CHAPITRE XV
CHRÉTIENS , k enchérir encore sur les Apôtres, en le considérant non- seulement comme le Fils de Dieu, mais ils l'assimilèrent k la Divinité elle-même, en le proclamant identique avec le Créateur ; admettant qu'il ne formait avec lui et l'Esprit divin ou le Saint-Esprit qu'uN seul et même Dieu, formé ainsi de trois personnes ou Trinité ; croyance qui devint bientôt le dogme fondamental de toutes les sectes chrétiennes qui se sont établies , k l'exception de celles des Ariens et des Unitaires, qui, tout en adoptant les principes de morale théologique enseignés par Jésus-Christ, rejetèrent toutefois le dogme de son essence divine.
Ce dogme de la Trinité n'est fondé que sur un passage de hPr&mière Êpîtrecatholiqiœàe l'Apôtre Saint Jean, Chap. V, 7 , où il est dit : « Car il y en a trois qui rendent témoignage dans le ctrf, le Père, la Parole et le Saint-Esprit, et ces troislà sont un. » Or ce passage a été écrit après la mort de Jésus-Christ.
Cette opinion d'une Divinité unique, formée cependant de trois personnes, a souvent été l'objet de fortes discussions. Ceux qui la soutiennent, et ce sont la plupart des théologiens chrétiens, prétendent qu'on doit l'accepter, d'abord parce qu'elle est enseignée dans les Actes des Apôtres ;, et ensuite comme reconnue vraie par l'Église , qui se fonde sur la décision du Concile Œcuménique deNicée (en 325), qui condamna la doctrine des Ariens. Les catholiques romains allant jusqu'au point de ne pas même permettre la moindre réflexion k ce sujet, ainsi que sur aucun autre dogme, pour tâcher d'en comprendre la possibilité , ont soin de déclarer que ce sont des mystères incompréhensibles pour l'intelligence humaine, et que la plus simple discussion k ce sujet, voire même le plus léger doute , constituent déjà un grave péché.
Les Protestants soutiennent bien la même thèse , mais ils permettent toutefois le libre examen sur cette grave question, afin que chacun puisse trouver d'une manière quel-
THBOIOGIS Dl Là NATURE.
conque les preuves d'après lesquelles il pourrait se convaincre qu'il se peut que trois personnes n'en constituent cependant qu'une seule, ^n effet, est-il bien possible à un homme de s'imposer volontairement une croyance k laquelle il ne croit pas? Or cette difiScuIté ne repose que sur une simple faute de logique de la part de ceux qui enseignent ce dogme , voulant d'une part, pour tenir fermement au texte de l'Écriture ' Sainte, qu'on considère le Créateur, le Saint-Esprit et Jésus comme trois Êtres différents, tandis que de l'autre on doit aussi ne croire qu'à un seul Dieu.
Quant au Saint-Esprit^ l'explication est facile, si l'on considère ce nom comme un simple synonyme des autres désignations sous lesquelles on nomme la Divinité, qui, en réalité, n'a qu'un seul nom, celui de Dieu, tandis que toutes les autres dénominations sous lesquelles on parle d'elle ne sont que celles de l'un de ses attributs. C'est ainsi qu'on nomme Dieu ÏÊtre Suprême, V Éternel, le Tout-Puissant^ le Créateur^ e'est-à-dire celui qui est au-dessus de toute chose, qui n'a ni commencement ni fin, dont le pouvoir est illimité, et qui a tiré l'univers du néant; et c'est également ainsi que Dieu qm n*6st qu'Esprit peut aussi être désigné sous le nom de Saint-Esprit.
Pour ce qui est de Jésus-Christ, comme troisième personne de la Trinité, l'affirmation pourrait encore être soutenue jusqu'à un certain point, si l'on voulait s'en tenir ririgoureusement au texte de l'Apôtre Saint Jean, et ne con^dérer le Sauveur que simplement comme la Parole de Dieu, c'est-à-dire comme Y Interprète par lequel le Créateur a parlé aux hommes ; en d'autres termes que sa parole doit être considérée comme étant celle de Dieu même ; mais il y a loin de là à une identité parfaite avec le Créateur, Enfin, si allant plus loin encore , on voulait regarder Jésus-Christ comme étant réellement le Chéateur incarné, ainsi que le prétendent la plupart des sectes chrétiennes, admettant que JHeu a pris en lui la quaUtè physique de Vespèee ftumam^, de
CHàFiXiis xr. 7
même qu'on dit qu*il a pri$ la forme d*une colombe^ lors du baptême de Jésus , il faudrait du moius qu'on restât conséquent a^ec ce dogpe, et ne pas soutenir tantôt que le Cliriat est le Créateur même, tantôt qu'il n'est que le Fils de Dieu, et tantôt, en le considérant comme le Messie (Christ) ; c'est-kdire comme n'étant que le descendant du Roi David \ ear ici commence le grand embarras de T inextricable thèse par^ doxale des orthodoxes.
En effet, comment comprendre que le Créateur, sous la forme d'une colombe , soit descendu sur lui-même , ayant aussi en môme temps la forme de Jésus? Ensuite, comment Jésuê a-t-il pu appeler le Créateur son Père^ et être %ii^si h la fois le Fils de lui-même , et dire, comme on le verra plus loin, qu'il retourne auprès de son Père, etc. ? Enfin commeqt a-t-il pu adresser des prières à lui-même, surtout leP^Ur? Ce ^ont là de ces contradictions qu'il est impossible d'expliquer , et par cela seulement qu'on a adopté inconsidérément un principe erroné qui fausse tout, à quoi il se trouve mêlé.
Quant à la croyance que Jésus-Christ est le FiU unique 4e IHeu,, titre qu'il n'a, ainsi que je l'ai déjà dit, non-seulement jagiais accepté et contre lequel il s'est même formellement prononcé, comme on le verra un peu plus bas, elle n'est fondée d'abord queitir un rive de Saint Josepb, ensuite plus particulièrement sur une simple exclamation d'admiration de Saint Piehre , et enfin sur la prétendue annonciation faite à Maaie par l'Ange Gabriel, qu'elle était enceinte parla vertu du Saint Esprit, événement dont parle seul Saikt Luc dans la compilation de son Évangile ; tandis que n'ayant écrit que. longtemps après la o^ort de Jésus- Christ , il ne l'a tvès-probablement pas même connu ; pendant que Saint Mattuieu 0t Saint Jean, les deux principaux Évangéitstes qui ont été du nombre de ses Apôtres, ni même Saint Mabg, le quatrième Évangéliste , mais qui ne fut p^s non plus Apôtre, ne font absolument aucune mention de ce grand événement qui au**
rait précédé la naissance de Jésus-Christ, quoiqu'ils eussent le plus grand intérêt à faire connaître cette prédiction , pour faite croire à Torigine divine de leur maître , et par là mieux assurer le triomphe de sa sublime doctrine.
Or ce silence des trois principaux Évangélistes sur un fait aussi important constitue déjà une forte preuve que Tassertion de Saint Luc n'est qu'une simple invention de sa part, ayant tous les caractères d'un véritable Mythe. Mais ce qui le prouve mieux encore , c'est que non-seulement dans la ville où habitait la famille de Jésus , où il était connu comme fils de Saint Joseph (Saint Matthieu, XIII, 55;, personne ne crut à son extraction divine, pas même ses parents, ainsi que cela ressort d*un passage de V Évangile de Saint Jean (VII, 5), où il est formellement dit que ses propres frères ne crurent point en lui. Or personne mieux que ses parents ne put connaître sa véritable filiation. Par l'analyse purement historique des quatre Évangiles que je donne ci-après, où je n'ai pas cru devoir me permettre d'avancer ce qu'on pourrait appeler une opinion fondée sur une interprétation quelconque, sans l'abandonner comme telle au jugement du lecteur, et surtout jamais une opinion contraire k la lettre du texte , on verra quel degré de foi on peut attacher k la véracité de chaque Evangéliste ou historiographe de Jésus-Christ, et spécialement de Saint Luc , qui n'a été que le secrétaire de Saint Paul, dont il a écrit Thistoire des voyages apostoliques ; sous le titre A" Actes des Apôtres , ouvrage dont le premier Livre , qui en forme comme une espèce d'introduction et parle de l'histoire de Jésus -Christ, en fut séparé plus tard sous le titre & Évangile de Saint Luc , et où, k l'instar de Saint Marc, qui n'était également pas Apôtre , cet auteur a d'ordinaire copié plus ou moins fidèlement Saint Matthieu ou Saint Jean, et cela fort souvent k la virgule près; ce qui prouve qu'il n'était, de même que Saint Marc, nullement témoin des faits qu'ils rapportent; et lorsqu'ils parlent d'événements dont les autres Évangé-