‹ Théologie de la nature (volume 2)Chapitre 51 sur 79 · CHAPITRE XVI. J6l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. J6l

quelques hommes plus réfléchis peuvent indiquer les écueils qu'ils doivent s'efforcer d'éviter.

En effet, tous les moralistes et les théologiens qui ont écrit snr les conditions du devoir dans lesquelles les hommes se trouvent à Tégard de TÉtre Suprême, ont toujours admis cette liberté d'agir de F homme, sous le nom de libre arbitre. Or ce mot de liberté indique par lui-même Tindépendance eavers quelqu'un; et ici ce ne peut être qu'à l'égard de Dieu même; indépendance qui exclut toute idée de Prédestination , et en conséquence de Prescience de la part de Dieu des actes des hbmmes; vu qu'a Tinstant où l'Être Suprême sait que tel homme produira tel acte , cet homme n'est plus libre, ne pouvant pas donner de démenti à la Prescience de Dieu et moins encore à la Prédestination par lui , ce qui est au fond la même chose; car soit que l'Être Suprême sache que tel homme fera tel acte avant qu'il en ait formé le projet, soit qu'il le force à le faire , c'est de chaque façon lui enlever toute liberté de se déterminer suivant sa volonté, ou , comme on dit, d'après son libre arbitre.

Cette indépendance de l'homme dans les actes de sa vie ne renferme pas toutefois implicitement, ainsi que je viens de le dire, l'idée d'une liberté absolue, et l'impossibilité dans laquelle serait l'Être Suprême de savoir ce qu'il pourra faire ; cette indépendance n'étant qu'accordée et révocable à tout moment à l'égard de chaque individu, et, en quelque sorte, pour chacun des actes qu'il peut ou doit produire; absolument comme dans l'exemple cité un peu plus haut. C'est au contraire précisément sur cette possibilité même que la Divinité peut intervenir dans nos affaires terrestres qu'est fondé 1 espoir que dans sa miséricorde elle voudra bien nous guider sur le chemin de la vertu , lorsque dans le vif désir de lui complaire , nous nous sentons hors d'état de nous diriger nous-mêmes , nous lui demandons d'un cœur contrit et sincère, de bien vouloir nous indiquer la voie que nous devons suivre pour arrivera ce but si ardemment désiré, m. 1 1

Dans ce cas , le^nérite que nous pouvons avoir aux yeux de l'Être Suprême ne réside que dans ce même désir de bien faire par amour pour lui ; et nous pouvons espérer de là qu'il nous assistera dans l'objet de notre prière, en nous donnant entre autres la force de surmonter les obstacles que nous pouvons rencontrer.

La seule prière qu'on puisse, en outre, dignement adresser à l'Éternel , est celle où l'on implore sa grâce dans les circonstances les plus importantes de la vie , circonstances parfaitement pures de tout intérêt contraire k la justice et à la loyauté la plus rigoureuse ; et cela encore en l'accompagnant de la condition restrictive de n'accorder le bienfait demandé qu autant quon pourrait Vavoir mérité par un sincère amour pour lui et une conduite irréprochable envers le prochain ; dispositions qui peuvent seules rendre l'homme digne de la bienveillance divine, convaincu qu'on doit être que, sans cela, la justice du Très-Haut restera inflexible. Ce n'est que par ces ferventes prières d'un cœur profondément ému du désir de voir sou juste vœu exaucé , et pénétré de la plus sincère contrition, qu'on peut espérer que l'Esprit vivement affecté puisse s'élever jusqu'au Tout-Puissant avec l'espoir de quelque succès par la miséricorde divine.

Hors ces deux cas , adorez Dieu mais ne le priez jamais. Adorer l'Éternel, c'est s'humilier devant sa majesté suprême, qui dans sa toute-puissance a tiré l'uiiivers du néant, par Tunique effet de sa volonté; c'est rendre un respectueux hommage à s^ sublime sagesse par laquelle il a tout ordonné pour le maintien de la plus parfaite harmonie dans la Nature, afin de rendre ce qu'il a fait k tout jamais possible ; c'est )ui exprimer du fond du cœur notre reconnaissance pour Tinef* fable bonté avec laquelle sa paternelle sollicitude a doué chacune de ses innombrables créatures de tout ce qu'il lui faut pour son bien-être : c'est lui exprimer l'admiration que nous inspirent ses œuvres , dont la moindre dépassant infiniment toute intelligence humaine, ne peut qu'exciter en

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nous , lorsque nous cherchons à les apprécier, le sentimeol du plus entier dévouement, ainsi que Famour le plus pur pour leur auteur ; c*est enfin lui Consacrer notre cœur, comme le véritable autel sur lequel nous lui offrons, avec une parfaite sincérité, notre. vœu le plus ardent de lui être agréables et de vivre conformément k sa volonté , en ne faisant que le bien , et en fuyant le mal.

Prier Dieu, c'est au contraire lui demander, le plus sou*vent, toute espèce de faveurs que par sa toute-puissance il est à même de pouvoir accorder pour rendre heureux ; et lorsque tous les biens de la terre sont épuisés en sollicitations , on ne manque pas de lui demander encore la béati* tude éternelle pour coitiplément de toute félicité. Horrible blasphème, qui n'est que la méprisable spéculation d*un honteux égoïsme, par laquelle on espère acquérir tous les biens, sous le seul prétexte d un prétendu amour de Dieu. Cest Teffet de Tunique croyance à la faiblesse de la Divi^ nité , croyance par laquelle on pense le fléchir par Timportunité des sollicitations ; où Ton rabaisse Dieu au niveau des faibles humains, en méconnaissant sa rigoureuse justice que rien ne saurait faire varier, supposant que Dieu peut accorder, contre sa volonté première, un bienfait quelconque qu'on n'a pas mérité par la conduite qu'on a tenue. Que (lis-je? une foule de personnes poussent même l'indignité jusqu'au point d'entrer, ainsi qu'elles le pensent , en arrangements avec la Divinité , lui offrant en échange du bien qu'elles espèrent obtenir, un nombre déterminé de prières qu*on voit débiter avec une inconcevable rapidité , pour se débarrasser le plus promptement possible de la corvée dont on s'est chargé ; rapidité qui ne s'acquiert que par la grande habitude de cette sorte de demandes, où la volubilité de la langue est tout, tandis que le cœur et l'esprit ne sont pour rien dans ces simagrées de piété. Enfin d'autres, méconnaissant plus encore la sagesse divine , offrent même à rÉtre Suprême des objets matériels en échange du bien

qu'ils sollicitent, comme si la bienveillance de TÉternel était à prix d'argent : faveur que le riche seul pourrait ainsi acquérir , tandis que le pauvre , qui souffre déjà de la misère dans laquelle il est le plus souvent né, et qu'il ne peut avoir méritée, serait nécessairement privé; prières, vœux et offrandes dont on oublie d'ordinaire bientôt tontes les conséquences , si toutefois l'on a cru devoir s'engager a mieux se conformer dans la suite aux préceptes de la morale et de la vertu. Or si ces mêmes personnes étaient mieux instruites de leurs devoirs envers l'Être Suprême, elles sauraient qu'un simple désir honorable et légitime, pur de toute tache, est déjà par lui-même une prière non formulée adressée à la Divinité, par cela seul que dès que cette pensée est formée dans notre esprit , Dieu la connaît et peut en accomplir le vœu ^'il le juge convenable dans sa haute sagesse , et nous pouvons espérer qu'il le fera par l'effet de sa bonté infinie , sans que nous ayons besoin de le lui demander par des prières répétées ; sachant parfaitement par sa toute-science ce qui peut contribuer k notre bien-être, et nous n'avons qu'a l'attendre avec calme et patience de sa paternelle sollicitude, si nous pensons l'avoir mérité ; aussi la seule prière que , dans les circonstances ordinaires de la vie , nous ayons a adresser a notre Père céleste , est de lui exprimer simplement DU FOND DU COEUR LE DÉSIR DE LUI ÊTRE AGRÉABLES PAR NOS SENTIMENTS ET NOS ACTIONS , SANS CROIRE QUE NOUS PUISSIONS JAMAIS AVOIR ASSEZ DE MÉRITE A SES YEUX POUR qu'il doive nous ACCORDER LE MOINDRE BIENFAIT.

La plupart des personnes peuvent en raison de l'enseignement qu'elles ont reçu, être fondées a croire, qu'aucune vertu ne leur est possible par elles-mêmes , et qu'elles doivent, pour en avoir la force, implorer a cet effet la grâce divine, d'où ces personnes ne font en conséquence jamais le moindre effort pour s'opposer h l'entraînement de leurs passions, donnant pour excuse celle qu'on leur a enseignée, qu'elles ne peuvent rien parleurs propres moyens, que la

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