‹ Théologie de la nature (volume 4)Chapitre 132 sur 136 · CHAPITRE ZIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE ZIV

Je viens de faire remarquer qa'Ézéchiel habitait comme captif la Chaldée , et c'est dans ce pays qu'il prophétisa Tavenir aux Juifs de la Judée , éloignés de plus de cent cinquante lieues; mais ce qui est plus curieux encore, c'est qu'il leur prophétisa à cette distance, en visions, par de simples rêves (Chap. YIII à XI) , ce qui devait être excessivement instructif pour eux. On ne comprend pas facilement comment on a jamais pu attacher une idée sérieuse k de semblables écrits.

Dieu dit, au Chap. XXXIV, 22 et suivants, qu'il sauvera son troupeau, lui donnera David pour pasteur, qui le paîtra lui-même en régnant en Prince sur lut. Or les théologiens ont pensé qu'il s*agissait ici de Jésus-Christ ; mais ils se sont bien évidemment trompés ; car si Jésus-Christ a été descendant de David, il n'était donc pas le fils de Dieu^ ainsi qu'on le prétend ; et d'ailleurs , loin d'avoir été lui-même le pasteur du peuple juif, le soi-disant peuple de Dieu^ ce peuple l'a au contraire repoussé en le faisant mettre à mort , de manière que jamais il n'a régné sur lui, ni au temporel ni au spirituel.

Au Chap. XXXVII est encore racontée une vision où Ézechiel vit de nombreux ossements se couvrir de chair et revivre ; et l'Éternel lui dit que c'est ainsi qu'il ressucitera un jour toute la maison d'Israël qui habitera toujours en paix le pays donné k lacob, et que David régnera à perpétuité sur elle. Or on a voulu voir Ik la promesse de la résurrection des hommes en chair et en os.

Mais si cela était vrai ce ne seraient donc que les seuls Juifs qui ressusciteraient ainsi, si toutefois cela était physiquement possible , et tous habiteraient une contrée fort peu étendue pour le nombre immense qu'il y aurait à la fin. Extravagance pardonnable k Ézechiel qui rêvait.

Les prophéties de Daniel ressemblent un peu plus k de l'histoire que celles de lérémia et surtout d'Ézéchiel.

Daniel , fort jeune encore , était au nombre des Juifs qui furent déjk , du temps de léhoiakim , tiansportés en capti-

vite k Babylone par ordre de Nébucadoetsar, et fat choisi avec trois antres jeunes Hébreux pour être élevé dans le palais de ce roi.

Nébucadnetsar et son fils Belsghatsar , ayant fait divers songes que personne parmi les Cbaldéens ne put interpréter, on s'adressa pour cela k Daniel qui en donna la signification k la satisfaction de ces puissants monarques , qui , pour le récompenser, rélevèrent aux plus grandes dignités du royaume. La première épreuve de son savoir, en ce genre, a consisté k expliquer au premier un rêve quil m se rappelait pa$ lui-même (GuàF, H, 5). La seconde fois, il lui dit que son rêve signifiait que malgré sa grande puissance il serait chassé du trtoe, sefiiit réduit k manger Therbe des champs comme un Bœuf, mais que plus tard il serait rétabli dans tout son pouvoir ; et oela arriva en efiet un jour où il entendit une voix du oiel qui lui annonça sa chute , et k rinatant mèine ce grand changement s'opéra en lui sans qu*il soit dit dans la Bible par quel ennemi il fut ainsi détrôné; mais Nébucadnetsar en donne le mot, disant (Chap. IV, 34, 36] que son ims lui étant reinenu, il fut de nouveau investi de toute aa puissance , c*e8t-k'dire que peu* dant quelque temps il fut fou.

Ce même roi ayant fait construire une statue d'or (et non dorée seuieiqent) de soixante coudées de hauteur, pour servir d'idole « ordonnai sous peine de mort, que tout le monde se prosternât devant elle; or les trois compagnons de Daniel a*étant refvsés de lui rendre cet hommage, Nébucadnetsar les fit jeter tout vifs dans une fournaise ardente , où ils furent garantis de l'action du feu par un Ange qui s'y trouva avec eux. Ce miracle ayant achevé de convaincre ce souverain de la toute-^puissanoe du Dieu des Hébreux , il fit sortir les trois jeunea hommes, les éleva en digpité, et fit défendre dans tous ses États de dire le moindre mal du Dieu qu'ils adoraient.

Parius , roi des Per^ et d'Assyrie , établit Daniel comme

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gouverneur d'une grande partie de ses vastes États. Cette faveur ayant eicité la jalousie de plusieurs personnes marquantes, elles cherchèrent k le perdre, en Faccusant auprès du roi de servir un autre Dieu que celui des Mèdes , con trairement aux lois très-rigoureuses de ce peuple k ce sujet; et forcé de céder par Ui à leurs instances , il fit jeter Daniel dans une fosse aux Lions, où il resta jusqu'au lendemain sans que ces animaux lui fissent le moindre mal. Cette grande preuve de protection dont le Dieu des Hébreux couvrit Daniel, ayant prouvé k Darius que rÉternel était en réalité le seul Dieu tout-puissant, il fit sortir le Prophète du lieu où on l'avait enfermé , et y fit jeter h sa place , av^c toutes leurs familles , ceux qui l'avaient accusé , et les Lions les dévorèrent aur*le-champ. Mais. le roi ne s'arrêta pas k cette grâce; il ordonna, par un édit, que, dans tous ses vastes États on eût à craindre et à respecter le Dieu des Hébreux (Chàp. VI, 26).

Aux Chap. VII et YIU sont racontés des soqges fantas^ tiques que Daniel a eua, et dont il applique l'explication aux événements de ce temps-lk .

Le Chap. IX est une trèarbelle prière qne ce Prophète adresse à l'Être Suprême , en faveur de Jérusalem dont il demande le pardon.

Aux Versets â5 et S7, il parle de la Venue du Christ, que l'Ange Gabriel lui annonça, mais de telle façon qu'il est impossible de l'appliquer k Jisus. Encore faut-il savoir quelle idée Daniel a attachée au nom de Christ , pris de la langue grecque.

Voici le passage : Yersêt 2â. « 7^ sauras dotie et tu VentendroB , que cfefmii que la parole sera sortie^ pour s*en re^ tourner et pour rebâtir Jérusalem , jusqu'au Christ le eondu^ teur^ il y a sept semaines et soixante-^dêux semaines ; et la place et la brèche seront rebâties dans un temps fâcheux. >

26. c Et après ces soioMintê^éêux semaines , la Chrict sera reiranehij et pan pas pevr sait puis le peuple éCun conduih

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leur qui viendra , détruira la ville et le sanctuaire y et la fin en sera avec débordement , et les désolations qui ont été déterminées arriveront à la fin de la guerre. »

27. a Et il confirmera V alliance à plusieurs^ dans une semaine; et la moitié de cette semaine-là, il fera cesser le sacrifice et Voblation ; puis par le moyen des ailes abominables, qui catAseront la désolation jusqu'à T entière ruine qui a été déterminée , la désolation fondra sur le désolé. >

Le mot Christ ou Oint parait beaucoup mieux s'appliquer k Zorobabel , qui ramena les Juifs dans leur patrie. Enfin la dernière partie du Verset 27 est tout k fait obscure. Cette opinion est d*autant plus probable , que Daniel prophétisa encore du temps de Cyrus (Chàp. X, 1), qui permit aux Juifs de retourner en Judée , sous la direction de ce descendant de David , et qui fut témoin de ce grand événement.

Les Châp. X et XI sont le récit de visions qu'eut Daniel, mais dont le sujet est exclusivement relatif k des événements politiques qui devaient s'accomplir ; le tout raconté d'une manière fort obscure , prédisant du moins des faits qui n'ont pas eu lieu.

Au Chap. XII et dernier, Daniel parle de la résurrection , d'un certain nombre de morts, disant : Verset 2. « Etpltisieurs de ceua: qui dorment dans la poussière de la twre se réveiïleront , les uns pour la vie éternelle , et les autres pour dès opprobres et une infamie éternelle, » C'est la première fois qu'il est parlé dans l'Ancien Testament , k part du rêve d'Ëzéchiel, d'une résurrection de la chair ^ et d'une vie à venir éternelle pour ceux qui se réveilleront , mais non d'une résurrection générale de tous les hommes , ainsi que l'admettent les Théologiens ; sans doute, d'après cette prophétie, quoique ce soit en lui-même un fait physiquement impossible ; la substance de chaque individu , passant après la décomposition de son corps , successivement par une foule de transformations, dans la composition d'autres Êtres nouveaux, et, par suite , dans celle des corps d'un nombre plus ou moins

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grand d'hommes ; il en résulte que la même molécule , et en conséquence la même chair y ne saurait appartenir k tous , après cette résurrection prédite par Daniel. Encore cette vie future dont parle le Prophète , serait semblable à celle dont jouissent les hommes actuellement sur la terre ; et ce n*est point Ik la Béatitude ou la vie éternelle de VEsprit au sein de rËtre Suprême , que la plupart des peuples admettent après la mort du corps; croyance qu*on ne trouve , ainsi que je Tai souvent fait remarquer, nulle part dans l'Ancien Testament, et enseignée pour lu première fois par Jéscs-Ghrist notre sublime Sauveur.

Le Livre d'OscHEA , Prophète qui vécut du temps de Hozias, el d'Ézéchias » commence par le conseil que lui donna r Éternel d'épouser une femme débauchée ; et un peu plus loin (Chap. III), il lui conseilla en outre d'en prendre une seconde qui fût adultère^ afin d'avoir des enfants des deux; et tous les premiers Chapitres roulent sur cet ignoble sujet, dans lequel l'auteur a voulu sans doute faire quelque allégorie, mais qui est toutefois du dernier mauvais genre. Le reste des Livres d'Oschea n'est qu'une suite de lieux communs, déjà mille fois répétés ailleurs, de menaces contre les Israélites pour leur infidélité envers l'Éternel , et surtout contre Éphraim.

Les prophéties de Iobl , qui ne forment que trois chapitres , commencent par la prédiction d!une grande famine , pour faire peur aux gens, puis l'auteur engage les Israélites à s'amender pour reconquérir la bienveillance divine, leur promettant que Dieu punira les peuples qui ont contribué à leur dispersion.

Le Prophète Amos commence par menacer successivement de la dévastation par le feu tous les pays des Syriens, des Philistins , des Tyriens , des Iduméens , des Hammonites , des Moabites , de lehouda et d'Israël , pour les punir de leurs crimes.

Au Chap. IY, Dieu rappelle tout le mal qu'il a déjk fait,

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sans ({U'on se sOit conteHi , et ainsi de suite, Dieu détaillant tous les faïaiix qu'il fer&i tédir silk*lê peuple, et cela jusqu^aux plus absurdes ^ tels que bëliii de faire toucher le sbléQ m pWntn«l(CHAP:Vm,9).

Le PiDphèté Aèdias n'a laissé qu'utl écrit foritiant tul seul Chapitre, où il prédit, d'après iJnevisiot) qu'ilaeae, divers malheurs, dont Dieu a menacé le Royaume d'Édom; mais qui n*off)*e du reste aucun intérêt.

Quant ail soi-disant Prophète Ioi^as , dont tout le monde connaît la diilgulièHs aventure qui lui est arrivée, suivant soù dire, d*avoir séjourné pendant trois jours dans le trentre d*an animal marin, qu'on disait généralement avoir été une faterne, mais dont on a fait plus tard un Poisson, sans doute on Requin; l'Anatomié comparative prouvant que les Baleines ne peuveût avaler que des animaux extrêmement petits. Mais quoi qu*il en soit, toute cette histoire n'est évidemmetit qu'une pure idventioù mal calculée de louas, qui, en résumé, n'a été, d'aptès ce qu'il a dit lui-même, qu'uù faux Prophète ; sa prédiction Ue s'étant pas accomplie. En effet, il dit qne la voix de rÉteruel lui fut adressée, lui ordounant d'aller à Ninive , et de crier dans les rues que là fin prochaine de cette ville devant arriver, ses habitants avaient k se repentir de leurs péchés. Mais au lieu d'obéir à la volonté de Dieu , il s'enfuit i Tarscis, et s'embarqua sur un uavire, dans l'espoir d'échapper à sa Vocation.

Or Dieu , pour le forcer k lui obéir, fit élever une telle tempête , qUe les hoinmes de l'équipage , craignant de faire naufrage , cherchèrent la cause de ce malheur, et ayant découvert que c'était la présence de lonas parmi eux , ils le jetèrent tout simplement par -dessus le bord, oii il fut à Tinslant avalé par le gigantesque poisson daus le corps duqael il fit , sans autre inconvénient, pendant trois jours, de salutaires réflexions sur sa désobéissance à la volonté de l'Etemel (Chap. II), qui , ayant eu pitié de lui , le fit vomir sur la plage par le poisson , sans que celui-ci lui fit le moindre mal. Cette

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bistoilre extraordinaire pouvait être contée k des gens qui ne savaient pas ce qu'était une Baleine ou un Requin , ou tout autre animal capable de pouvoir manger un homme sans le mordre. Mais lonas , qui sans doute n*était pas Naturaliste, n'a pas pensé qu'on pourrait lui demander comment il a respiré pendant ce long espace de temps dans l'estomac d'un animal, où il n'y a jamais un atome d'air respirable» événement d'autant plus difficile à croire que le Requin , car ce ne pouvait être que ça ^ ne manque pas de donner quelques terribles coups de dents à sa proie, surtout lorsqu'elle est du volume d'un homme. Mais laissons Ik le miracle , quelque grand qu'il soit. lonas, revenu sur cette terre, se rendit enfin, suivant l'ordre qu'il dit avoir reçu, kNinive, criant partout dans les rues que dans quarante jours la ville serait renversée ; et les habitants effrayés firent par Ik si bien pénitence, que Dieu, touché de leur affliction (Chap. III, 10). < .... jse repentit du ttêàl quHl avait dit quU leur ferait^ et ne le fit point, j>

(Chap. IV, 1) « Mais cela déplut extrêmement à lonas ^ et il en fut fort affligé^ » d'avoir prédit, ou plutôt de n'avoir pas prédit la vérité ; condition k laquelle tout le monde peut être tout aussi savant Prophète que lonas.

Le prophète Mischa , qui vécut du temps d'IoTHAH et d'Ë^ zÉcHiAS , rois de lehouda, s'éleva contre les péchés que com* mirent les habitants de Samarie et de Jérusalem , en leur prédisant les punitions de TËternel ; et cela toujours k peu près dans les mêmes termes que les autres prophètes. Au Chap. Y , 2, il dit: « Mais , toi^ Bethléhem ters Êphrath, qttoique tu sois petite entre les milliers de lehouda ^ e'est de toi que va sortir celui qui doit être dominateur en Israël , et ses issuMSont d' ancienneté ^ vers les jours étemels. »

3. c( Cest pourquoi il les livrera jusqu'au temps que celle qui est en travail d enfant aura enfanté , et le reste de ses frères retournera avec les enfants d'IsraëLii

4. ii Et il se maintiendra , et il gouvernera par la force de

t)7â TBBOLOGIV DS LA NATURE.

V Éternel f et avec la magnificence de nom de V Éternel son Dieu. Et iU reviendront ; et maintenant il sera glorifié jusqu'au bout de la terre ^ et c'est lui qui fera la paix. »

Le nom de la ville de Betbléhem, où est en effet né Jésus- Christ, a fait penser que c*est de lui que Mischa a parlé; mais il est bien évident qu'il s'agit ici d'un chef politique, et non d*un chef spirituel, puisqu'il est dit qu'il sera dominateur en Israël ; or Jésus-Christ n'a jamais eu de pouvoir sur le peuple juif, qui l'a an contraire persécuté et mis à mort.

Le prophète Nahum , qui s'élève contre les vices des habitanls de]>Iinive, qu'il menace de la punition de l'Eternel, cx)ramence par un éloquent exposé de la majesté et de la toutepuissance de Dieu; exposé auquel on ne peut reprocher que les paroles de violence, de colère et de vengeance qu'il met, k .l'instar de tous les anciens Hébreux , dans la bouche de l'Être Suprême ^ paroles si contraires aux attributs de bonté et de miséricorde de Dieu , sur lesquelles est fondé tout l'espoir que les hommes peuvent avoir pour le pardon de leurs fautes.

Habaguc , plus moraliste que prophète , adresse de fort belles prières k l'Éternel, pour appeler ses bienfaits et sa miséricorde sur le peuple, et faisant beaucoup moins que les autres prophètes parler l'Être Suprême , il ne lui prêle pas non plus des paroles aussi contraires k sa sublime bonté, mais il s'élève fortement lui-même contre les vices de tous les peuples, qu'il menace 4^ punition.

SopHANiA, au contraire, prophétise en annonçant, comme les autres prophètes , les plus terribles vengeances que Dieu exercera contre tous les peuples , pour les punir de leurs vices , et les exhorter k la repentance.

Haggaï , qui prophétisa après le retour de la captivité , reproche aux Juifs leur négligence k rebâtir le temple de Jérusalem, et prédit la gloire de ce nouvel édifice , mais tout cela dans un style un peu obscur et exagéré , faisant dire k l'Éternel ( Chap. II , 6 } : c Encore une fois , et ce sera dans peu

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