‹ Theologie de la nature (volume 3)Chapitre 45 sur 77 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

et une de ces histoires mal compilées par Saint Luc. On ne conçoit pas en effet , d'abord , comment Jésus-Christ a pu la présenter sous cette forme au peuple, et encore moins qu'il ait pu dire ce qui est écrit au Verset 9 , et en outre aux deux derniers versets qui expriment seuls utie idée morale qui ne s'accorde aucunement avec ce qui précède.

C'est k cette même manière d'avoir toujours voulu s'exprimer en style figuré, que Jésus-Christ a dû sa condamnation par Pilate , qui ne trouva d'abord rien de repréhensible dans tout ce qu'il avait dit et fait ; mais sur la question que ce juge adressa k Jésus-Christ , s'il était vrai qu'il se disait le Roi des Juifs, celui-ci l'ayant affirmé et s'étant refusé du reste de répondre aux autres accusations formulées contre lui, d'avoir voulu soulever le peuple contre l'autorité du roi Hérode et l'Empereur romain, Pilate consentit, par faiblesse, a le livrer aux Juifs, ses ennemis, pour qu'ils le missent k mort (Saint Jean, Chap. XIX, 12 et 13).

Si Jésus-Christ avait voulu expliquer clairement qu'il n'avait jamais prétendu dire qu'il était Roi temporel, et que le règne dont il parlait n'était que spirituel et son but purement religieux, Pilate ne l'eût probablement pas condamné. Mais ce Procurateur de la Judée avait a se garantir du reproche d'avoir souffert des prédications qui tendaient a soulever le peuple contre le gouvernement établi , ainsi que le disaient les accusateurs de Jésus.

Connaissant parfaitement l'Ancien Testament, Jésus- Christ s'appliqua toutes les prophéties sur la venue du Messie et chercha en conséquence a les accomplir, ainsi qu'il le fit remarquer, partout où il lui arrivait quelque chose qui pût se rapporter a cet envoyé de Dieu , annoncé par les Prophètes. Et les Evangélistes, en rédigeant l'histoire de Jésus, qu'ils reconnurent également pour le Messie, ont cherché de même k faire accorder les prophéties avec les divers événements de la vie de leur Maître*

Sans vouloir diséuter de nouveau ici la question de savoir

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si les prophétie^ sont possibles en elles-m toes , ces prédictions ne pouvant pas s'accorder , ainsi qne je Tai déjk fait voir ailleurs, avec le principe de la bonté et dé la justice divines , je ferai toutefois remarquer que celles relatives au Messie sont généralement attribuées, dans TAncien Testa* ment , k des hommes qui ont évidemment eu pour but de consoler le peuple d'Israël dans les aiOictions de sa longue captivité k Babylone , ou dans tout autre malheur qui pesait sur la nation juive , lui faisant espérer des temps meilleurs, en lui promettant un Sauveur, Oint de Dieu ou Uessiêj qui rétablissant la puissance des Israélites, régnerait longteoips sur eux en montant sur le trône de Dat)id, roi dont ce Messie devait être un descendant. Or souvent même ces prophéties qu'on rapporta k Jésus-Christ, ne font pas la moindre allu*sion k lui , au point qu'il faut vraiment se torturer l'imsh gination pour trouver quelques rapprochements entre lui et ce que les Prophètes ont dit, vu qu'ils parlent d'ordinaire d'événements qui devaient arriver incessamment.

Enfin, sans vouloir chercher k prouver Timpossibilité du miracle de la résurrection de Jésus-Christ et de son ascen* sion au ciel, ces deux faits laissent cependant des doutes sur leur réalité. En effet, il est remarquable que ce ne soit que Saint Jean qui dise, Chap. XX, 33, que Jésus-Christ étant mort avant les deux malfaiteurs qui furent crucifiés avec lui, n'eut point les jambes rompues , ainsi que cela était en usage, mais qu'un soldat lui perça le flanc d'un coup de lance. Or cet apôtre, qui était présent au crucifiement, parait toutefois ne pas avoir vu lui-même qu'on ait donné un coup de lance a Jésus-Christ, ne parlant que d'après le dire d'un tiers qui en aurait été témoin ; et Ton conçoit en effet parfaitement qu'il se retira après que Jésus-Christ fut mort. Quant aux trois autres Évangélistes, ils ne font aucune mention de ce coup de lance.

Enfin, au dire des quatre Évangélistes, le Christ ne resta que fort peu de temps attaché k la croix , Pilate ayant pro-

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ooocé son jugement à la sixième heure du jour (Saint •^4kan, XIX, 14), et Jésus expira a la neiméme(SMm Matthieu, XXYII, 46).0r,dans ce court intervalle d$ temps, il fut fouetté, couronné d'épines,^ conduit au mont Golgotba etcrucifié ; et comme le sabbat commença de bonne heure le même soir , moment où il était sévèrement défendu aux Juifs de faire la moindre chose , la descente de croix a 4A avoir lieu bientôt après, pour avoir eu le l^inps de déppser le corps de Jésus d^ns le sépulcr0 ; aussi Pilate fut-il fort étonné d'apprendre qu il était déjà mort, quand Joseph i'A.rimatbée vint lui demander la peripission d*an}ever le Cbfi.st ; les crucifiés ayant resté d'qrdinaire des journées entières avant d'expirer. Il est de la fost posaible que Jésus-Cbrist n'ait été Féellement qu'évanoui» et qi)'onaiten conséquence pu le rappeler à la vie.

Mais ca n'est pas Ik ce qu'il y a de plus ineon^prehensible et de plus obsaiir dans les récits que font les quatre Évangélistes de tout ce -qui a accompagné et suivi la résurrection de Jésus*Christ ; c'est le désaccord qui existe entre eux.

En lisant ce qui est écrit sur l'événement de la résurrec-r tioQ, il est «évident que les quatre Évangélistes en parlant comme ayant été t^elle du corps revenu à la vie. En admettant pour le moment que le Sauveur soit ainsi ressuscité et ait pu se iqontrer plusieurs fois à ses disciples, leur parlant longue^ ment, faisant plusieurs lieues avec eux de Jérusalem à Ëmmajis. et soupaqt même avec eux sans qu'ils ne le reconnus^' sent qu'à la fin du repas , au -moment où il disparut à leurs yeux , ainsi que cela est rapporté par Saint Lpc, XXIV, 13, cité plus haut , disparition qui , si elle a réellement eu lieu , prouverait , à elle seule , que le corps matériel de Jésus- Christ n'était pas en leur présence, mais que cette scène ne fQtqu'une simple vision. Je ferai d'ailleurs remarquer aussi que ce fait n'est également rapporté que par les deu$ Évangélistes qui n'étaient point disciples de Jésus-Christ.

Un ne comprend pas npn plias (somment JésusnChrist a

l>ëDétrë, et cela deux fois , danâ Tappartement où ses Apôtres étaient réunis, bien que les portes fussent fermées (Saint Jean, Chap. XX, 19 , cité plus haut), vu qu'ici ce' ne peut pas avoir été une simple apparition de son Esprit, mais bien celle de son corps en chair et en o$ , ainsi qu'il le fit ui-méme remarquer. Et pour mieux en convaincre ses disciples, il leur demanda quelque chose à manger.

Quant k l'apparition du Sauveur aux femmes qui vinrent, dès le matin du dimanche, visiter le sépulcre, les Ëvangéjrstes ne son4 guère plus d'accord. Suivant Saint MATTmEu , (XXYIII , 1 ) , il apparut ^ Marie-Madëlaine ainsi qu'à une autre Marie , et leur parla. D'après Saint Marc (XVI, 1), ces deux femmes étaient encore accompagnées de Salomé , mais il ne dit pas que Jésus leur apparut , et ce n'est qu'au Verset 9 où TEvangéliste ajoute que Marie-Madelaine le vit et lui parla. Saint Luc ne parle pas du tout de cette apparition ; enfin Saint Jean (XX, 1) n'indique que Marie-Madelalne comme étant revenue au sépulcre, après qu'elle avait déjà annoncé aux disciples que la pierre qui fermait le sépulcre avait été enlevée, qu'elle y regarda, et que c'est alors seulement que Jésus lui apparut et lui adressa la. parole sans (pi'elle le reconnût d'abord ( Verset 14). En admettant que Jésus-Christ fût réellement ressuscité ^ il est en cela possible que Marie-Madelaine ne l'ait pas reconnu, que suffoquée par les larmes et ne le regardant pas, elle put un instant se tromper et croire que c'était le jardinier qui lui pariait, et qu'elle ne le reconnut que lorsqu'il la nomma par son nom , ce qui fit qu'elle se retourna vers lui , d'où l'on voit qu'en lui parlant Jésus était placé derrière elle, et qu'elle ne le vit pas au premier abord;

D'après Saint Matthieu, Apôtre, Jésus n'apparut à ses disciples qu'une seule fois, et cela sur une montagne en Galilée, et cet Evangéliste ne parle pas du tout de son ascension. Suivant Saikit Jean, également apôtre, le Sauveur aurait au contraire apparu, après sa mort, quatre fois à ses

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