CHAPITRE UV
colère bientôt passée. Mais àbschàlom , le frère utérin de Tamar, forma le projet de la venger, et eut pour cela Thypocrite constance de dissimuler son ressentiment pendant deux ans, sans en parler ni en bien ni en mal à son frère , épiant le moment favorable a l'exécution de son plan , en simulant la plus froide indifférence à ce sujet. Enfin ayant un jour invité toute sa famille k une fête, il y fit assassiner Amnon au milieu du festin par ses gens , et s*enfuit auprès du Roi de Gueschur, où il demeura trois ans.
Plus tard , Abscbalom , conspirant contre son père , leva une formidable armée, et marcbant contre Jérusalem, força ce dernier de s'enfuir, accompagné seulement d'un petit nombre d'bommes qui lui restèrent fidèles , pour se réfugier au delà du Jourdain, où son fils le suivit de près. Ayant déjà atteint sa petite troupe en deçà de ce fleuve , dans les forêts d'Épbraïm (Ghàp. XYIII , 6) , l'armée d' Abscbalom fut battue, malgré la supériorité du nombre, et lui-même tué dans sa fuite , où il resta suspendu par les cbeveux aux branches d'un arbre.
C'est ici où se termine le récit bistorique des Livres dits de Samtiel , et où commencent les Livres des Rois , qui ne $ont, au fond, qu'une espèce d'extrait des Chroniques qui suivent, et souvent même une véritable copie, commençant par l'bistoire de David vers la fin de ses jours , et se ter- Biinant à l'époque de la Captivité des Juifs à Babylone.
§ X. Livres des Jtois, les ChroniquLeSj le Livre d'Ezra^
celui de Néhèmia et d'Ester.
An Chàp. III de la première Chronique sont indiqués les enfants de David , avec les noms de leurs mères; nomenclature qui ne s'accorde pas avec ce qui a été dit, soit dans les Livres de Samuel , soit dans les Livres des Rois, Suivant le Livre II de Samuel, XII, 24, Salomon était fils de Bath- ScÉBAH, filles d'EuHAM , et veuve d'URiE , tandis que d'après
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hpremiire Chroniquey 111, 5, sa mère se nommait Bethsclâ, fille de Hammiel. Si cette contradiction peut être attribuée à une différence d'orthographe et de prononciation , ainsi que cela arrive assez souvent dans l'ancien hébreu, il n'en saurait être de même du second fils de ce roi, qui s'appelait KiLEAB, suivant Samuel (Chap. III, 3), et était fils dWsi- GAÏL, tandis que d'après la Chronique^ il se nommait Daniel, ce qui prouve une fois de plus que ces ouvrages ont éprouvé d'assez fortes variantes , dues sans doute h ceci, qu'ils ont été rédigés longtemps après les événements qu'ils rapportent, ainsi que les auteurs le disent eux-mêmes implicitement, ajoutant souvent que cette chose existe encore jusqu'à prisent; et qu'ils ont écrit d'après des documents incorrects.
David étant devenu vient , fit sacrer son fils SaLomon Roi , pour régner après lui sur tout le peuple d'Israël , ainsi que sur les autres nations qu'il avait soumises k sa puissance; et , prêt à descendre dans la tombe , il lui donna encore ses dernières instructions , lui t-ecofnmandant de vivre selon la volonté de l'Éternel , en restant fidèle aux lois de Moïses ; mais sans oublier surtout de lui rappeler qu'étant en fuite devant Abschalom , un certain Scimhi , de la maison de Saâl, le maudit en lui reprochant son usurpation du trône et le sang qu'il avait fait verser; offense pour laquelle il lui avait toutefois personnellement pardonné , en lui jurant même par T Éternel qu'il tiê l'en punirait pas; mais il recommanda à son digne successeur, qui n'avait pris aucun engagement à ce sujet, de ne pditit manquer de le faire périr (I. Livre des Rois, II); ce que Salomon ne tarda pas k faire , en saisissant l'occasion de la première faute que commit cet individu, de s'être un instant absenté de sa maisod, que le roi lui avait assignée comme prison perpétuelle , et il le fit tuer par Benaia, son assassin attitré; homme digne de lui , qu'il avait élevé déjà avant au rang de général en chef de ses armées , k la place de Ioab, que ce saint roi , si réputé pour sa sagesse et sa justice ^ avait également fait assassiner par
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le même meurtrier, ainsi que le lui avait commandé David sur son Ht de mort. Or cet assassin le poignarda même par ordre de Salomon devant le tabernacle, où loab s*était réfugié comme lieu inviolable. Enfin le pieux Salomon fit également assassiner, bientôt après son avènement au trône, son propre frèl*e Sitbé Adôisiia, pour le soi-disant crime de lui avoir demandé en mariage une jeune fille qu'on avait fait placer auprès de David pour le soigner dans ses derniers jours : c'est sans doute parce qu'il a voulu la garder pour lui* même.
Salomon s'étant ainsi débarrassé, par l'assassinat, de tous ceui qu'il avait & ctaindre, ne songea plus qu'k la puissance, et demanda pour cela k TÉternel de lui donner la sagesse , ce qui lui fut accordé ; et comme il s'était borné h ne solliciter que cette unique faveur , Dieu lui en sachant gré , lui dit que, puisqu'il ne lui avait demandé ni richesses^ ni une longue existence, ni la mort de ses ennerâis ( avantage qu'il sUt bien se procurer sans l'assistance divine), il lui donnerait encore la richesse et la gloire , afin qu'aucun autre roi né l'égalât. Favorisé ainsi d'une manière toute particulière pai* la toute-puissance de Dieu , il étendit bientôt tellement son pouvoir, que son empire s'étendit du fleuve de TEuphrateau pays des Philistins, et du Liban aux frontières de TÉgypte. Mais quoique ce roi si sage et si pieux técût selon la volonté de f Éternel , en observant rigoureusement les lois de Moïses , qui défendaient aux Israélites de s'allier en aucune façon aux idolâtres, cela ne l'empêcha pas de s'allier au Pharaon d'Egypte , en épousant sa fille ; mais comme cela l'arrangeait, il sut se permettre , comme partout, cette petite in^ fraction aux lois divines.
Salomon ayant fait bâtir k Jérusalem un magnifique tem-^ pie â l'Éternel, y déposa l'Arche d'alliance, ne renfermant que les seules Tables de la loi; et près de cette Arche sainte, furent placés les autres objets consacrés à Dieu. Tout étant ainsi disposé, le roi consacra ce premier temple élevé h la
gloire du vrai Dieu , en présence de tous les anciens des douze tribus , et autres chefs commis sur le peuple , et prononça, en le bénissant (Chap. VIII), une sublime prière, digne des plus beaux temps du Christianisme « où il ap[}elle la bénédiction et la miséricorde de TÉternel , non-seulement sur le peuple d*Israël , mais aussi sur les étrangers qui Tiendraient rendre hommage au vrai Dieu. C'est pour la première fois, dans TÂncien Testament , qu*on trouve dans cette éloquente invocation l'expression de la grandeur infinie de rÉtre Suprême ; Salomon disant , en nommant ce monament la maison de Dieu ( Verset 27 ) : « Jf at5 serait-il vrai que Dieu habitât sur la terre? Voilà ^ Us deux; et tnéme les deux des deux ne te peuvent contenir , combien moins cette maison que fai bâtie ? » Mais pas un mot qui fasse la moindre allusion k la vie future et k la béatitude éternelle des personnes qui, par leurs vertus, mériteraient la miséricorde de Dieu , et par là ce bonheur éternel , dont les Israélites de ces temps reculés paraissent ne pas avoir en idée. Ce que je dis ici parait d'autant plus probable que, dans la belle et dernière prière que David adressa à l'Être Suprême , en appelant la bénédiction sur son fils Salomon , qu'il venait de proclamer son successeur comme roi d'Israël, il dit ( F" Chronique , XXIX , 15) : nEt nous sommes étrangers devant toi , et des voyageurs comme tous nos péires ; et nof jours sont comme l'ombre sur la terre , et il n'y a rien d'autre à attendre. »
Aussi ne trouve-t-on dans la longue et éloquente prière de Salomon , ainsi que dans toutes celles rapportées , soit dans les Livres de Samuel , soit dans ceux des Rois ou dans les Chroniques , comme ayant été prononcées du temps de David et de son fils, même dans le Cantique, du reste trèsbeau , que le roi adressa à rÉternel lors de la translation de l'Arche dans son propre palais (I'" Chronique^ XYl , 23), rien autre chose que des demandes de bienfaits purement terrestres les plus matériels.
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La prière de Salomon , dont je viens de parler, est répétée dans la II*" Chronique, VI, avec des variantes assez considérables ; ce qui arrive d'ailleurs pour un grand nombre d'autres passages encore , et prouve que les auteurs de ces deux ouvrages, ou du moins Tun d'eux, les ont rédigés d'après des documents altérés , et laissent des doutes sur l'exactitude de leur texte ; et si , ainsi que cela est possible, le même historien a écrit le tout, il y a toutefois introduit, par négligence, une foule d'inexactitudes.
Suivant ce qui est dit ( I. Rois , III , 5) , Dieu avait apparu une première fois à Salomon à Gabaon , mais en songe seulement, ainsi que cela était d'ordinaire, pour lui annoncer qu'il le comblerait de sa bénédiction , lui recommandant de rester fidèle k ses commandements. Il lui aurait ensuite apparu une seconde fois , après l'avoir eu rendu grand et puissant, mais toujours en rêve (Chap. IX) , pour lui rappeler ses bienfaits , et l'exhorter de nouveau k garder ses lois , lui promettant encore sa protection s'il restai fidèle k ses statuts ; le menaçant de déchirer son empire s'il lui arrivait de se laisser entraîner vers les faux dieux ; ajoutant toutefois, avec une singulière indulgence, que, dans ce cas même, il ne détruirait l'empire d'Israël qu'après sa mort, et cela uniquement pour l'amour de David son père ; condition où la Divinité est encore présentée, d'une part, comme un simple homme , trop bon par faiblesse , qui pardonne le vice par la bienveillance pour des tiers; et, d'autre part, comme un être injuste et mauvais , qui punit l'offense qui lui a été faite en se vengeant sur des innocents ; tandis que cette Divinité continue d'accorder ses bienfaits k l'homme vicieux lui-même. En effet , Salomon étant arrivé au faite de sa grandeur, abandonna, malgré sa prétendue sagesse et sa piété, le culte de l'Éternel, pour s'adonner k celui des faux Dieux ; et cela non-seulement k un seul , mais même k plusieurs k la fois ( Chap. XI , 5) , sacrifiant sur les autels de tontes les divinités païennes connues dans son vaste empire.
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C'est-^-dire que, dans ces temps de la plu$ b vite antiquité, ce qui malheureiisement a eqlieujusqu'^ uos jours, TËtre Suprême a toujours été le jouet des caprices des hommes, qui lui promettaient fidélité tant que cela pouvait leur convenir, et trahissaient ensuite leurs serments à toute occasion, égaleiqent selon leurs convenances , sûrs qu'ils se croyaient de recouvrer la bienveillance divipe quand il leur plairait d'adresser lu Dieu, du bout de leurs lèvres, quelques hypocrites prières, auxquelles le cœur n'avait du reste aucune part ; voire même de trouver le pardon de leurs péchés par la prétendue efficacité des prières d'autrui, ^e gens qui, pécheurs eui-mémes, n*en ont pas moins Torgueilleuse prétention de croire que leurs vœux , exprimés même mécaniquement avec le sentiment de la plus complète indifférence, doivent produire les effets les plus heureux sur les déterminations de la toutepuissance de rÉtre Suprême, dont ils admettent que la justice vase plier à leur demande. C'est ainsi que nous trouvons souvent dans l'Ancieq Testament que des peuples entiers ont été les innocentes victimes de la malédiction de l'Éternel , pour des péchés commis par les rois ; et c'est ainsi , entre autres, que Tidolàtrie dans laquelle est tombé Salomon fut, suivant la Bible, punie après sa mort seulement , dans RoBOAM son fils , dont la majeure partie de Tempire fut enlevée par la révolte de dix tribus ( I. Rois , Gqap- XII) qui constituèrent le Royaume d'Israël . en élisapt Iéroboav pour roi , et établissant le siège de leur gouvernement d'abord à Sichem , puis à Samarie ; tandis que les seules tribus A'iehouda et de Beniamine^ restées fidèles au fils de Salomon , formaient le Royaume d'Iehouda.
Mais quoique léroboam fût élu Roi par la volonté de VÊtemel (Chap. XII, 24) , qui a voulu le démembrement du royaume de Salomon, ce roi ne tarda pas à tomber dans ridolâtrie, énorme péché dans lequel ont ensuite persisté tous les rois ses successeurs, ainsi que tout le peuple jusqu'à la destruction de cet empire; idolâtrie où léroboam fit
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exécuter deux veaux d*or,qu*il plaça, Tua k Beth-el et Tautre à Dane , pour servir de Divinités aux Israélites ; leur persuadant que c'était la le Dieu qui avait fait sortir leurs ancêtres d'Égyple; mais en réalité pour empêcher le peuple d'aller sacrifier au temple de Jérusalem resté au pouvoir de Réchoboam (Ghap. XII).
Or Dieu voyant que son ilu léroboam était tombé dans l'idolâtrie, Ten punit en faisant périr sa famille^ en commençant par son fils qui mourut de maladie; tandis que lui, le vrai et Vunique coupable , régna tranquillement pendant vingt-deux ans sur son peuple.
Une série de dix-huit autres Rois, tous idolâtres, régna ensuite sans interruption sur Israël jusqu'à Hosé, où ce royaume fut détruit par les Assyriens qui transportèrent ce peuple en Assyrie, où il resta jusqu'au delà de Tépoque où les Livres des Rois furent écrits (II. Rois y XVII, 23). Sous AcHAB, le septième roi, parut Éli, le Prophète, qui ressuscita Tenfant d'une femme chez qui il demeurait; et s' adressant à cet effet k l'Éternel , il dit (I. Rois, XYII, 21) : < ... Éternel mon DieUf je te prie que l'âme de cet enfant rentre en lui. » Et l'enfant ressuscita. C'est la première fois qu'il est question dans l'Ancien Testament de YAtne comme d'un Être vivifiant qui abandonne le corps au moment du trépas. Mous avons vu plus haut que, d'après Moïses , Tâme n'était autre chose que le sang , et que c'était en conséquence de cette idée qu'il avait défendu aux Israélites de manger du sang.
Quant au petit royaume d'Iehouda, il fut gouverné successivement par vingt rois, tous descendants directs de David , qui permirent souvent k l'idolâtrie de s'établir dans le pays, au point que même le temple de rÉicrnel fut entièrement abandonné. Enfin, sous Sédégiàs, Nabdcadnetsàr, roi d'As- Syrie, soumit également le reste de l'Empire de Salomon , pilla la ville et le temple de Jérusalem qu'il fit incendier, et transporta la majeure partie du peuple d'Israël k Babylone , où il resta pendant soixante-dix ans on captivité.
i\U) THBOLOGtB DR LA KaTURE.
Mais déjà longtemps avant, pendant la cinquième année du règne de Réchoboam, fils de Salomon, Sciscak, roi d'Egypte, avait pris cette ville et pillé son temple ainsi que le palais royal ; et plus tard encore, tout le pays fui soumis aui Romains, qui n'interdirent pas toutefois aux Juifs d'exercer librement leur religion.
Ces trois événements, joints à celui de la prise de 1* Arche d'alliance par les Philistins, sans compter les autres défaites si nombreuses que les Israélites ont essuyées dans les longues
guerres qu'ils eurent à soutenir depuis leur sortie d'Egypte, prouvent, au delà de tout besoin, combien peu de foi l'on doit attacher k la soi-disant alliance appuyée de serments que TEternel avait, au dire de Moïses et des Prophètes, conclue avec le peuple hébreu.
Pendant la durée du règne des deux longues séries de rois qui ont gouverné les royaumes d'Israël et d'Iehouda , il s'éleva de nombreux Prophètes parlant au nom de l'Éternel , qui imposèrent leur autorité prétendue sacrée tantau peuple qu'aux monarques eux-mêmes ; prophéties dont le nombre s'éleva souvent à plusieurs centaines à la fois, qui, k l'instar de Moïses et de Samuel, firent commettre, dans diverses circonstances, des crimes et même des massacres atroces ; et cela toujours au nom de la Divinité dont ils se dirent inspirés.
Durant tout le temps qu'ont existé les royaumes d'Israël et d'Iehouda , l'idolâtrie n'a , ainsi qu'il a déjk été dit , jamais cessé d'être le culte principal du premier de ces Etats; mais l'Eternel n'en continua pas moins, selon le texte, k la protéger, malgré l'obstination avec laquelle ses habitants ont refusé d'observer ses lois ; et cela tout autant que le royaume d'Iehouda , où le culte du vrai Dieu ne fut que momentanément abandonné k certaines époques ; quoique en tous temps celui des idoles fût toléré. Enfin Achâz, le douzième roi après Salomon, se livra lui-même k l'idolktrie. Mais son fils Ezéghias rétablit le culte de l'Étemel qu'il exerça lui-même très-rigoureusement, et fit détruire tous les autels élevés k Bahal^ l'idole