CHAPITRE XiV
nuls pour la femme, lorsqu'elle habite encore chez son père, ou bien chez son mari , si ceux - ci la désavouent. Encore est-il k savoir si Moïses n'a pas entendu par le mot Ame un synonyme de Sang , comme au Ghap . K» 4, de la Genèse, où il est dit que T&me est le sang.
Au Ghap. XXXI, Dieu ordonne de faire marcher une armée contre cinq rois madianites , afin d'exécuter la ven* geance de l'Éternel; c'est-k-dire mille hommes de chaque tribu; et ces 12,000 hommes ont suffi pour tuer tous les mâles ^ ainsi que les cinq rois et Bolaam^ le devin de la Mésopotamie. Quant aux femmes et aux enfants , ils furent emmenés prisonniers , après qu'on eut tout pillé et incendié , les villes et les châteaux. Quand l'armée revint au camp de Moab , Moïses allant au-devant d'elle se mit en une violente colère en voyantqu'elle amenait des prisonnières, disant que c'étaient précisément les femmes madianites (une seule), qui avaient été cause de la plaie qui a sévi contre Israël k Péhor (Chap. XXV, 3) ; et il ajoute, Chap. XXXI, 17 : « Tuez donc maintenant les mâles d'entre les petits enfants , et tuez toute femme qui aura eu compagnie d'homme. »
18. « Mais vous laisserez vivre toutes les jeunes filles qui nont point eu compagnie d'homme, »
Gomment ne point éprouver une indicible horreur pour un homme qui a pu se permettre une aussi affreuse cruauté, surtout quand on pense qu'il aurait dû se rappeler combien il fut heureux lorsque , forcé de quitter sa patrie pour cause d'assassinat, il reçut non-seulement pendant quarante ans une bienveillante hospitalité chez ce même peuple qu'il vient de faire si lâchement massacrer ; mais qu'il eut encore le bonheur d'obtenir la main de la fille de l'un des hommes les plus distingués de cette nation ; enfin quand on se représente que peut être sa propre femme , ses enfants ou d'autres de ses propres descendants ou alliés, ont dû se trouver au nombre des victimes, qu'il a commandé d'égorger sans distinction ni d'âge ni de sexe , lorsqu'il envoya ses
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barbares soldats contre eux ; soldats qui moins féroces que lui crurent devoir du moins épargner ceux qui n'avaient jamais pu avoir de tort k leur égan}. Et c'est là ce qu'on appelle l'homme inspiré de Dieu.
Le butin se composa de 675,000 Brebis, 72,000 Bœufs, 61 ,000 Ânes et de 32,000 Filles. Or s'il y a eu un si grand nombre de filles prisonnières , quel a dû être le nombre des hommes capables de porter les armes? et comment iS,000 Israélites ont-ils pu exterminer une telle population? Mais tout le miracle n*est pas là : ce qui est plas extraordinaire encore , c'est que peu un seul Israélite ne périt dans cette campagne (Verset 49).
11 a déjà été parlé plus haut de villes de refuge pour les simples meurtriers; mais c'est plus particulièrement an Chàp. XXXV que Moïses règle la loi qui les établit, ainsi que celle relative à certaines villes que devaient habiter les Lévites , ceux-ci ne devant , du reste , posséder aucune pro priété foncière. En tout 48 villes , dont 6 de refuge.
§ V. Deutéronome.
Ce cinquième Livre du Pentateuque n'est en grande partie qu'une répétition de ce qui a été dit aux deux Livres précédents ; d'où le nom de Deutéronotne , qui signifie en grec Loi répétée^ tout en renfermant souvent aussi divers détails de plus.
Au premier chapitre , Moïses , récapitulant une partie de l'histoire des Israélites , depuis le départ du mont Horeb , leur reproche leur manque de foi , dont ils ont donné des preuves lorsque , partant de cette montagne , il les conduisit, par ordre de rÉternel, contre les Amorrhéens, dont ils ne purent toutefois envahir le pays que quarante ans après la sortie d'Egypte ( Verset 3), alors qu'41 n'existait plus de la première armée aucun des hommes capables de porter les armes, qui s'étaient révoltés contre Dieu au désert de Paran ;
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et cela sâDs en excepter Aaron, et Moïses lui-même, qui, après avoir conquis le pays des Âmorrhéens, demanda k l'Éternel de revenir sur son arrêt , qui le condamnait à mourir avant le passage du Jourdain, afin qu'il vit au moins le beau pays qu'il allait donner k son peuple. Mais Dieu lui répondit, Chap. III, 26, ... étant fort indigné contre lui : « Cest assez, ne me parle plus de cette affaire. » Se contentant d'ajouter : < 27. Monte au sommet de la montagne de Pisga^ et élève tes yeux vers V Occident et vers le Septentrion^ le Midi et l'Orient^ et regarde de tes yeux; car tu ne passeras point ce Jourdain. » Manière fort curieuse avec laquelle TËternel refusa, absolu* ment comme le ferait un homme, même peu poli, ennuyé de la demande d'un solliciteur.
Au quatrième chapitre, Moïses approchant de sa fin, exhorte encore le peuple k rester fidèle à ses lois, lui disant :
Ghàp. IY, i. ^ Et maintenant, Israël., écoute ces statuts et ces ordonnances , que je V enseigne pour les faire , afin que vous viviez et que vous entriez au pays que l'Éternel^ le Dieu de vos pères, vous donne ^ et que vous le possédiez. »
2. K Vous n'ajouterez rien à la parole que je vous annonce, et vous n'en diminuerez rien; afin que vous observiez les wmmandements de V Éternel votre Dieu, que je vous prescris. >
6. < Vous les garderez donc et vous les ferez, car ce sera là votre sagesse et votre intelligence devant tous les peuples , qui , entendant ces statuts , diront : Cette grande nation eèi le seul peuple sage et intelligent. >
9. < Prends garde seulement à toi , et garde avec soin ton Ame, afin que tu n'oublies point ces choses que tes yeux ont vu€s.f et afin qu'elles ne sortent de ton cceur aucun jour de ta tne, mais que tu les enseignes à tes enfants , et aux enfanté de tes enfants. »
10. c N* oublie point ce qui arriva au jour que tu te pré^ sentas devant V Éternel ton Dieu en Horeb , après que VÊ^ temel m'eut dit : Assemble-moi le peuple , afin que je leur fasse entendre mes paroles, q^iils apprendront^ pour me crain*
dre tout le temps quHU vivront sur la terre , et pour les ensei^ gner à leurs enfants. »
23. < Gardez- vous d^ oublier V alliance de T Étemel votre DieUf quHl a traitée avec vous^ et de faire quelque image taillée y ou quelque ressemblance d'aucune chose que VÉtemel votre Dieu vous ait défendue. »
25. Quand tu auras des enfants , et des enfants de tes enfants , et que tu auras demeuré longtemps dans le pays , si alors vous vous corrompez , et que vous fassiez quelque image taillée , ou quelque ressemblance , et si vous faites ce qui déplaît à t Éternel votre Dieu, afin de l'irriter, »
26. < J'appelle aujourd'hui à témoin les deux et la terre contre vous^ que certainement vous périrez au^ssitôt de dessus ce pays que vous allez posséder ^ après avoir passé le Jourdain, et vous n'y prolongerez point vos jours , mais vous serez enr tièrement détruits ,* »
27. €Et t Éternel vous dispersera entre les peuples, et vous demeurerez en petit nombre parmi les nations, parmi lesquelles T Étemel vous fera emmener. »
39. nCest pourquoi, sache aujourd'hui, et grave dans ton coeur, que l'Étemel est celui qui est Dieu là^ut dans le ciel , et ici-bas sur la terre , et qu'il n'y en a point d'autre que lui. »
Dans tout ce chapitre, où Moïses exprime sa paternelle sollicitude pour le peuple qu*il a gouverné pendant quarante ans , qu'il a converti par son génie , sa sagesse et son inébranlable persévérance au culte du vrai Dieu, dont les Israël lites n'avaient aucune idée avant, on ne trouve toutefois, de même que nulle part ailleurs, dans les autres écrits qu'on attribue k cet illustre réformateur, ainsi que je l'ai fait déjà remarquer plusieurs fois , aucune expression qui fasse la moindre allusion à l'immortalité de l'Esprit, et, par conséquent, ik la béatitude éternelle après la mort, pour les personnes vertueuses qui ont mérité la bénédiction divine. Tout ce que Moïses fait espérer aux Israélites on récompense Ae
crapitrb XIV. 1)89
leurs vertus, c'est de vivre longtemps sur la terre et d*y posséder (le grandes richesses , leur rappelant k tout instant le bienfait de rÉternel qui leur a juré une alliance perpétuelle en les faisant sortir d'Egypte. Doctrine tonte sensnaliste , où la punition du vice ne consiste que dans les plaies que Dieu envoie aux coupables, le fléau de la guerre, la famine et finalement la mort.
Au cinquième chapitre , il répète le Décalogue déjà rapporté au Chap. XX de TExode, en y ajoutant quelques détails de plus. Au sixième , il recommande de rester fidèle aux commandements de Dieu , disant entre autres : Verset^. «Écoute Israël; l'Éternel notre Dieu est le seul Éternel. »
5. < Tu aimeras donc V Étemel ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme , et de toute tes forces^ »
6. (( Et ces commandements que je te prescris aujourd'hui^ seront dans ton cceur; y>
7. c Tu tes inculqueras à tes enfants ^ et tu en porteras quand tu te tiendras dans ta maison , quand tu te mettras en chemin y quand tu te coucheras, et quand tu te lèveras.
Au Chap. VII, Moïses défend de nouveau aux Israélites tonte espèce d'alliance avec les peuples des pays qu'ils vont occuper , disant , Verset 2, qne lorsque V Éternel leur aura livré ces peuples ; < alors tu les frapperas et tu les détruiras, à la façon de V interdit; tu ne traiteras point d'alliance avec eux, et tu ne leur feras point de grâce ^ »
3. « Tu ne t'allieras point par mariage avec eux; tu ne donneras point tes filles à leurs fils , et tu ne prendras point kurs filles pour tes fils , »
4. c Car elles détourneraient tes fils de mon service , et ils serviraient d'autres Vieux, et la colère de T Éternel s'allumerait contre vous , et C exterminerait aussUôt. »
Enfin, pour mieux afiermir encore les Israélites dans leur fidélité envers TEterncI . Moïses leur recommande même de détruire, dans le pays qu'ils vont occuper, tout objet qui puisse avoir quelque rapport que ce soit au culte des idoles.
&90 TnfoLoaii m la hature.
Ainsi que le dit formellement ici cet Uliistre réfonnatenr priant au nom de l'Être Suprême, la haine qu'il cherehe à inspirer à son peuple contre toute autre nation , qu'il recommande d'exterminer sans grâce pour personne , n*eut pour but que d'empêcher les enfants d'Israël de retomba dans le paganisme, auquel ils reyînrent cependant à tout instant, ainsi qu'ils l'avaient déjà fait avec le très-facile consentement d'Aaron lui-même , au moment même où soa frère reçut, à ce qu'il assura , sur le Sinaî . des mains de Dieu , les célèbres tables de la loi ; ce qui prouve que l'Éternel n'exerçait qu'un bien faible pouvoir sur ce peuple barbare.
Enfin, revenant encore k l'objet essentiel pour les Israélites , à rintérêt purement matériel , il leur dit : Verset 1S. € Et il arrivera que si, après avoir entendu ee$ ordonnances y vous les gardez et les faites, V Étemel ton Dieu te gardera Talliance et la miséricorde qu'il a jurée à tes pères. »
13. « il f aimera y il te bénira y il te muUipliera^ il bénira le fruit de ton ventre et le fruit de ta terre , ton froment , ton moût et ton huile , et les portées de tes vaches et des troupeaux de ton menu bétail , sur la terre qu'il a juré à tes pères de te donner. »
14. c Tu seras béni par-dessus tous les peuples^ et il n'f aura ni mâle ni femelle stériles parmi toi , ni parmi tes bêles. »
15. « L Éternel détournera ds toi toutes les maladies, eti ne fera venir sur toi aucune de ces langueurs malignes d'Êgffple que tu as connues ; mais il les fera venir sur Ums ceux qui te hàissent. »
16. « 7'u détruiras donc tous les peuples que ï Étemel ton Dieu te livre; ton œil ne les épargnera point j et tu ne serviras point leurs Dieux; car ce serait un piège. »
Aux Chap. VIII, IX, X et XI, Moïses continue, en répétant toujours les mêmes paroles, les mêmes promesses et les mêmes menaces , a exhorter le peuple k observer les lois qu'il lui a prescrites, ayant soin de lui faire comprendre
CHAPITftS XIY. 591
que le pays dans lequel Dieu va le faire entrer ne lui est point donné en récompense de ses vertus, mais bien à cause de l'impiété des habitants d'alors ; récapitulant tous les actes de désobéissance dont les Israélites se sont rendus coupables envers TÉternel depuis la sortie d'Egypte , et il y ajoute de nobles principes en leur recommandant, d'une part , d'aimer Dieu et de le servir av€^ fidélité ; et de l'autre , la bienveillance envers les étrangers qui habitent parmi eux. Beaux préceptes qui ne cadrent guère avec la haine qu'il cherchait à inspirer aux Israélites contre tous ceux qui ne servaient pas le même Dieu qu'eux.
Au Chàp. XII , il leur recommande de détruire dans le pays qu'ils vont occuper, non-seulement tous les autels élevés aux faux Dieux , mais encore tout objet servant à leur culte. Quant a celui qu'eux-mêmes auraient k rendre k l'Éternel, il leur dit que Dieu fera choix d'un lien où il établira sa demeure, et que ce sera là et nulle part ailleurs qu'ils devront lui offrir leurs sacrifices.
Moïses recx)mmande, au Chap. XIII, de ne point se laisser entramer par les faux Prophètes au culte de quelque dieu
autre que l'Éternel; ajoutant : Verset 3. « Car VÊlerml
voire Dieu vous éprouvera pour savoir si vous aimez V Éternel votre Dieu de tout votre c(Bur et de toute votre âme, »
5. « Mais on fera mourir ce Prophète, ou ce songeur; car H a parlé de se révolter contre ï Éternel votre Dieu , qui vottë a tirés hors du pays d'Egypte , et qui vous a rachetés de la maison de servitude »
Enfin son intolérance alla jusqu'au point d'ordonner que chacun fit mourir toute autre personne fût -ce même son frère , son fils , sa fille , sa femme ou son intime ami qui proposerait seulement de servir les faux dieux ( Verset 6). Horrible prescription qui n'a toutefois guère été suivie, les enfants d'Israël ayant non - seulement toujours conservé un grand penchant pour l'idolâtrie k laquelle ils revinrent souvent; et même bientôt après la mort de ce grand réfor-
;S9i THK0L06R DS LA NATIJRC.
mateur, la majeure partie de la nation comprenant dix tribus , constituant le Royaume d* Israël , adopta formellement Tidolàtrie comme religion généralement reçue; ordre de choses qui a presque régulièrement subsisté pendant plus de mille ans. Quant aux deux autres tribus, celles d'Iehouda (Juda) et de Beniamine qui formèrent le Royaume de lehouda « ne conservèrent même que peu de temps le culte de TÉternel , auquel elles revinrent cependant successivement plusieurs fois, selon les dispositions h cet égard , des rois qui les gouvernaient; sans que Tidolàlrie y fût jamais complètement abolie.
Moïses reproduit au Chap. XIY, la liste des animaux dont il est permis de manger la chair, et de ceux qu'on doit con* sidérer comme immondes ou souillés ; animaux dont il a été parlé au Chap. XI du Lévitique.
Le Chàp. XY n*est également guère qu'une répétition de ce qui a déjà été dit ailleurs, relativement k Vannée de Sabbat revenant tous les sept ans, où chacun doit rentrer dans la possession des immeubles qu'il aura aliénés.
Au Chap . XVI Moïses répète de même ce qui est relatif aux fêles de Pâques^ de Pentecôte et des Tabernacles y ainsi qu a l'administration de la justice.
Il défend, aux Chap. XVII etXVlII, de faire passer les per^ sonnes à V épreuve du feu^ de prédire T avenir ^d* évoquer les morts et de sacrifier à Python ou mauvais génie^ diverses pratiques en usage chez les Chananéens. Il recommande en outre instamment à*écouter et de suivre les prescriptions des PropMtes que V Etemel désignera ^ comme il a été désigné luimême ,• ainsi que Dieu Ta dit sur la montagne de Horeb , tandis que tout autre Prophète, qui parlera au nom de I Éternel sans avoir été inspiré par lui, d^ra être mis à mort.
Ainsi, tout en défendant de prédire l'avenir, cette faculté était, selon lui, toutefois permise aux Prophètes inspirés de Dieu , qu'on devait reconnaître k Taccomplissement des faits. Mais alors comment les Israélites purent-ils savoir