mal déduites du principe de la bonté et de la toute-puissance de Dieu^ on se croit généralement fondé à lui demander toutes espèces de bienfaits , même les plus contraires k sa justice. Pour n'en citer qu'un seul exemple , je rappellerai ce que tout le monde sait. Lorsque deux armées s'avancent Tune contre l'autre dans l'espoir de la conquête ou du pillage, on ne manque pas, de part et d'autre, d'adresser au Tout-Puissant des prières solennelles pour qu'il bénisse leurs armes et leur assure le succès dans ce brigandage sur la plus grande échelle, qu'on ose décorer du titre de glorieux , quoiqu'on sache parfaitement que la cause qu'on défend est immorale et contraire au droit sacré des Nations. Prières indignes et sacrilèges auxquels le clergé se prêle avec la plus blâmable docilité, au lieu de refuser son saint ministère à un acte aussi impie et aussi blasphématoire contre la justice de l'Être Suprême ; et restant conséquent dans celte fausse idée qu'on se fait de la Divinité, on ne manque pas de chanter des Te Deum à l'Éternel ea actions de grâces des victoires remportées contre un peuple qui défend la cause sacrée de son indépendance.
C'est également ainsi que par une fausse conséquence , plus malheureuse encore, tirée du dogme de l'omniscience divine , on attribue à Dieu tous les événements heureux ou malheureux qui arrivent dans le monde, et cela jusque dans les plus minulieux détails de la vie privée; croyance que les Chrétiens fondent en outre sur les paroles de Jésus-Christ même, paroles qui lui sont sans doute échappées dans Ten- Irdinement de la discussion, disant que lout était dû à la
i58 THBOLOGIE DE LA NATURE.
volonté de Dieu, et que pas un cheveu ûe tombait de la tête d'un homme sans qu'il ne Tait commandé. '
A quelles déplorables erreurs ne conduit pas cette croyance si généralement admise, d'une part, comme en apparence conforme k la toute-science de l'Être Suprême , en même temps que de l'autre , elle se fonde sur l'autorité de Jésus-Christ , irrécusable pour ceux qui le considèrent comme identique avec Dieu !
La première conséquence inévitable qui découle de cette opinion est que , tout acte étant dû k la volonté divine , celui qui le commet n'est que l'agent passif de l'irrésistible puissaiice de Dieu qui le lui commande ; et partant de là , les plus légères fautes que tïous croyons devoir blâmer, jusqu'aux crimes les plus atroces a nos yeux , ne seraient que des actes innocents de la part de ceux qui les commettent, n'étant que l'accomplissement des ordres du Dieu éternel par la tnain de celui dont il a fait choix pour les exécuter ; et le seul coupable serait le Juge , qui , en repoussant la décision divine, punirait Thomme. instrument passif de la volonté de Dieu. Mais que dis-je? ce magistrat lui-même ne serait à son tour que l'agent obligé de la Divinité , qui le force de punir celui dont elle a dirigé le bras. Quelles déplorables inconséquences? quelle Philosophie! quelle Morale dans cette croyance si mal réfléchie !
Mais ce n'est pas tout encore : d'autres inconséquences , guère moins déplorables, viennent se joindre à celles-ci pour faire également ressortir l'étrange erreur k laquelle conduit cette espèce d'article de foi. En effet, si, ainsi qu'on le prétend, tout, jusqu'au moindre événement, ne se faisait que par la volonté expresse de l'Être Suprême, il est de toute évidence que non-seulement les hommes, mais encore les animaux, ne seraient que de véritables automates que la Divinité met malgré eux en action , sans qu'aucun de ces Êtres puisse par lui-même jamais rien modifier dans ce qu'il fait; d'où résulte non-seulement que les hommes ne