‹ Theologie de la nature (volume 3)Chapitre 43 sur 77 · CHAPITRE XV. iâ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. iâ

ligioii de Mahomet. Or «ne telle inconséquence né saurait être attribuée à rËtre Suprême, qui l'aurait voulu ainsi.

Eu appliquant ces considérations générales à Jésus-Clirist en partkulier, on pourra mieux concevoir qu'il est impossible que, bien qu'il fût si élevé an-desstis des autres hommes paises vertus» la pureté de ses sentiments et sa foi , et qu'il ait mérité à si juste titre le nom de Sauveur, il ne pouvait toutefois pas être considéré comme Tenvoyé de Dieu , vu que , dans ce cas» il eût non-seulement agi autrement que les Évangé* listes le disent ^ mais les résultats de sa mission eussent été tout autres qu'ils ne le sont.

La première question qu'on est amené à se faire est celle de savoir pourquoi Dieu , dans sa miséricorde, a laissé pendant des siècles si nombreuï Timmense majorité des nations plongées dans Tétat d'abandon où nous les voyons encore aujourd'hui sous le rapport delà connaissance de leurs devoirs envers la Divinité, et pourquoi , quand il à enfin voulu faire arriver ses saints enseignements jusqu'aux hommes , cet envoyé ne fut adressa qu'k un seul peuple alors opprimé, et sans moyen facile de propager la nouvelle doctrine ; tandis qu'il eût été plus rationnel de faire paraître cet envoyé parmi le peuple grec ou romain, et surtout dans quelque famille puissante , dont les moyens de propagation ^eussent été bien plus' efficaces, les effets plus grands et les résultats bien moins déplorables , quant aux flots de sang que l'établissement du Christianisme a fait couler. Enfin si , au lieu de borner le temps de l'enseignement de Jés^us-Christ à trois ans, où il ne put faire connaître sa doctrine qu*k un très^ petit nombre de disciples^ il eût vécu plus longtemps, l'Évangile se serait beaucoup mieux répandu, et Jésus eût eu le temps de lui donner tout le développement dont il était susceptible. Mais bien loin de Ih, quoique le Christ choisit des Apôtres qu'it chargea plus spécialement de la propagation de son nouvel enseignaient, la plupart paraissent avoir tout abandonné après la mort de leur maître ; les Actes des Apôtres

m THEOLOGIE DE LA NATURE.

ne faisant du moins aucune acception des efforts qu'ils ont faits pour propager la nouvelle foi. Saint Pierre , sur qui Jésus-Christ avait fondé le plus d*espoir, n*a , suivant les mêmes Actes des Àpôtresy enseigné l'Évangile que dans l'Asie Mineure, et n'a laissé que peu d'écrits. Aprèslui, c'estdeSAi^T Jean que nous est parvenu le plus d'enseignements, quoique en tout fort peu ; Saint Jacques fit encore moins; et enfin il n'existe de Saint Jude qu'une seule Épitre sur la morale. Quant aux autres Apôtres, rien ne nous est parvenu sur leur apostolat; et il ne reste pas de doute que sans le zèle ardent de Saint Paul pour la propagation du Christianisme , lui qui fut d'abord un des plus violents persécuteurs des disciples de Jésus-Christ, et ne se convertit k la doctrine chrétienne qu'après la mort du Sauveur, l'Évangile eût cessé d'être enseigné dès les premiers temps , vu que c'est lui qui a presque tout fait pour le triomphe de la doctrine du Christ, ainsi qu'on le voit dans les Actes des Apôtres et dans ses Epïtres à divers peuples , chez lesquels il a établi plusieurs églises , comme il le dit d'ailleurs lui-même.

La croyance que Jésus-Christ a été expressément envoyé de Dieu pour régénérer la doctrine religieuse dès Juifs, et par elle celle de tous les autres peuples , est en outre contraire au dogme de la bonté parfaite de l'Être Suprême. En effet, comment concilier cette croyance avec les affreux événements dont le christianisme a été cause même dès son origine , où les Juifs commencèrent par mettre Jésus-Christ lui-même k mort , et persécutèrent ensuite partout ses apôtres et autres disciples ; plus tard , les massacres des premiers chrétiens jusqu'k Constantin ; et après, les plus cruelles persécutions et ces atrocités dont l'histoire fait mention qu'à leur tour les chrétiens se permirent contre tousxeux qui n'étaient pas de leur croyance religieuse ; et cela , jusque dans ces derniers temps , massacrant des nations entières (les Péruviens et les Mexicains , etc.), pour cela seul que ces malheureux peuples ne comprirent pas ce qu'on leur disait

da Christ; les forçant, par le glaive et les plus horribles tortures, à accepter une doctrine dont ils ne concevaient pas les avantages. Non , la raison refuse de croire que le Dieu- de bonté, de justice et de miséricorde ait pu envoyer Jésus dans ce monde pour être la cause première d'événements aussi affligeants, souvent fondés sur une simple interprétation du texte de la Bible, que chacun doit avoir.du moins la liberté d^expliquer comme il l'entend dans le fond de sa conscience.

Or comment les Israélites, qui prétendaient être le seul peuple de Dieu a qui TÉternel révéla par la voix de Moises et des Prophètes les vrais dogmes du culte qu'il voulait qu*on lui rendît^ pouvaient-ils accepter la doctrine chrétienne qui établissait la Trinité^ et par elle la divinité de Jésus-Christ ; taudis que le premier article de leur foi fondamentale, écrit, suivant eux , par la main même de rÉternel , défendait de croire k un autre Dieu que lui? et ils le purent d'autant moins que tous les habitants de Nazareth et les membres de la famille même de Jésus savaient que ce fondateur de la doctrine qu'on voulait leur imposer comme divinité était le fils de Joseph. Aussi ont-ils préféré souffrir la plus injuste réprobation qui jusqu'à ce jour a partout pesé sur eux, plutôt que de consentir k modifier le dogme fondamental sacré de leur doctrine religieuse, qui leur commande de ne croire qu'à un seul Dieu, le Créateur de l'univers.

Enfin, si Jésus-Christ avaii été l'envoyé de Dieu , il eAt parlé au peuple, encore si grossier et si ignorant, dans un langage plus facile k comprendre que celui des paraboles, le plus souvent si obscur, dans lequel il lui exposait ses principes. Or cette forme quil donnait k ses enseignements eut ce désavantage, que ses propres apôtres ne l'ont d'ordinaire pas compris, ayant conservé jusqu'k sa mort une idée toute fausse du but qu'il s'était proposé d'atteindre. Cela est si vrai que, même pour la belle parabole du semeur (Saint Matthieu (Chap. Xlil, 1), et Saint Marc (Chap. IV, 1), la plus facile k comprendre au premier instant, ses disciples

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ont été obligés, tant leur intelligence était bornée par le inaD4|ue d'éducation , de loi demander ce qa*il voulait dire par là (Saint Marc, Verset iO) , et ce ne fut qu'à eux seuls qu'il en donna rexplicatiori , après qu'ils lui eurent exprimé le désir de sav.oir ce que cette histoire signifiait; tandis qu'il ne voulut pas Texpliqner au public, qui devait cependant en profiter aussi; Saint Matthieu disant, k l'occasion de cette méDDfe parabole, Vets^t 10 : « Alors les disciples s' ^tant^ipproches , hit dirent : Pourquoi leur patles-tu par des simili" tudfis? »

1 1 . « /2 répondit et leur dit : Parce qu'il vous ^st donné de connaître les mystères du royaume des deux , mais cela ne leur est point donné, »

12. c Car on donnera à celui qui a déjà^ et il aura encore davantage; mais pour celui qui n'a pas^ on lui ùtera même ce quil a. »

13. ^.Cesi à cause de cela que je leur parle en similitude, parce qu'en voyant Us ne voient points et qu'en entendant ils n'entendent et ne comprevmenLpoint,. »

Tandis que c'est précisément à ses disciples, censés plus intelligents que la multitude, qu'il aurait pu parler dans un stylé figuré, et s'expliquer au contraire clairement dans le langage ordinaire quand il s'adressait; au peuple ; car que peut-on enseigner à des gens, quand, expressément, on cherche k ne pas être compris? Ce passage des Évangiles renferme, comme on voit, un singulier non-sens.

Cette habitude qu'avait Jésus-Christ de parler le plus souvent par paraboles, est vraiment déplorable; car il est évident que s'il s'était exprimé dans le style ordinaire , intelligible pour tout le monde, il eût été non-seulement mieux compris de ^es propres Apôtres, mais les Docteurs de la loi, les Sacrificateurs, les Magistrats qui l'ont condamné et la masse du peuple l'eussent également compris et ne lui eussent très-certainement pas opposé tant d'obstacles ; en même temps que les persécutions dont lui et ses disciples ont eu a

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souffrir n'auraient pas eu Heu; ce qui eût permis atl Christianisme de faire de plus rapides progrès, sans qu'on n*eût eu à déplorer le martyre de son fondateur et les massacres de ses premiers convertis. En même temps que les nombreuses guerres de religion , avec toutes les abominations qii*on y a commises , eussent en grande partie été évitées ; excès qui ont généralement eu pour cause de simples différences d'interprétation de FÉvangile; tandis que là vérité dans laquelle tous les partis se seraient rébnis, aurait pu être si facilement dite dès Forigine; d'où le christianisme serait devenu en peu de temps la doctrine religieuse universelle par la sublimité de ses prmcipes. En effet, si Jésus-Christ s'était partout exprimé dans le style ordinaire de la conversation compréhensible k tout te monde , en formulant nettement, avec lucidité, les principes de sa doctrine, il eût certes mieux atteint son but ; et l'on ne voit pas pourquoi , lorsqu'il adressait son enseignement k des gens encore enfoncés dans la barbarie de l'ignorance , il s'exprimait en paroles figurées; et cela, précisément avec l'intention de ne pas être compris de tous , ainsi qu'il Ta dit au passage cité un peii plus haut. D'où est résulté que plusieurs de ses disciples l'abandonnèrent par cela même qu'il s'exprimait quelquefois de façon que ce qu'il seoïblait leur dire leur paraissait des abotniualions , que le sentiment de la pluâ vulgaire humanité leur défendait d'écouter davantage; ainsi que cela est formellement rapporté dans l'Évangile de Saint Jean , Chap. VI, où Jésus-Christ dit au Verset SI : « Je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu'un mdngè de ce pain, il vivra éternellement ; et le paifi que je donnerai , cest ma chair, que je donnerai pour la vie du monde. »

52. « Les Juifs donc disputaient entre èux^ dièant : Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger? d

5à. « Jés^s leur dit : Eh vérité , en vérité je vous le dis : Si vous né mançfez la chair du Fils de l'Homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point là vie en vou>s-'tnêmes, »

lâB THÉOLOGIE DS LA NATUftH.

44. « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang , d la vie éternelle; et je le ressusciterai au dernier jour. »

60. « Plusieurs de ses disciples Voyant oui , dirent entre eux : Cette parole est dure ; qui peut l'écouter? »

66. « Dès celte heurerlà plusieurs de ses disciples se retirèrent , et n'allèrent plus avec luL »

On comprend aujourd'hui , après de longues controverses qui durent encore et qui ont fait couler d'immenses flot» de sang répandus pour défendre les divers commentaires auxquels a principalement donné lieu cette phrase de Jésus- Christ, répétée sacramentellement dans la Sainte Cène , que le Sauveur voulait dire par là que, pour arriver k la vie éternelle , on devra s'identifier avec lui par Tesprit et la foi , comme la nourriture s'identifie avec le corps de celui qui la mange. Mais ce sens parabolique n'était pas celui que les gens qui Técoutaient attachèrent k ces mots si révoltants dans leur sens propre; et ce qui justifie pleinement les disciples quin indignés d'une semblable proposition, n'ont pas voulu le suivre , est que Jésus voyant le sentiment de réprobation qui s'est élevé dans leur cœur, au lieu de chercher à détruire par quelques explications le mauvais effet qu'il avait produit, répéta au contraire ces choquantes paroles sans exprimer, du reste , sa véritable pensée , ainsi qu'on le trouve au chapitre cité, où il est dit au Verset 61 : « Mais Jésus connaissant en lui-même que ses disciples murmurèrent de cda^ leur dit : Ceci vous scandalise-t-il? »

Dans d'autres passages encpre Jésus-Christ s'exprime de même en termes figurés non moins faits pour exciter la désapprobation de ceux qui ne le comprenaient pas, et le nombre en devait être grand , sans en excepter les Apôtres eux-mêmes.

C'est ainsi que suivant Saint Matthieu , Chap. VI, Jésus

dit k ses disciples : Verset 2ô. « Je vous dis : Ne soyez

point en souci pour votre vie , de ce que vous mangerez , ou

de ce que vms boirez; ni pour votre corps , de quoi vous serez vêtus. La vie n* est-^lle pas plus que la nourriture^ et le corps plus que le vêtement? »

S6. « Regardez les oiseaux de Voir; car ils ne sèment ni moissonnent., ni n' amassent rien dans les greniers <, et votre Père céleste les nourrit. N'êtes-vous pas beaucoup plus excellents queuoo? ».

27. <i Et qui Mst-^ce d'entre vous qui par son &ouct puisse ajouter une coudée à sa taille? »

28. « Et pour ce qui est du vêlement ^ pourquoi .en êtesvous en souci? Apprenez comment les lis des champs crois^ $fnt; ils ne travaillent ni ne filent. )>

29. « Cependant je vous dis que Salomon même , dans toute sa gloire^ n'a point été vêtu comme Vun d'eux. »

30k <K Si donc Dieu revêt ainsi V herbe des champs , qui est aujourdhuif et qui demain sera jetée dans le four., ne vous revêtera-t'il peu beaucoup plutôt , à gens de petite foi? » .

33. « Mats cherchez premièrement le royaume, de IHeu H ta justice^' et toutes ces choses vous seront données parrdessus^n

Ce précepte d'une religion vraiment trop exaltée ne tend, comme on voit, à rien moins qu'à engager les hommes à vivre dans la plus complète oisiveté , k Tétat entièrement sauvage comme les animaax des forêts. Si les sauvages des paiys chauds nous offrent k peu près l'exemple de ces peuples qui ne travaillent ni ne. sèment . quelles sont aussi les souffrances de leur misère , et quelles sont sartout les conditions de leur intelligence , et par suite celles de leur religion, dan&cet état de profond abrutissement dont Jésus-Christ semble avoir regretté que les hommes soient jamais sortis , et auquel il aurait voulu qu'ils retournassent malgré Tinstinct de civilisation que le Créateur a mis en eux? Il est vrai que la vertu est de beaucoup préférable à tous les biens matériels de la terre; mais en ne recherchant que Tune on perdrait bientôt aussi l'autre.

f3() THÉOLOGlk bte tu NATURE.

tTest ëticore par l'effet d'utt setitiment religieux , pousse au ddh de toute borne , que Jésûs-Ciiriàt exigea d'un dé ses disciples d'abandonner le cadavre de son Père Isâiis sépulture, le dernier devoir de la piété filiale, et de le suivre immédiatement dans seis voyages , ainsi que cela est écrit au Chap. VIII de Saint Matthieu, au Verset 18, où il est dit : c( Or, Jésus voyant une grande foule du peuple autour de lui , ordonna qu'on passât à Vautrebord du lac. »

21. « £^ un autre de ses disciples lui dit : Seigneur, permets que j'aille auparavant ensevelir mon père. »

22. <E Mais Jésus lui dit : 5uÎ5-mbt , et laisse lès morïs ensevdir leur morts, »

Il est évident que le Sauveur a voulu exprimer par là que fie» au monde , inême les devoirs les pltis sâct-és de là faucille , ne doit empêcher lés hômtne^ de suivre la Voie de leur salut, îé seul bien auquel ils doivent tendre; mais la circonstance où il exprime ce précepte était toutefois bien mal ichtdîsîe , te quil detaanda ayant été contraire à l'un des prilicipàûx conàihâUdéknents de Moïses qui ordonne le Irespect et i'amoUr pour lés PêrfeS et les Mères, et dont Jésus- Christ recottimaiidiait lui-même l'observation îrîgôulrèùse.

Suivant Un aûti^ passage de Saint Mattëieu, Cëap* X , 32, Jé?us dit :

« MtHs ^uicKMtijtiè donc me i^nfe^era dévû)/ït tes hofnmèè , j«. te wnf entrai aussi devant môH f^êre qM est aux Cieux, t>

38. ^ U^iÈ ^ièonqne mè Hnièr^ âh>éni lèJj h'ofnmefs , je fe ♦tftft^i ttw^sï devant faon Père qui isit aiJix Ctendo. » ' Gelte ex^iiessioh de vengeance s'accèrdiô bien miâl avec l'amour ^du prochiàîn et l'exhortation au ^aMv^h qu'ît exprinre aitt^rs avec tant de bbnté, fett toWTîrtiàhdant tl'aimer même sfes ennemis. Enfin que devient ici lé taîséricorde? On comprend toutefois bien que JéB^s-Christ a sitapleni'ent 'Voulu dire que ceux qui repoussertt sa doctrine ne sauraient avoir droit à la bienveillance divine; maiscetliè bien-

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veillance pent, sans qu'on Tait méritée, être toutefois accordée par l'ineffable miséricorde de Dieu ; et les Apôtres eux-mêmes, qui n'ont jamais compris, ont-ils bien attaché cette pensée k ces paroles si sévères de leur maître ? Enfin , dans les versets suivants, Jésus alla même plus loin encore, disant :

34. <K Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je suis venu apporter, non la paix , mais l'épêe. »

35. «t Car je suis venu mettre la division entre le fils et le père, entre la fille et la mère, entre la belle- fille et la belle'fnère. »

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