‹ Theologie de la nature (volume 3)Chapitre 41 sur 77 · III · texte numérisé non relu

III

iii TH^LOOÎB DB LA NATURE.

bien qu1l lui é^f juré fidélité jiisqn'S la mort, n'ossi le suitre que de loin dans cette circonstance, et le renia même Jiisqù'S trois fois devant ses ennemis. Cette croyance, que Jésus-Christ n'était qu'un chef fjoli tiqué, se trouve du reste souvent exprimée par ses disciples mêmes dans les quatre Évangiles et surtout dans celui de Saint Luc, aii Chap. XXIV, 21, déjà cité plus haut, où l'on trouve qfueCLÉopriAs, rùndes disciples qui rencontrèrent Jésus après sa résurrection, sûr le chemin dé Jérusalem k Emmaiis, lui dit : « Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël y et cependant voici déjà le troisième jour que ces choses sont atrivées » (la mort de Jésus Christ). Cette croyance des Juifs était si vraie que, pendant presque tout le temps de ses prédications , le Sau veur ne se nommait lui-même que le Fils de V Homme, ainsi que je l'ai fait remarquer plus haut; tandis que vers la fln seulement, il se donnait tantôt la qualification de Messie et tantôt celle de Fils de Dieu. Mais on voit partout dans ce qu'il a dit qu'il n'attachait k ce dernier titre que l'idée de Fils spirituel; et la preuve en est qu'il demanda un jour à ses Apôtres (Saint Matthieu , XVI , 13), question déjà rapportée plus haut : « Qui disent les hommes que je suis , moi, lé Fils de f Homme ? Et vous , que ditès-^oùs que je suis? > Et c'est alors seulement que Saint Pierre lui répondit, dans son admiration pour son maître : « TU es le Christ , le fils du Dieu vivant. »

Enfin, s'il faut en croire Saint Matthieu (Chap. XXVII, 46), la foi de Jé^us aurait même fléchi un instant dans l'angoisse de l'agonie, où il se serait écrié ; n Mon Dieu, mon Dieu^ pourquoi m'as-tu abandonné? s> Ce qui prouve que cet Apôtre l'a supposé capable de cette faiblesse ; tandis que, suivant Saint Luc (Chap. XXIII, 46), les dernières paroles du Sauveur exprimèrent au contraire une sublime résignation, s écriant : « Mon Père, je remets mon Esprit entre tes mains El ayant dit cela, il expira; » exclamation plus conforme à sou inébranlable foi. Enfin Saint Jean, qui

CRAPITRB Xf. itë

était présent au crucifiement, dit (Chap. XIX, 30), que Jésus-Christ n'aurait simplement exprimé que ces paroles : « Tout est accompK; et baissant la tête , il rendit rÉsprit, » expression de la satisfaction d*avoir dignement rempli sa sublime mission.

Mais si par un saint respect pour Dieu le Créateur, le seul Être éternel et parfait, la conscience ne doit pas permettre de considérer Jésus-Christ comme son fils unique, d'une égale essence que lui, et moins encore comme identique avec sa personne , il n'eu est pas moinà vrai qu'il peut k juste raison être nommé le Messie, en hébreu Méschiah, ou le Christ; c'est-à-dire VOint ou le Béni de Dieu; mais dans ce sens seulement qu'il a été parfait entre les hommes , en faisant seul bien devant Dieu , comme disaient les anciens Israélites en parlant de ceux qui vivaient dans l'amour de rÉteroel , ayant mérité comiiie homme toute notre admirsh tion, ainsi que notre éternelle reconnaissance, et, par là, notre profond respect pour sa sublime vertu, sa foi inébranlable en Dieu , à qui il rapportait lui-même tout ce (|u'll faisait.

S'il a dit qu'il était venu dans ce monde pour le rachat des hommes, c'est évidemment dans ce sens qu'on peut l'entendre, que faisant comprendre à ses coreligionnaires, et par eux à tout le genre humain j quels, étaient leurs vrais devoirs envers Dieii et leur prochain , il cherchait à les ramener sur le chemin qui seul pouvait les conduire à la félicité éternelle au sein de leur Créateur, et qu'il les affranchissait par là des péchés quils pourraient commettre. En effet , comment pouvait-il racheter autrement le genre humain, qiii n'était aliéné à personne? C'est-à-dire qu'on doit considérer le Christ comme ayant rempli les conditions d'Un Ange tutélaire qui ramena les égarés aux véritables principes de la, vertu et à Tamour de Dieu, dont ils s'étaient écartés par leur penchant au péché qui leur avait attiré la réprobation divine ; déchéance d'où Jésus-Christ les a relevéa

au prix de son sang, versé pour les afiTermir danâ leui" foi et dans la persévérance dans le bien , et non comme ayant été une victime qui s*est volontairement offerte en holocauste à la Divinité irritée, pour le rachat des péchés des hommes; ainsi que 'cela était en usage dans Tancien culte de divers peuples, et spécialement chez la nation juive, qui croyait qu'on pouvait ainsi racheter ses fautes par des sa^irifices d'objets divers, et ainsi que le font même encore de nos jours une foule de chrétiens , qui pensent obtenir le pardon de leurs péchés par des prières soldées faites par autrui, ou bien par des dons faits à des établissements religieux.

C'est dans ce sens aussi que , sans avoir été d'extraction divine, Jésus fat le Sauveur des hommes , les ayant relevés de l'état de perdition dans lequel ils étaient plongés, et qu'il les ramena par ses sublimes enseignements au vrai culte de TÉternel. Enfin, comprenant parfaitement dans âa sublime vertu et la pureté de ses principes, la position dans laquelle il se trouvait k regard de l'accomplissement de ses devoirs envers la Divinité, il a pu dire avec vérité que Dieu était en lui; c'est-à-dire que tout le bien qu'il faisait, soit par ses actes, soit par son enseignement , c'était à Dieu qu'il fallait l'attribuer, comme lui en ayant donné le pouvoir ; et c'est de même aussi qu'il a pu dire qu*il était en Dieu, pour exprimer son entier dévouement à rÉternel. Enfin c'est dans le sens d'une semblable solidarité qu'il a établie entre lui et ses disciples, qu'il dit souvent qu'il était en eux comme ils étaient en lui.

Mais s'il est vrai que Jésus-Christ a racheté ou plutôt ramené les hommes a leur devoir, cela ne peut toutefois s'entendre que de ceux qui suivent individuellement sa doctrine, car eux seuls ont été ainsi mis sur la voie qui conduit à Dieu ; tandis que les autres , quand même ils auraient été consacrés à l'Être Suprême par le baptême, ne sauraient être rachetés, s'ils continuent a marcher dans le sentier du péché et du vice ; mais malheureusement un petit nombre seulement de soi-disant chrétiens suivent ces sublimes en-

chapitHe xv. ii7

seignements , tandis que la plupart des autres , rebelles aux préceptes de Jésus, se trouvent dans des conditions moins favorables que ceux qui n*ont jamais joui de la connaissance de la doctrine du Christ; et ceux-ci ont de Ik tout le droit de trouver miséricorde devant la justice et la bonté de rÉternel, comme n'ayant jamais connu la bonne voie qu'ils avaient k suivre. Aussi est-il absurde de croire et d'enseigner que la félicité éternelle n'existe que pour ceux k qui l'on a fait conoaitre,. dans l'âge d'enfance, la doctrine du Sauveur; âge où ils étaient, par la faiblesse de leur intelligence, hors d'état d'en comprendre toute la sublimité; et cela d'autant moius que la plupart cessent dès lors d'en appliquer les principes k leur conduite. Enfin il est plus absurde encore de dénier le bienfait de la vie éternelle k cette multitude de peuples qui ont vécu sur la terre sans que jamais même le nonji de Jésus^hrist ait retenti k leurs oreilles ! . Le plus simple bon sens devrait en effet empêcher de croire que Dieu , parfait dans son incomparable bonté ainsi que dans sa rigoureuse justice , ait pu créer des milliards d'hommes pour les vouer k l'éternelle damnation ; tandis qu'il n'aurait fait annoncer qu'k quelques Juifs de la Palestine la doctrine conforme k sa volonté, et qu'il ait en même temps mis les plus grandes entraves k la propagation de la vraie foi, ainsi que nous le voyons par l'histoire, qui nous apprend que les premiers sectateurs de Jésus-Christ ont éprouvé les persécutions les plus cruelles avant que leur croyance ait prédominé par l'effet de la raison, et que ce n'est même encdre aujourd'hui qu'une faible partie du genre humain qui jouit du bienfait du Christianisme; d'où il faudrait admettre que la prétendue malédiction divine pèse encore et pèsera encore longtemps sur d'anciennes nations. Quelle moralité chez des gens qui prétendent jouir d'une haute civilisation , et prétendent être les disciples du fils même du Dieu juste!!!

Avant de déclarer ainsi proscrite de la félicité éternelle m. 8*

la majeure partie des en^fants du même Dieu , qui n-ont sciemment eneouru aucun reproche d'avoir manqué k leurs devoirs envers la Divinité, il faudrait qu'on pesât du moins toute l'énormité d'une aussi épouvantable injiïstice ; et cela précisément par le respect sans bornes que , suivant l'enseignement de Jésus*Christ, Ton doit avoir pour Dieu, qui n'est que bonté , justice et miséricorde. Or ces mêmes chrétiens qui se disent si fervents dans la foi qu'ils expriment du bout des lèvres , feraient bien de suivre Texemple du sublime fondateur do leur religion , qui enseigna à ses dis-^ ci pies, dans la parabole du Samaritain (Saint Luc , X , 29), que tous les hommes sont leurs frères et en conséquence leurs prochains , quelle que soit leur croyance religieuse , pourvu qu'ils soient hommes de bien.

Quoique la doctrine.de Jésus-Christ diffère notablement de celle de Moïses par un plus grand développement qu'il lui donna et une plus juste appréciation des différents dogmes qu elle admet, tels que la foi en la bonté, la justice et la miséricorde divine, mais surtout par la croyance k une vie future et k une rémunération après la niort ; dogme qui, ainsi que je l'ai fait remarquer, n'est nulle part clairement forniulé dans TAncien Testament, où il n'est parlé que de récompenses matérielles terrestres pour ceux qui restent fidèles k la loi Mosaïque.

C'est de même que Jéâus-Christ proclama aussi pour la première fois Tégalité de tous les hommes devant Dieu ; les déclarant tous frères , comme enfants du Père céleste , en les désignant souvent sous la dénomination de Prochain ; tandis que les anciens Israélites se disaient être seuls le peuple de Dieu; et Jésus-Christ né dans cette religion ne Ta non^-seulement jamais condamnée dans ses principes , mais en a, ainsi que je l'ai déjk dit plus haut, toujours rempli rigoureusement les devoirs jusqu'au dernier moment de sa vie, sans avoir une seule fois dit qu^il avait l'intention de la réformer ; ne cherchant dans ses enseignements qu'k la

C|iA?ITRB XV. 119

faire mieux comprencjre ; {recommandant à ceux qui Técau* taient de rester fi()èles à la lai {ifosaïque, en o))servant exac* tement ses prescriptions, comme le seul moyen de complaire à Dieu , pour mérjter ses bienfaits. C'est ainsi qu*il dit aux Juifs, Saint Matthieu, V, 17 : « Ne pensez point que je sois venu abolir la loi ou les prophéties; je suis venu^ non pour les abolir, mqis pour les accomplir; »

J8. « Car je vous cffs en vérité que^ jusqu'à ce que le ciel et la terre passent ^ il n'y aura rien dans la loi qui ne s'accomplisse , jusquà un seul iota^ et à un sful trait de lettre. »

19. « Celui donc qui aura violé Vun ^e ces plus pftits commandements^ et qui aura ainsi enseigné les homme f^ sera estimé le plus petit ^o^ns le royaume des deux; mais celui qui les aura observés et eriseignés , celui-là sera estimé grand dam le royq^ume des Çieux, »

%\ . « Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens : Tu ne tueras point; et celfj^i (jfui tuera sera punissable par le$ juges. »

it%. € Mais nfoi ^f vous dis que quiconque se met en colère contre son frère y sans cause ^ sera puni par le jugement; et celui qui dira à son fr^e^ ^aca^ sera puni par le conseil; et celui qui luj diva fou , Sfra puni par le géhenna du feu. »

Et ^ésus-Chrîsf cont^nije, dans le reste du Chapitre, à ^xpliqyer et ^ élqci^er (J'^utrps passages.

De même aussi , ^u Cqap XIX , 1 p, il est dit que « .... queU qu'un s* approchant lui dif : llfon bon Maître . que dois je faire pour avoir la pie éternelle? »

ii. « n lui répondit : ^ourgfupt inajffelles-tu bqn? Iln*y a qu*un seul bon; c'est Dieu. Que si tu veux entrer dans la vie y garde les commandements, »

Je pourrais citer encore plusieurs autres passages de$ Évangiles ou |p Sauveur recommande à ses disciples de rester fidèles ^u texte de jfi |p| mosaïque , ainsi qu'aux presr criptionsdes Prophètes, qu'il a lui-même scrupuleusement

observés jusqu'à sa mort; et ce n'est que plus tard que ses disciples, en proclamant la divinité de leur maître, se sont par Ik séparés des sectateurs de Moïses, sous le nom de Chrétiens -, croyance qu^ils n*ont, du reste, jamais pu justifier que par une foi sans examen dans l'opinion de quelques Apôtres , et que Jésus-Christ a lui-même repoussée en faisant toujours une différence entre sa personne et Dieu; croyance que les Juifs ne purent adopter sans détruire dans leur religion le principe de l'unité du Dieu éternel, base essentielle de leur foi , et que Jésus a lui-même constamment appuyé de son autorité.

On a d'ailleurs vu dans ce qui précède, qu'en lisant attentivement les Evangiles , on ne pouvait non -seulement pas considérer Jésus-Cbrist comme ayant été d'une essence divine , soit qu'on veuille le regarder comme identique avec l'Être Suprême qui serait venu sur la terre en prenant la forme d'un homme, sous le nom de Jésus, ainsi que le croient la plupart des chrétiens , soit qu'on le considérât comme étant le Fils de Dieu, conçu du Saint Esprit, ainsi que le prétendent également les chrétiens, ce qui implicfue déjà en soi- même contradiction , vu que par la force d'un axiome , il ne peut pas être Dieu le Créateur et en même temps son propre fils^ mais encore le titre de Messie ou de Christ , qu'il a reçu, et qu'il s'est lui-même donné, ne saurait être pris dans l'acception rigoureuse , qu'il a été comme tel, c'est-à-dire comme YŒnt ou le Béni de Dieu y envoyé sur la terre pour y instruire les hommes et les amener au vrai culte de Dieu ; cette croyance étant à la fois contraire à )a bonté de Dieu , ainsi qu'à sa justice et à sa miséricorde ; vu qu'il n'a instruit qu'un fort petit nombre. Enfin les actes même de Jésus-Christ, tout sublimes qu'Us sont, comme émanés d'un Être purement humain , ne s'accordent, dans une foule de cas , aucunement avec l'idée que nous devons nous faire de la sagesse ineffable et de la toute* puissance de l'Éternel.

Page 1