‹ Théologie de la nature (volume 2)Chapitre 65 sur 79 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

dément des animaux qui doivent servir k autrui ? Enfin qui , plus que le chasseur, dont j'ai déjà parlé, mérite ces dures qualifications , lui qui ne tue que pour la seule jouissance de voir expirer ses malheureuses victimes k ses pieds , dans les tourments les plus affreux ; lui qui pousse même le raffinement de la cruauté au point de faire que leur mort soit accompagnée des effets les plus horribles , afin de mieux en jouir!

On dira que le plaisir du chasseur consiste k exercer son adresse k tirer le fusil ; mais cela n'est évidemment pas le but de ce genre d'amusement; vu qu'on prouverait bien mieux son talent en jetant des pierres en Tair et k les y casser k coups de balles, et que rarement, sinon jamais, le chasseur se plait k cette sorte d'exercice , trop insignifiant pour SES SENTIMENTS. Ou dira aussi qu'on chasse pour la satisfaction de se procurer quelque pièce de gibier dont on aime k se nourrir ; mais cette raison aussi n'est pas plus fondée que la première, et ne l'est surtout pas pour l'homme riche qui d'ordinaire recherche le plus ce genre de jouissances ; lui qui , possédant des millions, court toute une journée dans les champs et les forêts, dans l'espoir, souvent déçu, d'atteindre un lièvre, une caille, voire même une simple alouette, sur laquelle il n'est pas honteux de tirer : la proie ne valant pas la poudre qu'il perd ; tandis que la pièce de gibier qui lui coûte tant de peine ne vaut pas un écu k acheter ; mais il tue^ et son grand but est atteint. Or si le but de la chasse ne se tcouve ni dans l'adresse qu'il yak tirer juste, ni dans la satisfaction de posséder l'animal qu'on poursuit , ni dans l'espoir qu'on peut avoir de le manger, dans quoi peut-il exister si ce n'est dans la jouissance du meurtre, précédée de la satisfaction de voir quelque temps le pauvre animal , lancé par les chiens, 'être en proie k Teffroyable angoisse d'une mort prochaine, s'épuiser de fatigues, et qui, réduit enfin aux abois , vient toiûber devant l'arme meurtrière du chasseur, après avoir, souvent une journée entière, défendu

sa vie à la course , son seul moyen de salut , contre une meute de chiens acharnés, lancés à sa poursuite, et dont le chasseur excite ce cruel instinct par des cris sauvages, auxquels ces animaux s'animent; sachant qu'ils complaisent par là k leur maître, qu'ils aiment a servir dans sa jouissance sanguinaire.

Croirait-on que naguère encore il y eût en France , dans ce pays de haute civilisation , et plus souvent encore dans d'autres parties de l'Europe, l'horrible chasse forcée, consistant k faire prendre à la course des cerfs par des ch}ens, et de les faire déchirer tout vifs par ces féroces assaillants, devant les yeux satisfaits des chasseurs assemblés pour contempler dans leur âme un aussi atroce spectacle, sans se sentir le moins du monde affectés par l'horrible agonie , si longtemps prolongée, de la pauvre victime versant d'abondantes larmes de détresse, sans que la pitié, ou le moindre regret se soit jamais fait sentir dans le cœur endurci des chasseurs.

D'autres fois la jouissance de lâchasse, nommée chasse meurtrière, consiste k réunir par des traques, dans un lieu étroit, une quantité considérable de gibier de toutes espèces, et d'en faire passer le troupeau devant les grands seigneurs, en l'honneur de qui la fête est donnée, pour leur offrir la jouissance de massacrer plus a leur aise , k quelques pas de distance, ces malheureux animaux, en tirant dessus avec des fusils que ces hauts personnages ne se donnent pas même la peine de recharger : cette occupation trop vulgaire étant laissée k de simples piqueurs; occupation qui prend un temps précieux que , dans leur passion pour le plaisir du meurtre, les Maîtres aiment mieux employer au carnage des animaux qu'on pousse devant, leurs pieds; et dont la plupart, plus ou moiûs mortellement blessés, restent en proie k d'horribles souffrances souvent jusqu'k la fin de la journée, ou jusqu'au lendemain, qu'on vient enfin les achever; non par ce qu'on pourrait appeler

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un reste d'humanité , mais parce qu'il faut enfin débarrasser la place. Or ce sont les gens capables de semblables atrocités qui osent parler de Bêtes féroces et d'Humanité. MAIS IL EST DANS LES CIEUX UN DIEU, JUGE IMMUABLE, QUI RÉMUNÈBE CHACUN SELON QU IL A VÉCU.

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