MOTS II
Note n* II. Amour réciproque des deux Sexes,
J*ai dit dans cet ouvrage que Dieu ayant accordé aux animaux les facultés de Tiatelligence et du mouvement volontaire , il put aussi leur confier en grande partie le soin de la propagation de leurs races, et quil lui a suffi pour cela de les porter k Taccomplissement de cet acte si important par la jouissance qu'ils y trouvent. Or, comme Tinstinct qui amène k cet effet les femelles ne les porte à souffrir rapproche des mâles qnk des époques déterminées, ejles restent, hors ces moment9, fort indifférentes à Tégard de ces derniers ; tandis que chez ceux-ci le sentiment d^attrait pour les femelles est permanent, quoique faible , aux épo ques ordinaires, et devient l'objet de la passion la plus vive au temps du rut, tandis que les femelles restent dans la plus grande indifférence, La preuve de ce fait, c'est qu'on voit rarement des mâles faire le moindre mal k des femelles , même hors le cas de l'accouplement, où les animaux panûssent devoir être complétenoient indifférents les uns pour leil autres ; et ce n'ei^t qu^ l'espèce humaine qui se dégrade au point de violer cette loi de Tamour eq descendant ainsi au-de$sous de la brute.
C'est ainsi que le Chim^ méu^e hors le temps de la chaleur de la Chienne, m fait jamiiis le moindre mal k<;elle-ci ; tandis que cette dernière, n'ayant aucun sentiment d'affection pour lui , ne manque pas de le mordre lorsque , dans une circonstance quelconque, elle a lieu de lui faire éprouver aa ipauvaise humeur ; et alors même le chien ne s'en venge pas. C'est ég^lequent ainsi qu'on ne voit jamais un Étalon mordre oii frapper une Jument, et il en est de même pour tous les autres apimaux , où l'amour passipnné , instinctif des m^les pour les femelles, et la froideur portée jusqu'à la plus complète i|idifférmce de celles-ci envers
eux, se montrent partout, jusque chez les moindres animalcules.
Voyez le Paon , lorsqu'il est animé par la présence de sa femelle, faire la roue, pour étaler k ses yeux Téclatante magnificence de son superbe plumage, tourner voluptueusement autour d'elle avec tous les signes d'un véritable délire amoureux ; tandis que la Paonne^ complètement indifférente à tous ces témoignages d'une aussi vive passion , se promène au hasard en cherchant quelques grains dont elle pourrait se nourrir, sans faire la moindre attention k celui qui fait tout pour lui exprimer sa passion.
Voyez le Pigeon roucouler autour de la Colombe pour lui exprimer Içs sentiments de la tendre affection qu'elle lui inspire; pendant que celle-ci reste également indifférente à son égard.
C'est encore par l'effet de ce même sentiment d'affection pour sa femelle que le Coq l'appelle , par un cri particulier qu'elle comprend, pour lui livrer une graine qu'il vient de trouver, aimant mieux la lui offrir que d'en faire son propre profit : mais souvent aussi il emploie ce moyen par ruse pour attirer la Poule à lui, afin i& s'éviter la peine de lui courir après quand il désire l'avoir; sachant fort bien qu'elle fuirait devant lui.
C'est par le même sentiment d'un vif amour que le Papillon voltige passionnément autour de sa femelle^ dans l'espoir de pouvoir l'atteindre, pendant qu'elle semble l'y exciter par les poses les plus voluptueuses , et lui refuser subitement tout accès, au moment où il croit le moment venu de jouir du bonheur qu'il espère. On voit souvent cette agacerie durer fort longtemps , où le mâle poursuit sa femelle de station en station , où il plaît à celle-ci de s'arrêter, sans autre motif que ses convenances ; et enfin , impatienté de ces pruderies , on voit le mâle s'éloigner comme s' il renonçait a toute espèce de succès , mais revenir bientôt a tire-d'aile auprès de celle qui lui a si longtemps résisté.
C*est surtout chez les Papillons nocturnes que le contraste est le plus grand. Les mâles , souvent très-agiles , cherchent partout avec vivacité leurs femelles qu'ils savent découvrir partout où elles se cachent pour dormir, et s* accouplent avec elles sans que celles-ci s'éveillent même aux caresses empressées de leurs mâles. Enfin il n'est pas jusqu'aux moindres petits insectes, jusqu'aux plus petits êtres du Règne annnal , où l'on ne voie les mâles rechercher leurs femelles avec le plus vit' empressement, pendant que cellesci, complètement insensibles à l'amour, ne reçoivent les mâles qu'avec la plus complète indifiérence , les évitant même avec soin lorsqu'elles le peuvent.
Cette différence entre le de^ré d'amour des deux sexes étant l'effet d'une véritable loi générale de la nature, elle existe également pour l'espèce humaine , quoiqu'à de bien moindres degrés, l'éminence des facultés intellectuelles modifiant considérablement chez elle l'influence des penchants purement instinctifs. C'est ainsi que la concordance des caractères , les sentiments de la reconnaissance f our l'attachement dont on a été Tobjet , l'admiration morale, et surtout la beauté physique, viennent ennoblir, chez l'Homme et la Femme, leur inclination naturelle, en élevant leur affection réciproque jusqu'à l'amour platonique, le sentiment le plus sublime dont l'espèce humaine soit capable.
Note n'' III. Analogie entre les organes appendiculaires
des Végétaux.
De même que chez les animaux , les organes des plantes forment sur le même individu des séries d'analogues, dans lesquelles ils se transforment graduellement les uns dans les autres, de manière à changer entièrement de forme et de fonction , en ne conservant à la fin plus aucune ressemblance , et cela au point que leurs caractères étant entière-
ment changés , il serait impossible de reconnaître leur affinité si Ton n'en avait la preuve dans certaines espèces , où cette transformation est presque insensible de Tun de ces organes h l'autre.
Or celte dégénérescence est même telle que tous les organes appendiculaires du même végétal ne sont au fond partout que la même chose , sous des formes et avec des propriétés plus ou moins différentes. C'est ainsi que YÊcoree, formant la tunique générale qui revêt toute la plante, ne fait que se modifier légèrement pour devenir successivement d'une organe à l'autre, tes Écailles des bourgeons, les Feuilles qui se développent dans ces derniers , les Folioks des Calices, les Pélales, les Éiamines, le Fruit, et plus loin les diverses enveloppes successives de la graine que ce dernier renferme , telles que les Tuniquês de celles-ci , ses Ce^ iylédons , et enfin la Planiule du nouveau sujet que la graine contient. En un mol tout le végétal n'est qu^une agrégation d'une foule d'organes en apparence fort différents, et au fond pourtant les mêmes en principe, mais diveirsement développées , sous des formes plus ou moins variées.
On savait, depuis assez longtemps, que les fleurs doubles n'offraient celte forme que par l'effet de la transformation des Ëtammes en Pétales ; mais ce n'e3t guère que depoin une vingtaine d'années que les Botanistes ont reconnu que tous les autres appendices dont je viens de faire l'énumération n'étaient également rien autre que des feuilles or(linaires modifiées.
Celte dégénérescence est très- facile k voir dans plusieurs végétaux , où la modification d'un organe k l'autre est si légère qu'il est impossible de ne pas la reconnaitre. C'est ainsi que dans le Marronnier d'Jnde, les écailles des boui^ geons ne sont que- des proloqgepoents en forme de petites lamelles fort minces , ovales de VÊcorce de l'arbre, qui s'imbriquent les unes sur les autres en nombre asseï oonsidé* rable pour former m ftbri k la partie iptérieui:^ du bouff*-