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CHAPITRE XVI

soit chargé de ceux le plus en harmonie avec ses facultés et les conditions dont ces soins dépendent. C*est-à-dire que la femme, plus faible, plus délicate, et sujette à des conditions de santé et d'occupations dans. la procréation et l'éducation des enfants, doit naturellement être plus spécialement chargée de ces soins qu'elle seule peut donner à la famille par reflet des qualités qui lui sont innées; soins qui exigent sa présence au domicile conjugal, et pour lesquels la grande force physique lui étant inutile , ne lui fut en conséquence pas donnée par la Providence; aussi ne peut-elle que difficilement se charger soit des travaux pénibles soit des affaires extérieures. L'homme, au contraire, généralement plus fort, en même temps que sa présence continuelle au domicile commun n'est pas nécessaire , doit naturellement s'occu^ per de toute affaire qui réclame sa force, son énergie et son endurcissement k la fatigue, ainsi que les moyens artificiels qu'il a acquis pour cet effet par son éducation.

En effet, tout le monde coii viendra qu'il serait contraire k tout bon sens que la femme allât combattre à la frontière, ou bien qu'elle voyageât pour le commerce, où elle serait exposée k une foule de dangers qui lui rendraient le succès impossible , pendant que le mari resterait chez lui pour soigner les petits détails des affaires du ménage.

Mais si les occupations que réclame 1 intérêt de la communauté exigent qu'elles soient ainsi partagées , selon les moyens naturels k chacun des époux, cela né peut, ainsi que je l'ai dit, jamais donner lieu k un droit qui établirait une juste subordination du plus faible k l'égard du plus fort; pas plus que cela ne saurait avoir lieu entre les divers associés d'une maison de commerce, dont chacun est plus particulièrement chargé des affaires auxquelles il est apte par la spécialité de ses moyens soit naturels , soit acquis par l'éducation.

Les conditions si conformes aux facultés propres k l'homme et k la femme, sont ensuite rendues jplus distinctes encore

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par TéducatioD différente qu*on a soin de donner aux enfants suivant leur sexe ; d'où résultent des aptitudes qui , bien qu'elles soient artificielles, ne manquent pas de donner k l'un et à l'autre, et d'ordinaire aux garçons, divers genres de supériorités spéciales acquises, mais qui ne sauraient jandais devenir un droit légitime k la domination absolue.

L'idée de cette supériorité réelle, due k l'éducation , est toutefois tellement entrée dans l'esprit de tout le monde que chacun en accepte les conséquences, au point que personne ne Voudrait aujourd'hui essayer de changer cet ordre de choses, dans la crainte d'être au moins ridicule. En effet, quelle estime inspire une femme qui , sans nécessité, se fait militaire, ou prend., sous quelque rapport que ce soit, les ipanières habituelles aux hommes? et réciproquement, quels égards commanderait un homme qui, s'emparant des soins du ménage , exigerait que sa femme se livrât k des travaux pénibles, ou bien k des affaires de l'extérieur, qui demandent une force et des connaissances scientifiques qu'elle n'a pas? Lorsqu'au contraire la nécessité lèvent, les occupations naturelles k l'un des sexes deviennent honorables pour l'autre C'est ainsi qu'un père de famille a droit k toute notre estime quand, privé du secours de sa femme, il prodigue k ses enfants les soins que leur âge tendre réclame ; et qui jamais a blâmé la Pugelle d'Orléans, qui prenant la cuirasse et l'épée, est accourue du fond de ses montagnes au secours de son roi , en chassant devant elle les ennemis qui avaient pénétré jusque dans le cœur de la France?

Mais si je ne conteste en rien le droit qu'ont les femmes de faire, k l'égal des hommes , usage des moyens que la nature leur a départis, je crois devoir toutefois blâmer celles, heureusement en petit nombre, qui, oubliant la haute position que leur donnent dans la société les éminentes vertus propres k leur sexe, ne craignent pas de descendre jusqu'au point de se permettre des habitudes d'une mauvaise éducation , comme de fumer , de jurer , de s'enivrer et d'aller k la

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cbasse, etc., habitudes qu'on excuse au contraire si facilement chez les boninies , d'ordinaire moins élevés dans leurs manières d'être. En effet, ces défauts qui contrastent si fortement, non<s6ulement avec la grâce , Taménité et l'exquise sensibilité des femmes, ainsi qu'avec la charmante amabilité qui les distingue , mais encore avec la douceur de leur caractère, et en général avec tout ce qu'il y a de délicat dans leurs sentiments innés, ces défauts dis-je, deviennent tellement choquants qu'ils paraissent marnes monstrueux chez les femmes , en excitant la réprobation de tout le monde , et détruisent en nous cette respectueuse admiration qu'elles nous inspirent d'ordinaire, en même teo^ps qu'ils font naître dans notre esprit le pénible sentiment du regret de voir se dégrader ainsi des Êtres généralement si élevés sous tous les rapports.

Les lois qui règlent, chez les diverses nations, les droits de l'homme et de la femme , sont, ainsi que je l'ai dit plus haut, loin d'être naturelles , n'étant partout que la conséquence pure et simple de la force physique qui prédomine chez le premier , et dont il a abusé pour soumettre et opprimer la femme ; et celle-ci , par l'effet deja longue durée dé cet antique esclavage, qui existe ^ k n'en pas douter , depuis l'origine des races humaines, s'est non-seulement résignée k cet état d'infériorité sociale , mais elle le réclame même en quelque sorte, dans ce sens que, chaque mère élève sa fille dans ces principes, devenus un usage consacré par le temps. Cela est si vrai que, pour la plupart des cas, une mère ne voudrait pas que sa fille s'en affranchit, et cela seulement parce que le public l'exige et y attache Thonneur. C'est ainsi que les femmes elles-mêmes , qui seules se trouvent lésées dans leurs droits et leur liberté, ont si bien adopté cette opinion , qu'elles blâment plus encore que les hommes ,. celles qui y apportent la moindre atteinte ; et cela uniquement parce qu'elles sont plus consciencieuses et plus purçis dans leurs principes et leur coniluite que les hommes leurs

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oppresseurs; aimant mieux se soumettre k d'injustes exigences que d'encourir la désapprobation publique.

En examinant au contraire quelles sont les qualités réellement innées aux deux sexes , et quels sont les droits et les devoirs naturels qui en découlent, conformément k une bonne logique, pour trouver leur application dans les devoirs de la vie conjugale , on arrive bien k la plupart des usages adoptés k ce sujet chez les peuples civilisés ; mais non a un droit k la domination, et moins encore k l'abus de ce droit , ainsi que cela a trop souvent lieu ; et surtout jamais k pouvoir justifier l'infraction aux droits de chacun : infraction qui serait tolérée chez l'un* et blâmée chez Tautre.

En effet , l'homme et la femme étant , ainsi qu'il a déjk été dit, nés des mêmes |)arents, comme frère et sœur, se trouvent par la évidemment dans les mêmes conditions de droits nuturels imprescriptibles. Quant aux facultés innées aux deux sexes, qu'on veut supposer supérieures chez l'homme, cet avantage, si même il existait, ne pourrait, ainsi que je l'ai déjk fait remarquer, jamais donner un droit a la domination , étant contraire k cette égalité due k la naissance; et ne peut être appuyé que par la raison du plus fort ; en d'autres termes , par l'action de la force brutale , dont l'immoralité, reconnue partout où elle est employée, condamne ce prétendu droit naturel k la domination.

Ce qui prouve d'ailleurs que le Législateur lui-même , k quelque nation qu'il appartienne, n'a nulle part reconnu ce droit comme inhérent au sexe, c'est qu'il ne l'admet qu'entre les personnes unies par le mariage, punissant partout ailleurs rinfraclion au vrai droit naturel de la parfaite égalité entre les deux sexes. Et si la loi civile, uniquement créée par les hommes, ordonne la soumission de la femme envers son mari, cela ne prouve aucunement que cette loi soit juste et naturelle, mais seulement qu'elle a été imposée par ceux qui se sont arrogé le pouvoir d'être seuls législateurs.

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Pour connaître la véritable supériorité qui peut exister naturellement entre les deux sexes de Tespèce humaine, il ne faut en conséquence pas partir, ainsi que le font assez souvent les Philosophes et les Moralistes, de Topinion préconçue et trop généralement adoptée, que Thomme est par Teffet de son sexe doué de plus d*intelligence innée que la femme; faux principe dont on conclut facilement que le mari doit, par cela seul , être le directeur de la communauté , et partant son chef et son despote.

Cette croyance a bien quelque chose de spécieux, vu que l'éducation qu'on a Thabitude de donner aux hommes et aux femmes, et dont j'ai déjà parlé, ne permet guère a celles-ci d'arriver au même degré de connaissances scientifiques et artistiques que ceux-là ; d'où résulte, sous ces deux rapports seulement, une supériorité artificielle acquise qu'on fait ensuite valoir comme supériorité naturelle, et de là comme établissant un droit de domination qui n'est réellement qu'usurpé. Pour ne pas tomber de premier abord dans ce genre d'erreur , le Philosophe doit examiner et comparer entre elles chacune des qualités tant bonnes que mauvaises qu'on remarque chez l'homme et chez la femme, sans en excepter une seule, si cela se peut, pour les mettre ensuite chacune en parallèle avec celle qui lui correspond dans l'autre sexe, en compter le nombre, en reconnaître l'influence, et tâcher enfin, de les juger sans prévention. Or ce moyen conduit précisément k cette vérité que sous presque tous les rapports la femme l'emporte en bien sur l'homme, com^le Être supérieur et plus noble ; sans chercher des preuves pour ou contre dans les exceptions , toujours faciles à trouver; arguments qui ne conviennent qu'aux sophistes, qui les avancent avec une certaine emphase d'éloquence , dans l'espoir de captiver ceux qui, par leur esprit trop faible ou leur intérêt particulier, sont plus faciles a convaincre.

Je viens de dire que la femme l'emportait sur l'homme en presque toute chose par l'éminence de ses qualités. En

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effet, sous le rapport physique, elle est plus belle, ses formes sont plus gracieuses, plus délicates; sa voix, plus douce et plus mélodieuse, exprime déjà plus de douceur dans le caractère et une sensibilité plus exquise, qui la rend plus compatissante au sort des malheureux et plus disposée a en adoucir la rigueur. Sous le rapport moral , elle est plus généreuse dans le pardon que réclame son mari des offenses qu'il lui a faites, pardon qu'il peut mériter par son retour à des procédés plus conformes à l'entretien de la bonne intelligence ; la femme oubliant avec une admirable indulgence les fautes souvent graves commises précédemment, pour n'y répondre que par le témoignage du dévouement le plus tendre ; tandis que l'homme, plus emporté et plus vindicatif, ne pardonne que rarement des fautes plus légères de sa femme. C'est elle aussi qui, plus dévouée que son mari k ses devoirs et à ses enfants, cherche moins que lui les plaisirs étourdissants que Textérieur leur offre, et vit par là plus dans la retraite pour ne consacrer son temps et ses soins qu'au bonheur de sa famille; noble et admirable résignation qui ne se rencontre que fort rarement chez les hommes. C'est également ainsi que , plus compatissantes au malheur d' autrui , elles se vouent en grand nombre , avec une parfaite abnégation d'elles mêmes, aux soins de ceux qui souffrent, sans se laisser repousser par les occupations les plus capables d'ëloigner ceux qui n'auraient pas comme elles la véritable passion pour tout ce qui est bien ; soins auxquels les hommes ne se livrent guère que poussés par un autre intérêt que celui du bienfait.

Si l'homme expose souvent sa vie pour le bien des autres, c'est sans doute aussi par l'effet de ce sentiment de générosité admirable qui lui fait oublier qu'il court dés dangers; et je suis en conséquence bien loin de vouloir diminuer en rien le mérite de ces élans de dévouement dont nous avons de nombreux exemples partout où les circonstances leur permettent d'en donner des preuves; mais je ferai simplement

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remarquer que ces exemples de dévouement sont plus communs chez les femmes, qui vont d'ordinaire tranquillement au-devant des circonstances qui peuvent leur fournir Yoccasion de mettre leur afiectueuse compassion en pratique ; tandis que les hommes ne se trouvent le plus souvent amenés à des actes de dévouement qu*k là vue du danger même que courent ceux auxquels ils peuvent porter secours ; et cela par l'effet de leur générosité et de leur courage; conséquence de la puissance qu'ils sentent dans leur force , pour arriver au résultat désiré d'être utiles. Or si, dans les cas où la grande force est nécessaire au succès , les femmes ne montrent pas toujours le même dévouement, c'est par l'effet de la conscience qu'elles ont de leur faiblesse, qui fait naître en elles l'idée de l'impossibilité de réussir; idée à laquelle on doit seule attribuer leur manque de résolution dans Texécution du bienfait ; donnant dans une foule d'autres cas, les preuves les plus évidentes de leur courage k secourir les malheureux, lorsqu'elles entrevoient la possibilité de réussir dans leur noble et généreuse abnégation d'elles-mêmes.

Les femmes sont encore supérieures aux hommes par l'absence, ou du moins par la moindre fréquence de nombreux défauts, tels que l'emportement, la grossièreté, la brutalité ; et les crimes contre les personnes , les mauvais traitements envers les animaux sont bien plus rares et moins violents que chez les hommes. Elles sont aussi infiniment moins adonnées aux mauvaises habitudes , telles que le jeu et surtout l'ivrognerie, défauts au contraire tellement habituels chez les hommes, qu'ils s'en montrent même fiers; chantant ce dernier vice par de nombreux couplets, comme s'il constituait uncvertu dont on peut se glorifier; tandis que les femmes qui s'enivrent se déshonorent. Or cette différence si grande, que l'opinion publique fait entre l'homme et la femme pour tous ces défauts, plus blâmés chez elle que chez lui, est déjh la preuve évidente de l'idée de supériorité que tout le monde a des qualités morales et des mœurs des femmes,

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chez qui le plus faible de ces défauts parait en conséquence, une monstruosité, contrastant d'une manière si fâcheuse avec leurs vertus habituelles, la pureté de leur conduite et la noblesse de leurs sentiments. Chez les hommes, au contraire , la fréquence du vice de l'ivrognerie fait que nonseulement on n'y fait pas attention , mais qu'on l'excuse même par l'effet d'une blâmable indulgence pour rhabilude de ce travers , qu'on considère en quelque sorte , comme inhérent à leur naturel ; lui accordant même une véritable approbation par l'absence de blâme et la facilité qu'on offre aux hommes de se livrer à cette dégoûtante habitude, et enfin par l'espèce de plaisir et de satisfaction qu'on leur témoigne de les voir dans ce honteux état, où perdant plus ou moins leurs facultés intellectuelles , ils descendent au-dessous de la brute : et alors encore on les excuse.

Que peut-on même dire de la moralité de ces hommes malheureusement en si grand nombre , qui se faisant un jeu du bonheur d'autrui, ne craignent pas de porter la désolation dans les familles, en détournant les femmes de leurs devoirs envers leurs maris? Vice tellement commun, que le public même ne le flétrit pas par son souverain mépris, comme il devrait le faire ; tandis qu'il blâme sévèrement la femme même libre, qui ne doit rien à personne, lorsque, vaincue parles sentiments d'un affectueux attachement qu'on a fait naître dans son cœur , elle cède à celui qui lui a promis de l'aimer toujours, mais qui, le plus souvent, la trahit honteusement , en divulguant même ce qu'il a juré devoir rester à jamais un éternel secret, sans être honteux d'une aussi odieuse conduite, et que l'opinion publique ne le flétrit même pas ; et cela toujours pour la même raison , celle que c'est un vice presque universel chez les hommes.

Quant à la fidélité conjugale, que tant de détracteurs des femmes ont prétendu être souvent enfreinte par elles, je demanderai seulement si elle l'est moins par les hommes? Sans doute la femme qui manque jusqu'k ce point à ses de-

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