CHAPITRE XV
En elBfet, si Dieu eût eu l'intention de régénérer Tesprit religieux du genre humain , et lamener à suivre un chemin parliculier qui conduisît à mériter la félicité éternelle, voire même si cette intention n'avait existé que pour le seul peuple juif, ce qui déjà n'est pas admissible en conséquence de la justice et de la charité divine , il est évident qu'il n'avait pour cela pas besoin d'ENvoYER Jésus Christ, ou tout autre sage ou prophète, dans ce monde, sa seule volonté eût tout fait; tous les hommes eussent été vertueux, tous eussent connu instinctivement leurs devoir^ envers l'Être Suprême , et lui eussent voué du fond du cœur le sentiment du plus vif amour. Mais dès lors aussi , il n'y aurait plus eu aucun mérite pour personne de vivre selon la volonté du Créateur, et en conséquence plus de distinction entre eux par la vertu ; qui n'est réellement que la force de persévérance dans le bien , jusqu'au triomphe contre le mal. Or comme dans ce cas il n'y eût plus eu de mal possible, vu que tout le monde eût été soumis a la nécessité de faire le bien par l'effet de la volonté expresse de Dieu, il n'y aurait plus eu de combat contre ce même mal , et de là plus de rémunération dans la vie future. Mais telle n'a certainement pas été la volonté du Créateur ; l'histoire du monde entier nous montre au contraire que tout est loin d'être au mieux dans notre vie terrestre, où le mal beaucoup plus fréquent que le bien, et souvent porté jusqu'au vice , n'est que le résultat de la tendance de presque tous les hommes au bien-être matériel , qui les conduit au péché par l'égoïsme , quoiqu'ils aient tous au fond de leur cœur le sentiment de l'admiration pour (^e qui est juste et bon , et celui de la réprobation pour le maj : deux flambeaux qui éclairent leurs pas dans leur pèlerinage sur cette terre. Ce sont là les seuls moyens que la volonté de l'Être Suprême nous a donnés pour nous diriger; heureux ceux qui, en les distinguant toujours, ne dévient jamais de la route qu'ils ont à suivre pour arriver à Dieu !
On pourrait demander ici pourquoi le Créateur a permis
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que le ma) eût lieu. jUoe réponse satisfaisante n^e parait ii jamais impossible; mais aussi n'avons-nous pas ^ disciUerici cette question ; il nous suffit que Tobseryation nous prouve la réalité des faits, sans que nous ayons à nous prf5occuper des vues de Tlntelligence Suprême, qui |'a voulu ainsi ; faits qui doivent toutefois nous servir en partie de bases sur les- (juelles nous pouvons asseoir nos raisonnements.
Mais si , comme ro})servation le montre, Dieu laisse faire le mal, il n'a jamais ^u non plus envoyer quelque sage que ce soit pour montrer aujL mortels le chemin qu'ils ont k suivre pour arriver k fjui ; car c'eût été , sous une autre forme , intervenir (îirectemei)^ dans Ip conduite des hommes pour les forcer ^ fairç parjopt et toujours le bien ; cp qui est, ainsi que nous venons ^^^ l^ vpir p^r jps résultats, coptrairp à la tolérance divine.
Ep effet, la premièrç iCiçpcJusion (jue nous devons tirer des principes qui établissent les ^ttri)juts de T^tre S^prême, est que, par cela mé|[|ae qu'il èsf. émipiemment; sage, il est aussi parfaitement copséqjient en topte chose. Ov ceja ne serait p^s s'il vQuhit que partoyt le bien se fit, tandis que ce serait le p)us souvent le pi^gl qui fut jTait; et dans la quesjlioii qui nous occupe ici , il y purail; cpp^afliction nianifeste, s*i| avait envoyé ^es sages gour écjairêr )es hommes sur Jeurs devoirs , et qu'il eût en même temps mis à jeups efTorts toutes les entrpves possibles pour les empêcjier de réussir; ou si, par les dijScultes au'il feuVaurait fait rè^ ils n*arrïvaient qu'à grand'ppine à faire prévaloir la |)onne doctrine ; difficultés qui allèrent , ^ regard de Jesus-Çhrist et de ses Apôtres, jusqu'à détruire les eÛets de leur jpii§sion parla mort qu'ils jtrouvèrent dans le martyre, où se teripinaieritle plus souvent, avec leur vie, les bons effets qû^ïïs avaient déjà produits.
Cést àiiisi que le Christianisme fut d'abord propagé en Orient au prix du sang des premiers disciples de Jésus, ejl détruit de nouveau, plus tard, par l'établissement de la re-