‹ Théologie de la nature (volume 4)Chapitre 35 sur 136 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

distinctement formée d'une double série de ganglions, ramassés toutefois dans la partie la plus antérieure du corps y mais rappelant entièrement celle des Animaux articulés.

En effet, les Gastéropodes sont par ces mêmes caractères, mieux encore que les Céphalopodes, a considérer comme appartenant au même type que les Animaux articulés, mais où les segments, même fort nombreux du corps, se sont confondus en un seul dans la région dorsale seulement , en conservant encore la forme articulée k la face ventrale, pour les muscles superficiels. Quant aux téguments même ils n'offrent plus cette disposition d'une manière apparente; cette enveloppe générale , déjà fort mince et molle mais bien distincte encore chez les Annélides et les Céphalopodes , étant arrivée par une dégradation plus grande qu*elle a éprouvée chez les Gastéropodes , à un degré de mollesse et d^imperfection , telle qu'on ne peut même plus la détacher facilement de la couche de muscles placés dessous , dont elle ne se distingue que par un tissu plus serré et une couleur plus grisâtre. VÊpiderme parait avoir même disparu ; d'où résulte que les parties dont se compose le corps sont confluentes et en conséqunce indistinctes.

Dans les Limaces^ qui constituent l'un des genres de transition entre les Gastéropodes et les Annélides, le corps est cylindrique au-dessus dans sa partie antérieure et atténué en pointe à la postérieure, dans laquelle la cavité viscérale se prolonge jusqu'au bout. Quoiqu'on n'aperçoive plus extérieurement dans les téguments aucune trace d'articulation indiquant que le corps est divisé en segments, cette composition devient cependant parfaitement apparente le long du milieu du disque du pied, lorsqu'on fait ramper un de ces animaux, ou bien un Escargot sur une lame de verre, afin de le voir par la face ventrale pendant qu'il chemine. On voit alors parfaitement que le dessous de son corps présente dans le milieu une large bande longitudinale dans la jaelle ir. 10

446 TffltaLOCtB Dt U MàTOM.

se forment k la fois de dix a douze ondulations mobiles , se transmettant d'avant en arrière, et dues au déplacement successif de nombreuses petites bandes transversales de muscles , au moyen desquelles Tanimal lève les parties correspondantes de son corps pour les porter en avant et les poser de nouveau, afin de les faire servir k leur tour de points d'appui k celles soulevées immédiatement après; action absolument semblable à celle qui a lieu chez des Serpents mouvant les bandes écailleuses sous-ventrales , lors-^ qu'ils rampent, et mieux encore à celles qu'on remarque dans les nombreuses petites pattes des Iules qui marchent.

Les muscles qui forment ainsi la chaine dans les pieds des Xtmaces -sont toutefois si peu distincts que je n*ai jamais pu les voir séparément les uns des autres en les disséquant ; les fibres qui les composent paraissant comme feutrées et confondues avec celle du reste du tissu musculaire formant toute cette partie du corps. En faisant toutefois séjourner ces animaux pendant quelque temps dans de l'esprit-de-vin qui contracte leurs chairs, cette partie du disque ventral devient saillante, en formant une bande longitudinale allant d'une extrémité du corps & l'autre, en occupant k peu près le tiers moyen de la largeur du disque; les bords latéraux paraissant formés d'un tissu musculaire différent, capable de se contracter en tous les sens , mais n'agissant pas dans les mouvements de locomotion. Ce tissu de fibres irrégulières parait aussi former toutes les autres parties superficielles du corps, sans distinction de régions.

Le Manteau qui recouvre plus ou moins le corps des Gastéropodes est un disque charnu à bords libres qu'on trouve déjà chez les Serpules, etc., parmi les Ânnélides, et qui, en se fermant sur lui-même k la face ventrale de l'animal, forme le sac dans lequel le corps des Céphalopodes est renfermé.

C'est dans l'épaisseur de ce Manteau que se développe, comme dans les Céphalopodes, la Coquille de ces animaux, ou bien k sa surface, lorsque cette nièce est extérieure. Cette

êOf|Qi)lëi tonjotirs calcaire, predd ensuite des formes et des dimensions différentes selon les espèces.

Là où elle est intérieure, elle est assez généralement petite, fort mince, et se trouve renfermée, sans aucune adhérence, dans une cavité spéciale , d*ordinaire plus grande qu'elle, dont les parois en sécrètent la substance.

Cette coquille intérieure n'est chez beaucoup d^espèces, surtout ichez les Xtmaeeâ, qu'une simple lamelle ovale, h peu près plane, tant soit peu concave etl dessous, sans aucune trace de la forme spirale , qu'elle prend dans tous les genres souvent très-voisins où elle est extérieure.

La paroi supérieure de sa capsule est géhéràlement formée, chez tous les Gastéropodes, par les téguments qui y prennent une plus forte épaisseur; tandis que Tinférieure est toujours très-mince, n*étant formée que par hne membrane propre , revêtue par le péritoine qui tapisse toute la cavité viscérale placée dessous.

Dans le genre Aplysia et autres ^ de TOaDHÈ des Tegti- BRANCHEs, dout la coquillc est également intérieure, cette pièce est quelquefois aussi simple que dans les Limaces, en commençant cependant déjît à se compliquer dans certaines espèces, en se roulant de plus en plus en spirale, faisant même plusieurs tours sur elle-même. C'est dans cet ordre aussi, et s[)écialement dans le genre Aplysia, qu'on la voit devenir graduellement extérieure-, c'est-k-dire sortir de sa capsule par une ouverture qui se forme au milieu, pour prendre la disposition qu'elle offre dans la plupart des autres Gastéropodes, ainsi que chez les Céphalopodes.

C'est ainsi que i^ns Y Aplysia CameluSy animal qui offre k rcxtérieur une forme rappelant celle d'une très-grosse Limace , la coquille encore entièrement intérieure présente aussi \k peu près la même forme que chez ce dernier animal, n'étant qu'un peu plus bombée , en formant toutefois déjà k son extrémité postérieure un petit cul-de-sac constituant le premier commencement de l'enroulement spiral.

ii8 THBOLOGIl DB LÀ MATURC.

Dans Y Aplysia punctata la capsule de la coquille offre , au contraire , en dessus, dans son milieu» une ouverture assez grande par où la coquille se montre k l'extérieur ; et dans les Gastéropodes, où cette ouverture est aussi grande que la coquille elle-même, celle-ci se trouve par lii complètement à l'extérieur et appliquée simplement sur la partie de la capsule qui répond à la face inférieure de celle-ci, formée d'une membrane fort mince et très-molle que la coquille continue à protéger contre l'action de corps étrangers; condition qu'elle présente exclusivement chez les Patelles de TOrdre des Gyclobranches, le dernier de la classe des Gastéropodes; après avoir parcouru dans sa forme et sa disposition une échelle de gradation d'abord ascendante, puis descendante, par laquelle cette pièce revient pour ainsi dire à sa première forme.

Or, comme cette coquille qui arrive ainsi à recouvrir entièrement l'animal, s'en serait séparée très-facilement, le

DIVIN AUTEUR DE TOUTE CHOSE l'a FIXÉE AU MOYEN DE MUSCLES DIFFÉREMMENT DISPOSÉS SELON LE BESOIN.

Daus la plupart des Gastéropodes Pulmonés plusieurs Tectibranghes et tous les Pectinibi^anches, ces derniers constituant l'ordre à beaucoup près le plus nombreux en espèces de toute la classe, cette coquille s'enroule de plus en plus et prend, comme chez les Céphalopodes , la forme d'un cône contourné en spirale, mais jamais entièrement dans le même plan, comme chez ces derniers , mais dans une direction oblique ; de manière que le centre de la spire fait saillie d'un côté , et cela généralement k droite, et fort rarement k gauche (1), saillie qui présente également tous les degrés, depuis celui qu'elle offre dans les Planorbes où les tours sont presque dans le même plan jusqu'aux Vis , où leur saillie forme un cône spiral fort aigu.

C'est dans le même ordre des Pegtinibranghes que les

(1) Voyei la note n. 26.

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coquilles offrent encore un antre degré de perfectionnement qui permet k lanimal de respirer librement, quand même il est contracté et refoulé dans le fond de sa coquille. Déjk chez les PuLMONÉs, qui respirent Tair, Torifice de là cavité pulmonaire A ÉTÉ PLACÉ DE FAÇON , QUE L'aNIMAL ENTIÈREMENT RENTRÉ DANS LUI-MÊME , LA PARTIE QUI ÉTAIT AU DEHORS SE

PLACE SOUS LA CAYiTÉ PULMONAIRE occupaut SOUS Ic manteau la moitié antérieure du dernier tour de spire, et que l'ori-

PIGE DE CETTE CAVITÉ SE TROUVE LIBRE AU CÔTÉ DROIT PRÈS DU BORD DE LA COQUILLE.

Dans les Pegtinibranches, qui respirent Teau, la cavité branchiale est disposée de même que celle des Poumons chez les Pulmonés ; mais comme plusieurs de ces animaux étant rentrés ferment l'ouverture de leur coquille par un opercule, leur respiration eût été empêchée, si la sublime SAGESSE du Créateur n'eût prévenu cet inconvénient, en

DONNANT À LA COQUILLE UNE FORME QUI PERMET A L*EAU D'aR-

RIVER d'autre part. C'cst aîDsi qu'il a sufB dans certaines espèces , comme les Tonnes , de ménager une simple échancrure sur le bord antérieur de l'ouverture de la coquille, le plus près de l'orifice de la cavité branchiale, pour que l'eau pût arriver facilement dans cette dernière , disposition déjà prise chez ces animaux qui n'ont toutefois pas encore d'opercule, comme pour préparer simplement le perfectionnement qui arrive à son plus haut terme dans les Murex et les genres voisins k coquilles operculées. Ici cette échancrure se prolonge en un canal plus ou moins long renfermant un tube membraneux formant un prolongement du manteau , et par lequel Teau entre et sort librement pour servir à la respiration. Enfin c'est aussi dans cet ordre des Pectinibranches que les coquilles offrent diverses complications de simples ornements , telles que des bourrelets qui renforcent l'ouverture et forment un certain nombre de saillies répétées selon l'âge de l'individu ; l'animal prolongeant à certaines époqnes les bords de sa coquille, en enveloppant les tours pré-

iSO ToéoLocn ni la natdrk.

pëdenu. Chez d'autres, diverses parties de la eoquille, mais portant ces oiémes bourrelets terminaux / sont surmontées de différents prolongements en forme d*épines ou de lamelles feuilletées, souvent fort élégamment compliquées, sans que cela paraisse être de la moindre utilité k Tanimal.

Arrivé à ce point culminant de leur perfection, les coquilles des Gastéropodes dégradent de nouveau promptement dans les deui derniers Ordres, ceux des Tecti- BRANCHES et dcs CvcLQ9{|ANCHEs, quî terminent la classe, en formant la transition aux Mollusquj^s Acéphales.

Pans le premier de ces deux ordres, la coquille perd nonseulement ses appendices de simple ornement, mais aussi son canal conducteur de Teau ainsi que Topercule, quoique dans le principal genre , celui des Oreilles de mer^ elle présente encore la forme spirale ; mais les tours qu'elle fait sont toutefois beaucoup moins nombreux, et augmentent si rapidement de diamètre , que le dernier forme la capsule presque entière ; le tout représentant une forme de bouclier ovale peu concave, recouvrant presqu'en entier tout le corps de l'animal , dont une partie du manteau et du large pied déborde de toute part , sans pouvoir entrer complètement dans la coquille trop petite pour les receyoir.

La coquille des QreiU^s de mer présente en outre la particularité qu'elle est percée sur le milieu de s^s tours , d'une série de trous, dont les postérieurs sont bouchés, et les antérieurs ouverts pour laisser passage k Teau servant k la respiration; et, pour cet effet, le manteau offre le long de pet(e ligne une fente communiquant avec la cavité brancbiale placée dessous , comme chez les Pectinibr^nches qui précèdent ; mais dans laquelle les branchies sont encore, vu U forme spirale de la coquille, portées vers le côté gauche.

Chez les Fmurelles du piéine Ordre des Scutibrancbes, la coquille n'est même plus spirale, et ne présente que la forme d'un large cône très-élevé, rpcouvr^nt |e milieu à^ corps de ranimai , et la série des trous §e réduit )t une seule Qi|ver*

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tore placée au sommet du cône , et par laquelle sortent les excréments et Teau servant à la respiration.

Les Êmargif^uks, autre gjBnre du môme Ordre, n'ont k leur coquille, conique comipe cel)e des Fissurelles^ qu'une simple pe^te fente placée au bor4 antérieur, pouvant à peine livrer passage ^ une très-petite quantité d'eau, -qui, du reste» entre lafgement, par un orifice antérieur de la cavité t)rancbiale, au-dessys de la tête de 1 animal.

Enfin, dans les Cyc^^pcranches , le dernier Ordre des Gastéropodes, la çogiiille se simpliûe plus encore, ne formant daps le priifcipal genre, celui de$ Patelles , (]u'un large cône très-évasé , sap^ aiiçune ouverti^re ni fissppe , et débordant de toute part le corps ^e Tanimal qui §'y abrite entièrement.

Le secon4 genre, celui 4çs Oscahrions, a le corps couvert, 9u liejif d'upe seule coquille, de plusieurs lames transversales sficce^siyes également calcaires, qui permettent à ces animaux de se rouler sur eux-mêmes, et leur donne quelque ressemblance avec les animaux articulés, dont ils diffèrent du reste sous tous les rapports, eu approchant le plus des Patelles, îi côté de^qi^elleç qn les a aussi placés ; mais l'organisation de ces Gastéropodies excentriques est encore peu connue.

La cavit^ de )a plupart des coquilles des Gastéropodes, étant plus ou pojps prolongée et contournée en spirale, renferme ui^ prolopgeçient de même forme que présente le corp$, prolongement qui n'est, en réalité, qu'une simple hernie naturelle que fait la partie centrale de la lame inférieure de la capsule de la coquille, la seule qui subsiste encore ; et qui soit formée, ainsi qu'il a été dit , par une membrane mipce et piolle, protégée par la coquille; et , dans le sac herniairjç y {^utré» comme dans une hernie accidentelle , une grande partie des viscères de l'animal.

Tous les r^atqralistes et Cuvier lui-même, considéraient 1^ coquille ^f MoLiiU^oiJE^ comme faisant partie de leur f^rpç, ç'j?sf-H)rç ^HWm^ SP véritable organe; mais j'ai

\ir2 THKOLOGIK DB LA MATURE.

fait voir, dans mes ouvrages précédents, que c'était une erreur simplement fondée sur l'apparence; les coquilles, k quelque classe de Mollusques que l'animal appartienne, n'étant que des corps dont la formation est simplement due k des dépôts d*nne substance calcaire sécrétée par ce dernier ; dépôts ajoutés les uns aux autres uniquement par juxtaposition , et dus même k une véritable construction. En effet, partout où les coquilles sont intérieures, c'est-à-dire maintenues en place par la capsule qui les renferme , ces pièces calcaires sont parfaitement libres de toute adhérence. Cela est ainsi chez les Seiches^ aussi bien que chez les Limaces et genres voisins , ainsi que dans les Aply$ia et autres ; ce qui aurait dû faire mieux comprendre au célèbre Cuvier, qui ayant publié des Mémoires anatomiques sur ces trois genres de Mollusques devait connaître ce fait , que les coquilles de ces animaux n'étaient point de véritables organes , mais uniquement de simples concrétions formées par des dépôts non organisés, et qu'en conséquence leurs analogues extérieures devaient être dans le même cas. Or, je l'ai également prouvé pour ces dernières, en faisant voir que celles des Gastéropodes n'étaient même adhérentes à l'animal que dans certains temps seulement; ceux où elle ne subit pas d'accroiscroissement; augmentation qui n'a lieu qu'k des époques déterminées, variables selon les espèces. Ce fait, que Cuvier n'a sans doute pas connu , peut être facilement vérifié sur les Escargots , dont la coquille est détachée pendant tout le temps que ranimai est occupé k en augmenter la cavité, en prolongeant les bords de son ouverture , ce qui se reconnaît k la minceur papyracée de ces derniers ; tandis qu'il y adhère vers le milieu de la spire aux époques où la lèvre de l'ouverture a un bord épais et un peu recourbé; afors que l'animal ne l'augmente pas.

Si l'on y avait réfléchi , on eût pu se convaincre que cette idée que la coquille était un véritable organe inhérent au corps de l'animal devait être fausse, car son adhérence.

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