CHAPITRE XVI
sauraient être responsables de leurs actes , mais encore que leur volonté ne serait qu'un mot vide de sens , et que finalement ils n'auraient pas k se régler ni d'après elle, ni d'après aucune pensée qui se présenterait dans leur esprit ; à moins que cette induction ne soit irrésistible comme l'est l'instinct des animaux , signe caractéristique de la volonté du Très- Haut, de manière qu'en dernière analyse personne n'aurait , à s'occuper en rien de l'avenir, pas même de chercher à se procurer la moindre nourriture, que Dieu doit lui offrir s'il ne veut pas expressément qu'on meure de faim ; en résumé , que tout soin qu'on prend de sortir d'une fâcheuse position devient inutile si l'Être Suprême a en vue qu'on doive y rester.
Or c'est en effet cette prétendue fatalité, due à la volonté de Dieu dirigeant tout , qu'on nomme la Prédestination; fatalité constituant un principe qui entre encore comme un véritable dogme dans la doctrine de certaine religion , terme dont l'étymologie dit que , c'est la destinée déterminée d'avance; c'est-à-dire qu'on admet par celte croyance que non-seulement tous les actes du moment sont réglés par la Providence, mais qu'ils le sont même dès avant la première origine de chaque Être , et constitue une fatalité k laquelle nul ne saurait échapper.
On ne conçoit pas comment le plus léger examen de cette opinion n'ait pas fait ressortir de suite toute l'énormité de l'erreur qu'elle renferme , ainsi que les déplorables conséquences auxquelles elle conduit. En effet , comment peuton se permettre de blâmer, et surtout de punir, un acte auquel celui qui l'a commis a été irrésistiblement forcé par la toute-puissancje de Dieu , et cela déjà par une malheureuse prédestination à laquelle il a été condamné déjà avant sa naissance? Celte inconcevable croyance ne renferme-t-elle pas implicitement non pas le droit au pardon et à la miséricorde divine, mais réellement la rationnelle excuse de toute faute qu'on puisse commettre?
Enfin que deviennent en présence de cette croyance à la
prédestination la morale des hommes et la règle de leur conduite par rapport a la responsabilité des actes de toute leur vie devant leur juge suprême , où ils auront un jour k en rendre compte , ainsi que cela ressort de la topte-science et de l'immuable justice de rÉternel? Ce prétendu article de foi n'est-il pas en contradiction manifeste avec ces derniers? d'où il est évident que l'un ou l'autre doit être erroné. Or comme le dogme de la miséricorde divine est fondé sur ceux de la bonté et de Timmuabie justice de TÉtre Suprême , c'est celui de la prédestination qui doit être rejeté , sauf a concevoir comment il peut s'accorder avec le principe de l'omniscience de TÉtre Suprême. Or ces deux dogmes me paraissent pouvoir parfaitement s'accorder.
En eflPet, quoique Dieu soit par lui-même réellement omniscient, c'est-à-dire que dans le principe rien ne peut lui rester caché, il peut toutefois y mettre des bornes volontaires selon qu'il le juge convenable dans la haute sagesse de ses vues, sans limiter pour cela ce pouvoir lui-même, pouvant toujours revenir sur cet acte de sa volonté, lui seul étant maître absolu en toute chose. C'est un chef qui abandonne temporairement ses inférieurs à leur liberté d'action, sauf aies soumettre de nouveau^ soit tous, soit chacun individuellement, à sa puissance, quand il le juge à propos , en leur demandant compte de l'emploi de leur temps et de leurs actes. C'est de même aussi, et seulement de même qu'on peut admettre cet autre dogme de la religion chrétienne, corollaire du premier, que les hommes libres, pendant leur existence sur la terre , auront k rendre compte un jour devant leur juge suprême, de l'usage qu'ils ont fait de la faculté qu'il leur a accordée de se déterminer librement en chaque chose, selon qu'ils le trouvent convenable; le Créateur ayant, k cet effet, mis dans leur cœur le sentiment instinctif du bien et du mal, du juste et de l'injuste, comme une vive lumière , donl la clarté peut les guider dans le sentier accidenté de la vie , où les instructions morales de